Survivre au naufrage politique français: Et si la société civile reprenait la main?

La classe politique française s’est totalement décrédibilisée ces dernières semaines. Elle est incapable de résoudre les problèmes du pays. La société civile, en particulier les entreprises, doit prendre les choses en main pour naviguer dans cette crise. Pour cela, elle doit abandonner certaines croyances sur la primauté et l’efficacité de l’initiative politique pour jouer un rôle plus actif et pragmatique dans la transformation du pays.

Puisque les images sportives sont de rigueur en ces temps de jeux olympiques, disons-le ainsi: la classe politique française s’est clairement disqualifiée. A partir d’une dissolution de l’Assemblée nationale incompréhensible et irresponsable qui plonge le pays dans la confusion à quelques semaines des jeux olympiques, un événement à très haut risque, les différents partis politiques, et en particulier les extrêmes, ont proposé des programmes totalement fantaisistes qui, s’ils étaient appliqués, plongeraient le pays dans un chaos certain. Sachant que ce qui se présente comme le « centre raisonnable » n’a lui-même pas démérité en matière d’irresponsabilité politique et économique, multipliant les revirements (comme sur le nucléaire) et les « en même temps » pour affirmer une chose et son contraire, et dépensant sans compter l’argent que nous n’avons plus, la faillite intellectuelle et morale est générale et elle embrasse tout le spectre politique, même s’il existe heureusement des exceptions individuelles.

C’est important parce que le politique contrôle l’État, et que le rôle de ce dernier est, a minima, de fixer le cadre et de voir loin. Il prend des risques que le privé ne peut pas prendre (par exemple le programme nucléaire ou la construction d’un porte-avions sur vingt-cinq ans). Dans un monde complexe et incertain, ce rôle devient particulièrement important, et difficile. Cela suppose d’être ancré dans le réel. Or, reflet en cela des errements politiques, l’Etat a ces dernières années constamment rajouté de l’incertitude. Le renversement brutal, en quelques mois, de la politique nucléaire n’en est que l’une des illustrations, mais on pourrait aussi mentionner les changements constants de réglementation qui désespèrent les entreprises mais aussi les collectivités locales.

Ce n’est pas la première fois qu’une telle situation se produit. On songe évidemment aux jours tragiques de juin 1940, produit d’une faillite intellectuelle et morale superbement décrite par l’historien Marc Bloch dans L’Étrange défaite.

On peut contraster cette situation avec la Grande Bretagne, où le parti Travailliste vient de remporter les élections. Nombre de ses projets sont certainement contestables, mais on ne peut leur reprocher d’être bâtis sur des hypothèses fantaisistes et des théories bancales. Et pourtant, si ces projets sont réalisés, ils auront un impact profond sur le pays.

Quatre croyances à abandonner

Nous nous trouvons donc dans un champ de ruines, et les prochaines semaines ne devraient pas contribuer à améliorer les choses. La société civile, et en particulier les entreprises, va devoir vivre avec, faute de pouvoir vivre sans. Pour cela, il faudra abandonner quatre croyances pourtant tenaces.

1. Cesser de croire que le politique prime sur le civil. La révérence des Français pour le monde politique est ancienne. Allez dans n’importe quel spectacle de village, et les premiers rangs sont réservés aux élus et aux autorités administratives (qui viennent en retard quand elles viennent). Contrairement à une croyance tenace, ce qui a fait la grandeur de la France n’est pas, ou pas seulement, ses grands soldats. Les grandes catastrophes que nous avons vécues ont été avant tout politiques. Elles ont souvent laissé derrière elles des piles de cadavres et des ruines dont le pays a mis à chaque fois longtemps à se remettre. Et il ne s’en est remis, une fois l’ivresse politique passée, que par son industrie et son travail avant qu’un nouveau politique ne vienne à nouveau tout compromettre. Même Louis XIV, grand destructeur de la société civile devant l’Eternel, a fini par avouer à son petit-fils qu’il avait trop aimé la guerre. Sans blague. Il n’y a aucun entrepreneur au Panthéon. Pourquoi?

2. Cesser de croire que la société ne change que par l’initiative politique. L’histoire montre au contraire que la source de changement est souvent la société civile et notamment les entrepreneurs. Le politique ne fait souvent qu’acter des changements nés au sein de la société civile, pour s’en attribuer le mérite. Et quand il ne le fait pas, qu’il en prend l’initiative, ça se termine souvent en catastrophe sanglante. Et si on mettait fin à l’imposture?

3. Cesser de croire que pour changer il faut un grand programme politique idéaliste. C’est faux. L’idéal est une tyrannie. Pour changer, on peut aussi adopter une approche pragmatique et locale, qui consiste à partir d’où on est et à essayer d’améliorer les choses. Et partir d’où on est, personne mieux que la société civile ne peut le faire. C’est ce que font les entrepreneurs. La société civile doit assumer, et revendiquer, son pouvoir d’action et de changement face à une classe politique défaillante.

4. Cesser de croire que la politique est réservée aux politiques. Dans une démocratie, la classe politique doit normalement être le reflet de la société qu’elle est censée représenter. Elle ne l’est plus aujourd’hui suite à une longue dérive, à laquelle il faut mettre fin. Certes, un bon entrepreneur n’est pas forcément un bon politique, mais le fait que la majorité des politiques n’ait aucune expérience ni même aucun intérêt pour le fonctionnement de la société civile, et notamment des entreprises, est l’une des sources des difficultés actuelles. La société civile doit investir le champ politique.

Aucun pays ne peut exister sans un État et une classe politique pour le diriger. Lorsque cette dernière part en vrille, comme c’est le cas actuellement en France, il est de la responsabilité de la société civile de la ramener sur le chemin de la raison.

➕ Sur le même sujet, on pourra lire mes articles précédents 📃 Sortir de l’ordinaire: puiser notre énergie dans le quotidien et non dans l’idéalisme; 📃 La (vraie) source du changement est rarement politique; 📃 Contre la tyrannie de l’idéal: Agir localement dans un monde incertain et 📃 Quand l’État est facteur d’incertitude.

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18 réflexions au sujet de « Survivre au naufrage politique français: Et si la société civile reprenait la main? »

  1. La société civile ne peut plus ré-emerger au pays des 800.000 élus, 6 millions de fonctionnaires, 1.8 million d’associatifs et quelques dizaines de millions d’assistés et d’incultes. C’est trop tard, comme dirait Tocqueville.

  2. La soci800.000 élus, 6 millions de fonctionnaires, 1.8 million d’associatifs et quelques dizaines de millions d’assistés et d’incultes. C’est trop tard, comme dirait Tocqueville.

  3. Bien entendu vous avez raison et approchez l’impuissance politique qui nourrit le vote magique RN.
    Mais l’obstacle tient dans l’organisation très serrée et les process très univoques de la machine professionnelle de l’état organisée en pouvoir institué sans contrepoids aucun.
    Les élus ont depuis longtemps perdu la main sur ce pouvoir caché mais terriblement puissant. Ils ont besoin de se concilier cette machine et d’en passer par ses exigences. Des pans entiers de l’action publique sont le domaine réservé de la machine, je pense au système de santé où domine la rigidité d’enveloppes financières arbitraires et terriblement datées, la gouvernance de la lachine étant la répétition de l’existant.
    Il n’y a rien à attendre d’elle, mais elle tient dans sa main monopolistique lesconcepts et les process dans lesquelles les velléités politiques douvent rentrer, d’où la répétition tragique du même (ou peu d’en faut).

  4. Naufrage de la France tout court!
    Nous ne pouvons plus rester dans le déni et nous devons voir l’état réel de ce qui reste du système France.
    C’est d’abord un naufrage économique. Championne d’Europe de la fiscalité, avec 56% de dépenses publiques dans le PIB français, les moyens financiers qui restent pour le bien commun sont principalement contrôlés par l’état français. Un méga-système de pouvoir avec certains technocrates, fonctionnaires et politiques qui plombent le pays en haut de la pyramide. Ils vivent dans une bulle politico-administrative déconnectée du monde réel qui se noit. Les premières classe, à l’étage, se partagent une belle part du gâteau. Pendant ce temps, les services publics de terrain se dégradent et on ne voit pas d’amélioration positives dans les territoires.

    Plusieurs entreprises, pleines de bonnes volontés tentent des efforts admirables… Mais ne rêvez pas, changer la France n’est pas l’objet de nos PME et entreprises… ce ne sont pas du tout des actions vertueuses à « l’échelle » du pays entier.

    Quant aux quelques bénévoles et militants, qui s’engagent aussi sur des projets remarquables… faute de ressources, avec un niveau de vie en baisse, méprisés par les pouvoirs publics… Ce n’est pas d’eux que viendra la solution la plus consensuelle…

    La responsabilité doit plutôt être prise par ceux qui ont le pouvoir sur le bien commun: Les hauts fonctionnaires comme les politiques. L’Etat: On perçoit de plus en plus mal l’action de ses hommes de la haut, travaillent-ils pour le bien public ou pour leurs propres intérêts?

    Les résultats des extrêmes aux dernières élections sont les signaux d’alarmes. A mon sens, les français, s’interrogent. En période de vache maigre, on ne voit plus la valeur ajoutée produite à haut niveau par la gabegie d’argent public.
    Une partie des acteurs de l’état technocratique sont responsables. Ils doivent maintenant atterrir sur leur territoire réel, inclure le local dans les décisions, informer, etre transparent, se remettre en cause, travailler et se réveiller.
    Ils doivent simplement redevenir des VRAI gens.

  5. De souvenir, l’arrivée de Macron en 2017 avait été salué comme un retour de la société civil à l’assemblée et pourtant 5 ans après ces derniers n’ont pas su rentrer dans les mémoires.
    Manquait-il de culture politique, l’administration et le « système » en gestation qui nous conduit aux blocages d’aujourd’hui les ont-ils empêcher de bien faire, autre chose? Peut être que je me trompe complètement aussi.

  6. Bravo Philippe, excellent article , emprunt de pragmatisme et plein de bon sens comme d’habitude; à adresser rapidement à toute la classe politique

  7. Voila ce que j’appelle une Sainte Colère, à laquelle je souscrit totalement…

    Mais comment faire pour que ça change, dans un pays où tout est verrouillé, chaque jour un peu plus ?
    On pourrait élire T. Breton à la présidence, le seul authentique ingénieur que nous ayons sous la main (souvenez-vous de son passage au ministère des finances… les clowns qui se prennent pour des financiers en frémissent encore…) ? Pas certain qu’il en ait envie, car il sait que tout serait fait pour l’engluer, voire pour l’abattre.
    Au fond, il a fait comme des milliers d’ingénieurs et de scientifiques français : partir se mettre à l’abri de le stupidité et du carriérisme de l’administration française (l’administration européenne est bien chtarbée aussi, mais du moins leur culte de la logique les rend plus gérable).

    Le mode opératoire des créateurs de valeur n’est pas de détruire (et de piller) des magasins ni de tuer des policiers. Pas de chance, c’est la seule forme de communication qu’un politicien comprenne. Par contre, quand un créateur qui s’est trop fait rouler dans la farine (« les masques arrivent mardi » : le mensonge, ça commence par là…) décide « la révolution », ça consiste à partir. physiquement ou intellectuellement. Les politiciens les plus cyniques vont jusqu’à parler de « civisme » (Ubu roi : « que l’on m’amène le couteau à nobles, le crochet à nobles etc. et que l’on fasse entrer les nobles… ») . Et d’exit tax (le barbelé et les champs de mines, c’est dans une seconde phase).
    Au pire, ça permettra à un quelconque sociologue de faire croire à son utilité en publiant une étude, où il fera les questions qui lui plaisent, ainsi que les réponses, et ce sous une forme tellement abstraite que nos gouvernants ne sauraient être que « responsables mais pas coupables ».

    Agir ? Comment ? Les tourner en ridicule ? Même cela, ils l’ont rendu dangereux : ils ne veulent pas d’un nouveau Le Luron !

  8. Merci pour ce texte qui donne des pistes de réflexions. J’avais un temps espéré que ce constat était plus ou moins accepté quand il a été question de refondre l’ENA. Je n’ai pas réellement suivi l’affaire mais il me semble que cela a fait ‘pshitt’. Notre système actuel de production des élites politiques est un élément important de l’équation, et tel un ressort de rappel, semble s’opposer aux changements et notamment à la révision de ces croyances. Faudrait-il d’après vous purement et simplement supprimer ces écoles d’administration (spécialité bien françaises) ?

  9. La mission d’une classe politique en démocratie c’est de faire vivre la discussion démocratique et d’offrir aux électeurs sur la base de cette discussion un choix construit, une alternance. En renonçant à parler à l’extrême droite diabolisée, le centre droit a failli à sa mission en s’enfermant dans des postures morales qui n’ont pas de sens en démocratie, et en faisant le constat des gauches irréconciliables (lire : qui ont renoncé à faire l’effort de se réconcilier) le centre gauche a suivi le même chemin. En essayant de construire sur ces deux renoncements l’union des centres, Emmanuel Macron poursuit le fantasme du parti unique, le parti de la raison qui s’économise la peine de parler aux extrêmes, ces autres dont la place est comme de juste en enfer. Mais en renonçant à parler et à construire des compromis avec des gens outranciers, voire violents, le centre a certes goûté à court terme l’agrément de la conversation entre gens bien élevés, mais il a renoncé à son utilité sociale profonde, qui est de raisonner des gens peu raisonnables, et plus grave encore, il rend le coût de l’alternance absolument exorbitant. Revenons aux fondamentaux : le Parlement a été inventé au vu de maintes expériences cuisantes pour se parler, ce qui est toujours mieux que de se faire la guerre, en paroles ou en actes. Le centre droit doit reprendre la discussion avec l’extrême droite, le centre gauche doit reprendre la discussion avec l’extrême gauche pour accoucher, idéalement avant l’élection, de projets alternatifs de compromis entre lesquels les électeurs auront le choix. Au pays qui a inventé le Parlement, l’élection de Keir Starmer qui a recentré le parti travailliste après les années Corbin et vient de l’emmener à la victoire nous montre la voie. :
    L’effondrement politique français est d’abord un renoncement des partis de gouvernement de droite et de gauche à parler, en oubliant que parler est la fonction fondamentale du politique.

  10. La mission d’une classe politique en démocratie c’est de faire vivre la discussion démocratique et d’offrir aux électeurs sur la base de cette discussion un choix construit, une alternance. En renonçant à parler à l’extrême droite diabolisée, le centre droit a failli à sa mission en s’enfermant dans des postures morales qui n’ont pas de sens en démocratie, et en faisant le constat des gauches irréconciliables (lire : qui ont renoncé à faire l’effort de se réconcilier) le centre gauche a suivi le même chemin. En essayant de construire sur ces deux renoncements l’union des centres, Emmanuel Macron poursuit le fantasme du parti unique, le parti de la raison qui s’économise la peine de parler aux extrêmes, ces autres dont la place est comme de juste en enfer. Mais en renonçant à parler et à construire des compromis avec des gens outranciers, voire violents, le centre a certes goûté à court terme l’agrément de la conversation entre gens bien élevés, mais il a renoncé à son utilité sociale profonde, qui est de raisonner des gens peu raisonnables, et plus grave encore, il rend le coût de l’alternance absolument exorbitant. Revenons aux fondamentaux : le Parlement a été inventé pour se parler, en partant du constat maintes fois éprouvé dans l’histoire que c’est toujours mieux que de se faire la guerre, en paroles ou en actes. Le centre droit doit reprendre la discussion avec l’extrême droite, le centre gauche doit reprendre la discussion avec l’extrême gauche pour accoucher, idéalement avant l’élection, de projets alternatifs de compromis entre lesquels les électeurs auront le choix. Au pays qui a inventé le Parlement, l’élection de Keir Starmer qui a recentré le parti travailliste après les années Corbin et vient de l’emmener à la victoire nous montre la voie.
    L’effondrement politique français est d’abord un renoncement des partis de gouvernement de droite et de gauche à parler, en oubliant que parler est la fonction fondamentale du politique.

  11. Cet article met le doigt sur le problème d’une classe politique coupée des citadins, citadins dont nombreux ont cessé de croire que le système économique marche pour eux. Espérons qu’en abandonnant les fausses croyances que vous énumérez, ils ne suivent pas le chemin de mes compatriotes américains qui se laissent manipuler par un charlatan autoritaire.

  12. Par la volonté de mettre en œuvre une démocratie parlementaire le peuple français a indiqué, lors des législatives du 7 juillet 2024, une nouvelle voie contre la régence pyramidale d’État et ses gouvernances. Tout en mettant, au coin, les extrémismes.

    Alors, maintenant, mesdames et messieurs les parlementaires ; À VOUS DE JOUER.

    La société qui repose sur l’industrie moderne n’est pas fortuitement ou superficiellement spectaculaire, elle est fondamentalement « spectacliste ». Dans le spectacle, imagé de l’économie régnante, le but n’est rien, le développement est tout. Le spectacle ne veut en venir à rien d’autre qu’à lui-même. La société du spectacle – Guy Debord

    Lorsque la société inhibe, trop tôt, les rêves de sa jeunesse et maintient, trop longtemps, une trop grande partie de la génération précédente dans le cauchemar des désillusions, elle ne saurait évoluer vers autres chemins que celui de la division.

    La connaissance ; c’est de l’expérience. Le reste n’est, majoritairement, que banalités médiatiques, en défilement continu, sans réels fondements humanistes ni quelconques meilleurs sens analytiques envers une véritable justice sociale économique. Au pays des Lumières, est-ce d’une logique législative positive au rapport d’un système de bien(s) et services attachés aux Droits de l’homme, comme de la Liberté, l’Égalité et la Fraternité, apposées aux frontons des bâtiments publics, ainsi de ceux des Mairies et du principe de traitements égalitaires des territoires ? La Ve République est-elle devenue une Régence en Gouvernances de Privilégiés d’avec Ordres pas très clairs… ?

    L’intérêt personnel n’a nulle convenance envers les évanescences de l’espace sensiblement touchant, sauf lorsqu’il devient obsolescence matérialiste programmée par l’accaparement et/ou l’individualisme incertain. L’égocentrisme en est l’épreuve absolue et inabordable dans le monde naturel des véritables savoir-être.

    N’aurait-il pas mieux valu en considérer le sens avant la fin… ?

    Tous les esprits libres, sensés et valorisés à l’intelligence bienveillante savent cela. Ils, elles comprennent également que sur l’ouvrage, avec passion, il faut s’entendre. Si l’enfer est un tunnel creusé par une colonie munie de pics d’incertitude, alors la raison est un bouquet d’attentions que l’on arrose de lucidité…

    La loi du marché avant la bienveillance… ?

    Le XIXe siècle fut celui de l’avènement industriel initialisé par les premières découvertes scientifiques de la fin du XVIIIe, après la Renaissance au XVIIe. La technologie, les sciences et la création de nouveaux outils, matériels, matériaux, moyens techniques, dispositifs de communication et facultés humaines, nécessaires à indexer l’évolution des sociétés prennent une ampleur extraordinaire, jusqu’à nos jours. Une partie de notre « modernité » commença véritablement au début du XIXe siècle. Les nouvelles idéologies aussi. Les paradoxes de la philosophie politique également. Ce siècle de l’avènement industriel vît, sur l’ancien continent la chute des monarchies.

    La fin de la révolution d’octobre en Russie enclencha une nouvelle « guerre » entre le modèle capitaliste anglo-saxon, émancipé à plus grande échelle outre-Atlantique, notamment en Amérique du Nord, et le communisme soviétique induit par la face autocratique, voire despotique de Lénine et Staline, avec les deux plus meurtrières guerres au XXe siècle.

    L’histoire n’avance que par son mauvais côté, disait Marx.

    Il est intéressant de voir que l’histoire de l’ancien au rapport du nouveau continent affichée par le nouveau monde des Amériques est en train de réapparaître, telle une forme simiesque d’un passé sombre. Certes, la modernité a apporté ses bienfaits. Notamment dans les domaines des transports, de l’alimentation, des normes de sécurité, l’hygiène, la médecine, les connaissances, la retransmission de l’information, la rapidité des échanges commerciaux… ; etc. Mais tout cela n’a pas suffi à diminuer, proportionnellement à l’évolution démographique, les inégalités entre les hommes, les femmes et les enfants, l’iniquité sociale économique, les conflits territoriaux, la fracture culturelle, le refuge identitaire et communautaire. L’accessibilité aux biens essentiels est de plus en plus compliquée, même dans nos sociétés occidentales. Ces dernières décennies, l’incompréhension intellectuelle entre systèmes d’échanges de biens et services des villes, où sont concentrées les richesses, et régions rurales, en déficit d’emplois, s’est accentuée. La fête s’est terminée à la fin des années 80, après les « trente glorieuses ».

    Elles ne reviendront jamais, soyez en certains. Il faudrait que les sociétés modernes se réinventent en fonction de leurs évolutions technologiques, économiques et culturelles, si elles veulent s’émanciper des carcans sociétaux, de l’ignorance inflationniste installée par de néfastes corpus socio-économiques et culturels fracturant les communautés, territoires, pays et nations inconscientes du drame en déclin civilisationnel. Après la liesse faisant suite à la fin de la Deuxième Guerre mondiale et le renouveau de la construction européenne les démons affectés à l’anthropocentrisme de l’homme et des clans ressurgirent. Les fantômes de l’ancien monde réapparaissent. Les peurs, les incertitudes, la pression économico-socio-financière et les dogmatismes des nouveaux paradigmes culturels affichés aux néo-scientistes s’installent patiemment, au nom des lois et règles de marchés des « changes », soient disant inédits ? Mais bienveillants, paraît-il…

    Quand l’histoire se répète, disait Marx, la deuxième fois c’est une farce.

    « La monnaie doit se donner pour légitime et cette légitimité ne peut se construire sur la base de la seule conscience qu’auraient les agents financiers du nécessaire recours à des objets conventionnels. Or, seule cette conception de la légitimité répond aux exigences et naturalités des thèses individualistes. Techniquement, c’est au travers de l’hypothèse d’anticipations rationnelles qu’elle se trouve formalisée dans les modèles socio -économico-culturels. En effet, cette hypothèse signifie que les représentations des agents sont identiques au vrai modèle de l’économie. A contrario, la légitimité suppose la croyance en une certaine matérialité des symboles… »

    Aussi est-elle contemporaine d’un certain délitement ou déni d’évolution collectiviste, voire mutualiste des sociétaires, acteurs, actrices, réalisateurs, imprésarios, agents et échangistes des scènes nationales et internationales, perceptibles en et par les dysfonctionnements géopolitico-socio-économiques, devenus aujourd’hui divisions communautaires, où en certains lieux de conflits géo-politico-financiers, la valeur immanente est en ces états, indubitablement, « ARMEE »…

    Au détriment de toutes « cultures »… Où le temps de la potentielle entente sera invariablement utopie. Dimension qui ne peut être en aucun cas désolidarisée de tous objets symboliques, matérialisés par leurs essentialités, utilités, nécessités, disponibilités ou toute autre sensibilité en tant que sujet porté à son propre pouvoir, sur soi ou autres par l’effet de cette symbolique affective, devise sécuritaire, liberté attractive, attachement séculaire, immanence séculière, causes plaisantes, passion communautaire raisonnable, raisonnée… ou alors individuellement déraisonnable.

    La « science » économique est un discours dogmatique dont l’usage est d’être invoqué par les financiers pour opacifier les débats. Pourtant elle suppose que l’économie soit constituée d’une juxtaposition d’individus rationnels qui visent à maximiser leur utilité personnelle par des choix sensés entre les ressources naturelles, matières rares et conceptualisation des objets envers les sujets économiquement viables. Il semblerait, depuis l’avènement de l’industrialisation au XIXe siècle, suivi par la mise en place de la monnaie scripturale, au XXe que les POLITIQUES ÉCONOMIQUES deviennent de moins en moins rationnelles, tout du moins au niveau des meilleures formes de collectivisme, et tout au plus pour le formalisme économico-financier des génies de l’usure, mais dans les deux cas dans des paradoxes dignes des pires scénarios en ressources d’intelligence artificielle défiscalisée de celle collective ; « HUMANISANTE »…

    L’économie politique, dont Adam Smith en fût un des plus célèbres représentants a précédé la science économique née au XIXe siècle. Elle considérait que les individus se distinguent en appartenances de classes différentes, qui jouent chacune leur rôle propre dans l’économie et dont les intérêts entrent, la plupart du temps, en conflit.

    François Quesnay (1694 – 1774) soulignait dans son fameux TABLEAU ÉCONOMIQUE de la France (1758 : 31 ans avant la Révolution française) les intérêts divergents des « classes LABORIEUSES » et des « classes OISIVES ». Karl Marx, dont LE CAPITAL (1867) est sous-titré « CRITIQUE DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE », affirme avec Friedrich Engels dans le Manifeste communiste (1848) : « l’histoire de toutes les sociétés jusqu’ici a été l’histoire de la lutte des classes. » Il est évident que toute politique économique est en conséquence et en aucune manière NEUTRE et APOLITIQUE… Et donc démontrer « scientifiquement » : lorsque les coûts de transaction sont nuls, qu’il est toujours plus efficient de traiter le problème d’EXTERNALITÉS [négatives] en ayant recours à des ARRANGEMENTS PRIVÉS plutôt qu’à la loi ou aux règlements attachés au PRINCIPE DE PRÉCAUTION ne saurait être qu’une VASTE DUPERIE.

    Le problème de fonds se posant, de plus en plus depuis les facilités du commerce international et par conséquent la complexité des règlements, est celui posé en termes de DROITS CONCURRENTIELS plutôt qu’en termes de RESPONSABILITÉ DÉLICTUELLE. Et dans ce cadre-là, voir également la mise en place des DROITS À POLLUER par différents États du monde dont l’UE en fait intrinsèquement partie en tant que « vieux continent ».

    Qu’est-ce que l’Europe ? Un acharnement de voisins qui se battent… écrit ainsi, le philosophe et mathématicien, Leibniz (1646-1716).

    En Allemagne, les phases d’expansion des droits civiques et sociaux (L’unité allemande ou les réformes de Willy Brandt) se produisent en période de croissance. La montée du nazisme dans les années trente ou la recrudescence des pulsions anti immigrés se produisent au cours de sévères phases de récession… Daniel Cohen, Le monde est clos et le désir infini

    Avec pour encore plus mauvaise vision dans le système social économique français (et autres) en celle d’imaginer la nouvelle possible évolution post-industrielle comme une désintégration communautaire par décret en faveur de la déconsidération cultura-identitaire nationale où le plus néfaste schéma d’incompréhension se trouve assurément proche des liens moribonds entre : Le corporatisme paroxysmique « Le déclin social économique » « La prédation territoriale » « Le sectarisme culturel » « L’anti-laïcité » « Le populisme intransigeant » « Le nationaliste exacerbé » « Les peurs dans la zone non sécuritaire » « L’obscurantisme » « Le nihilisme » « La radicalisation » « Le fascisme », etc. Et pour vecteur novateur à partir de la fin des années 1970, l’avènement de l’outil informatique, permettant de créer d’autres classifications, grâce aux langages algorithmiques où les mathématiques en autorisent la création des bases de données et autres compositions sujettes à confinements incohérents, dont le pire est d’avoir oublié dans cette histoire à tendance déshumanisante, la pensée profonde de la propre existence ontologique singulière du mammifère humain.

    Lorsque les hommes ne peuvent (veulent) pas changer les choses ; ils changent les mots. Jean Jaurès (1914)

    […]-[…]

    Si https://lamarante-des-artisans-francais.com/2024/07/08/lespoir-demande-toujours-a-voir/

      1. Le tgv du lundi matin est plein de surprises.. 😉

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