Le coronavirus, situation inédite: les décideurs sont-ils coupables d’impréparation?

Il était assez certain que face à l’épidémie du coronavirus, nous allions chercher à identifier des gens qui l’avaient prédite, car le paradigme prédictif nous obsède. Et ça n’a pas raté: certains ont ressorti un rapport de la CIA qui contient une double page évoquant le risque d’une pandémie, d’autres une vidéo de Bill Gates avertissant lui aussi sur ce risque. Nul doute qu’on nous ressortira bientôt une petite grand-mère du Lubéron qui, elle aussi, évoquait depuis un moment une pandémie à venir, et qu’elle fera la une du 20h de TF1. Conclusion des commentateurs: l’épidémie était prévue, les gouvernements ont été prévenus et ils n’ont rien fait! Malheureusement l’histoire ne tient pas, à la fois parce qu’une épidémie relève de l’incertitude, elle n’est donc pas prédictible, mais aussi parce que la recherche de quelqu’un ayant prédit avec succès un événement traduit un biais rétrospectif. Mais surtout, elle ignore difficulté de prise de décision en incertitude.

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Gérer une situation de crise: Faut-il une approche centralisée ou décentralisée?

Une polémique importante a lieu en ce moment au sujet de la façon dont la France gère l’épidémie du coronavirus. En substance, l’approche très centralisée choisie par le Ministère de la santé est accusée d’être inefficace. Le fait que les masques de protection manquent massivement (policiers, infirmières, médecins de ville, sans même parler de la population) donne beaucoup de poids à ces critiques. Faut-il pour autant décentraliser une gestion de crise? Rien n’est moins sûr. Comme souvent, la vérité sur une question centrale du management des organisations n’est ni dans un modèle, ni dans l’autre, mais plutôt dans une combinaison intelligente des forces de chacun. Regardons-le au travers d’un exemple historique de crise, celle de la bataille de la Marne en 1914.

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En situation de crise: Les trois lignes de conduite du dirigeant

[English version here]

En ces temps d’épidémie de coronavirus, j’ai l’occasion de discuter avec des gens d’horizons très différents (urgentistes, chercheurs, indépendants, entrepreneurs, retraités, chefs d’entreprise, etc.) pour comprendre comment ils « vivent » la crise actuelle à la fois personnellement et professionnellement. De ces discussions, je peux tirer trois lignes de conduites que peut adopter le dirigeant face à la situation extrême et inédite que nous vivons.

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Le coronavirus ou comment les crises bouleversent nos modèles mentaux

Le coronavirus constitue une surprise majeure qui bouleverse complètement la vie mondiale, rendant obsolètes en quelques semaines toutes les prévisions et les plans basés sur ces dernières. Le propre d’une surprise est de mettre en lumière un élément de nos modèles mentaux (croyances profondes qui guident notre action) et de l’invalider. Notre modèle nous indiquait que le monde allait dans la direction A, mais il s’avère aller dans la direction B et nous sommes surpris. Cette surprise peut avoir des conséquences plus ou moins graves. La plupart du temps la réaction consistera à l’ignorer. Lorsqu’il y a une différence entre la réalité et nos croyances, nous essayons à tout prix de maintenir ces dernières en inventant toute sortes de raisons pour minimiser la signification de la surprise; il en va de notre intégrité car nos modèles mentaux sont constitutifs de notre identité profonde: comment nous voyons le monde, c’est aussi comment nous nous voyons, et comment nous sommes dans le monde.

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Les quatre rappels douloureux du coronavirus sur la prise de décision en incertitude

L’émergence inattendue du coronavirus ainsi que ses conséquences incertaines nous rappellent quatre choses que nous aurions du savoir, ou que nous savions mais que nous avons ignorées sur l’environnement dans lequel nous vivons: l’imprédictibilité de l’avenir, la différence entre le risque et l’incertitude, la non-linéarité de l’évolution du monde et la construction sociale des surprises.

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Raison d’être des entreprises: tout ça pour ça!

On allait voir ce qu’on allait voir. La définition d’une raison d’être, article phare de la nouvelle loi PACTE, allait enfin fournir aux entreprises le compas moral dont elles ont tant besoin dans un monde qui change pour qu’elles prennent en compte les enjeux sociaux et environnementaux. Et bien on a vu… La montagne a accouché d’une souris, et les accusations de cynisme fusent. Les entreprises n’auraient pas joué le jeu. Mais le jeu avait-il un sens? Rien n’est moins sûr.

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Faut-il avoir peur du plan chinois pour dominer l’intelligence artificielle?

Il n’y a rien qui fascine autant un intellectuel français, qu’il soit de droite ou de gauche, qu’une bonne dictature. Il en vantera toujours l’efficacité, la clairvoyance, la détermination, et l’ambition, en l’opposant au court-termisme souvent chaotique de nos démocraties occidentales chamailleuses et fatiguées. Nous avons ainsi eu droit récemment à une belle émission (C dans l’air) nous mettant en garde contre le défi chinois dans le domaine de l’intelligence artificielle. Les chinois, nous y expliquait-on, ont une vision à « 50, 100 ans », avec l’IA, les routes de la soie, et le crédit social entre autres choses tandis que l’Europe avance à tâtons, quand elle avance, ce qui est rare. Alors faut-il avoir peur du plan chinois? Je ne pense pas.

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