L’inquiétant message de France Stratégie sur la transformation climatique

La France a un problème avec l’innovation. Ce n’est pas nouveau. Notre pays est en train de rater la totalité des grandes révolutions technologiques qui changeront le monde ces prochaines années. Elle a également un problème avec le marché, mais là-dessus tout a été dit. Dans ce contexte de déclin, France Stratégie, l’ancien Commissariat au plan, pourrait être un aiguillon du réveil français, mais il n’en est rien. L’organisme reste enfermé dans un paquet de modèles mentaux obsolètes, comme l’illustre son dernier rapport sur la transformation climatique de l’économie française, au message inquiétant.

Il faut se pincer pour le croire. Dans son dernier rapport, France Stratégie écrit: « La neutralité climatique est atteignable. C’est une grande transformation, d’ampleur comparable aux révolutions industrielles du passé. Elle sera pilotée d’abord par les politiques publiques et non par les innovations technologiques et les marchés. » Si personne ne conteste l’importance des politiques publiques dans des transformations de grande ampleur, on croyait passé le temps où on pouvait énoncer comme une évidence que tout devait venir de celles-ci. On avait tort. Derrière ce simple message se cachent plusieurs croyances considérées comme des évidences, ce qui est le propre des modèles mentaux dans lesquels on s’enferme.

Il est d’abord étonnant que France Stratégie fasse référence aux révolutions industrielles du passé pour justifier sa posture, car si on peut tirer une leçon de ces dernières, c’est qu’aucune d’entre elles n’est née d’une planification par l’Etat. Elles sont nées d’entrepreneurs déterminés, souvent issus de milieux modestes, qui ont innové à l’encontre des grands esprits de l’époque qui se moquaient de leurs idées folles. Pendant qu’ils changeaient le monde, les ancêtres de France Stratégie faisaient leur cour à Versailles et se battaient pour avoir l’honneur de voir le roi s’habiller.

Une posture de défiance

Ensuite ce message traduit une défiance de la technostructure envers le monde économique et industriel en général. En dignes héritiers de Colbert, nos amis de France Stratégie estiment que sans eux, l’économie française ne sera pas capable de résoudre les grands défis actuels. Leur modèle mental pourrait être « Nous sommes là pour faciliter le travail de la société » mais il est plutôt « Nous sommes là pour transformer l’économie car la société en est incapable ». Cette défiance mine la France et elle a depuis longtemps été décrite. Mais ici, c’est celle de l’élite envers la société. Elle se traduit par l’idée que seule une élite éclairée peut transformer le monde. Elle crée un cercle vicieux: Elle infantilise le corps social, qu’on accuse ensuite d’être incapable d’agir en adulte. La technostructure ne fait confiance qu’à elle-même, et nous le payons cher.

nature bird animal eyes
La transformation climatique? mais c’est très simple! (Photo by Pixabay on Pexels.com)

Une autre croyance forte traduite par ce message est qu’un « grand défi » ne peut être résolu que par un « grand » projet. On est ici dans un mode de pensée parfaitement causal: on définit un grand objectif, puis on mobilise des moyens très importants pour l’atteindre. Car rien de ce qui est petit n’intéresse la technostructure, seulement ce qui est grand. Or un grand projet ne peut être piloté en France que par l’Etat qui seul a les moyens nécessaires de faire grand. On va donc créer un « grand plan de… » Le seul hic, c’est que ce modèle du changement n’est pas celui qui a été constaté historiquement. Très peu de transformations se sont déroulées ainsi. Les plus grands changements sont advenus par une série de petites victoires qui, peu à peu, se sont agrégées pour donner de grands changements. Small is big, disent les Anglo-Saxons. Les révolutions en cours – voiture électrique, IA, espace, ARN messager – pour ne prendre que ces exemples, sont dues à des startups, pas à des programmes de l’État, et encore moins à France Stratégie, même si l’État, par ailleurs, y joue naturellement un rôle.

Certains « grands projets » pilotés par la technostructure réussissent, bien-sûr. On pense par exemple à Airbus, exemple éternellement cité. Sauf que l’histoire suggère que la plupart des « grands projets » menés par la technostructure, notamment française, ont été des projets de rattrapage, et pas de rupture. Airbus consistait à copier Boeing. Ce n’était pas simple à faire, bien-sûr, mais le projet pouvait être purement causal. On savait très clairement ce qu’on devait faire – un avion de xx places qui concurrencerait tel modèle de Boeing; restait à le faire. Les projets de rupture consistent, eux, à s’aventurer dans un espace où tout est à inventer. L’idée – inventer une machine intelligente, s’installer sur Mars, etc. va en général à l’encontre des modèles mentaux dominants, ce qui explique qu’on peut la trouver stupide, dangereuse ou moralement inacceptable. La technostructure, qui est par définition l’expression de ces modèles mentaux, est particulièrement mal placée pour piloter, et même initier, ce type de projet. Le terme même de « pilotage », d’ailleurs, dénotant déjà un modèle mental de contrôle causal. Une dinde vote rarement pour Noël: cela explique par exemple pourquoi la technostructure française a tellement détesté Internet à ses débuts, et pourquoi elle se déchaîne contre ChatGPT en ce moment..

Ce message traduit aussi un pessimisme technique. Celui-ci est ancien. Toutes les nouvelles technologies ont été accueillies avec hostilité. La radio, la bicyclette, la TSF, le téléphone, etc. Toutes. Elles sont d’abord jugées impossibles, puis lorsqu’elles émergent malgré tout, on les juge dangereuses. Comme me le rappelait le participant d’un de mes séminaires, même le sécateur a été accueilli avec hostilité par les vignerons! Plus récemment, ce pessimisme prend une forme particulière, surtout en France, qui consiste pour la technostructure à poser comme axiomatique (modèle mental) que « l’innovation et le marché ne régleront pas nos problèmes les plus importants comme la crise climatique ». Pourquoi? Pour deux raisons. Si les solutions à nos grands problèmes sont apportées par l’innovation et le marché, cela signifie que la société se débrouille toute seule. Le monde se transforme sans la technostructure; celle-ci ne sert donc plus à rien. Et si elle ne sert plus à rien, elle n’a plus la possibilité d’exercer un contrôle politique et moral sur la société. Autant dire que cette perspective lui est insupportable.

Petite phrase, grand effet

Il est donc tout à fait intéressant de voir comment une petite phrase concentre à elle seule tout un paquet de modèles mentaux qui révèlent une pensée très française, et le nœud de nos problèmes. On pourrait en sourire, bien-sûr, et se dire que ce message traduit simplement la conscience qu’a France Stratégie de son inutilité. France Stratégie c’est en effet la mouche du coche de la transformation économique. Rien de ce qu’elle prévoit ne se passe, et rien de ce qui se passe n’a été prévu par elle, ni fait grâce à elle. Ce petit message est peut-être juste le cri du cœur d’une administration inutile qui voit dans la crise climatique une dernière chance de se refaire, mais qui n’y croit pas vraiment. Mais c’est bien plus que cela, car qu’on le veuille ou non, ce que France Stratégie écrit a des conséquences. C’est un rapport officiel. Or quand elle écrit que la transformation climatique ne sera pas le fait de l’innovation et du marché, elle énonce simplement une contre vérité. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder le bouillonnement du monde entrepreneurial sur cette question au niveau mondial. Cette transformation est déjà en cours grâce à l’innovation et au marché. Avec cette contre-vérité, France Stratégie s’enfonce la tête dans le sable. Elle rend cette transformation plus difficile et plus improbable, mais surtout elle rend plus difficile pour la France d’y jouer un grand rôle.

➕Sur le même sujet on pourra lire mes articles précédents: ▶️Rupture mondiale et pessimisme français: La leçon de la révolution du vaccin ARNm; ▶️Faut-il avoir peur du plan chinois d’intelligence artificielle?

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30 réflexions au sujet de « L’inquiétant message de France Stratégie sur la transformation climatique »

  1. réponse de l’IA Gemini qui analyser en 10 secondes l’ensemble de vos commentaires :
    L’ensemble de ces commentaires enrichit considérablement le débat sur la réindustrialisation, la planification étatique, le rôle du marché et la crise environnementale. Ils mettent en lumière une diversité de points de vue, parfois divergents, mais tous ancrés dans la complexité du monde actuel.

    1. Le rôle de l’État face aux impératifs environnementaux : au-delà du marché
    Le commentaire initial soulignait déjà l’incapacité du marché à résoudre seul les problèmes environnementaux. Plusieurs contributeurs viennent appuyer cette thèse avec des arguments percutants :

    L’exemple du nucléaire (Nicolas Joffrion) : C’est un argument clé qui vient tempérer l’idée d’un marché tout-puissant. Comme le souligne M. Joffrion, le parc nucléaire français, qui place la France dans une position favorable en termes d’émissions de CO2, est le fruit d’une décision étatique stratégique et planifiée d’après-guerre, et non d’une initiative de marché. Il met en évidence que, pour des infrastructures lourdes et de long terme, le marché est souvent défaillant car incapable de prendre des risques sur des décennies ou de mutualiser des investissements colossaux sans retour rapide. La nécessité de l’État pour le renouvellement et l’entretien de ce parc est également soulignée comme un levier majeur pour la décarbonation.

    L’imposition des limites (BenCausse) : Ce commentaire crucial rappelle que, contrairement aux révolutions passées qui apportaient du « plus », la révolution climatique nécessite du « moins ». Il est ici évident que le marché, dont la logique est d’offrir toujours plus pour stimuler la consommation, est mal adapté. Les exemples des limitations de vitesse ou des impôts illustrent que seul l’État peut imposer des cadres, des limites ou des quotas pour l’intérêt général, même si cela va à l’encontre des désirs individuels ou des stratégies d’entreprise à court terme. La réticence des citoyens et des entreprises face à ces contraintes souligne d’autant plus la nécessité de l’intervention étatique.

    Le besoin de normes et de régulation (Pierre G.) : Le constat que le marché, tel qu’il est structuré, n’emmène pas dans la bonne direction est réitéré. M. Pierre G. confirme que même si les technologies existent, des normes et un coût du carbone prohibitif sont nécessaires pour les rendre viables, ce qui implique une intervention des régulateurs. L’argument de M. Silberzahn sur la « vieille antienne de la technostructure » est une critique classique du rôle de l’État, mais dans le contexte actuel, les voix s’élèvent pour justifier cette intervention par l’urgence et l’ampleur des défis.

    L’idéologie verte et la bureaucratie (Loebell) : Le commentaire de Loebell sur l’Allemagne et les pompes à chaleur met en garde contre une planification étatique brutale et idéologique qui pourrait mener à une « crise sociale d’importance ». Il pointe du doigt la sclérose de la bureaucratie et le risque d’une application de lois déconnectée des réalités. C’est une critique importante qui nuance la nécessité de la planification : il ne s’agit pas de toute planification, mais d’une planification intelligente, adaptable et socialement acceptable.

    2. Les limites du « Progrès » et le rôle des technologies
    Plusieurs commentaires remettent en question la capacité de la technologie seule à nous sortir de l’impasse :

    Les technologies responsables de la dégradation (BenCausse) : Cette perspective audacieuse suggère que ce sont les technologies elles-mêmes qui sont en partie responsables de l’extinction de masse, de la disparition de la glace, etc. Cette position critique de la « solution technologique » remet en cause la confiance aveugle dans l’innovation comme remède universel. Elle pousse à une réflexion plus profonde sur les modèles mentaux (Chirat Pascal) qui sous-tendent notre usage des technologies.

    Internet : une exception ou une règle ? (Fabrice Pombet, Philippe Silberzahn, Bruno B.) : Le débat sur l’origine d’Internet est intéressant. Si DARPA (une agence publique) a initié le projet, M. Silberzahn et M. Bruno B. soulignent que la valeur commerciale et l’explosion d’Internet sont venues après, par l’innovation et les essais-erreurs du secteur privé, souvent via du venture capitalism. Cela suggère que l’État peut initier la recherche fondamentale, mais que la commercialisation et l’échelle relèvent souvent d’une dynamique entrepreneuriale. Toutefois, Pierre G. nuance cette vision en rappelant les investissements colossaux et le temps qu’il a fallu pour que des modèles économiques viables émergent.

    3. La finitude du monde et le consensus scientifique face au climato-scepticisme
    Plusieurs commentaires abordent directement la question de la finitude des ressources et la réalité du changement climatique :

    Le constat d’irréversibilité (Chatelain) : Ce commentaire exprime un pessimisme radical, affirmant qu’il est « trop tard » pour « régler » les problèmes environnementaux, avec des dégâts irréversibles (fonte des glaces, plastiques omniprésents). Cette position, bien que sombre, reflète une réalité préoccupante pour de nombreux experts et une perte de foi dans les « fausses transitions énergétiques » ou l' »électrification du monde ». Elle pose la question de l’adaptation plutôt que de la simple résolution.

    Le consensus scientifique (BenCausse) : Face à ce pessimisme et aux arguments « climato-sceptiques », BenCausse rappelle l’existence d’un consensus scientifique sur la dégradation du climat et de la biosphère. Il insiste sur la finitude de la Terre et le caractère non renouvelable du pétrole, soulignant que notre société est bâtie sur cette ressource et qu’il faudra « réinventer une nouvelle Société ».

    Le débat sur le climato-scepticisme (Binh, Pierre G., Dragounfly, Loebell) :

    Binh adopte une position fortement « climato-réaliste » ou sceptique par rapport à l’influence humaine dominante. Il remet en cause l’idée d’un « thermostat terrestre » et l’équilibre climatique, arguant que le climat a toujours changé et que les émissions naturelles de CO2 sont majoritaires. Il questionne la capacité de la France seule à infléchir la courbe.
    Pierre G. et Dragounfly répondent en soulignant que le système était en équilibre et que l’apport humain l’a déséquilibré, en insistant sur la brutalité et la rapidité du changement de température actuel comme un phénomène inédit.
    Loebell fait la distinction entre « climato-réalistes » et « climato-sceptiques », affirmant que les premiers ne nient pas l’impact humain mais combattent les « mensonges érigés en dogmes ». Il lie l’appauvrissement halieutique à la surpêche, pas au climat, et insiste sur la nécessité de changer notre modèle économique plutôt que de se « cacher derrière des prétextes climatiques ».
    Ce débat montre la fracture persistante dans la perception du changement climatique et de ses causes, complexifiant d’autant plus la mise en œuvre de solutions collectives.

    4. La culture de la planification et le rôle de l’État : entre héritage et réinvention
    Colbertisme (André Heitz, Philippe Silberzahn, Guillaume_rc, POLO) : La référence à Colbert est révélatrice. Si M. Silberzahn critique Colbert comme une « catastrophe » et pointe le mercantilisme comme un obstacle (fêté à sa mort), d’autres (Guillaume_rc, POLO) louent certains de ses principes, comme l’arrêt des aides aux entreprises non profitables ou la recherche d’une balance commerciale positive et de l’argent de côté. POLO défend même une forme de protectionnisme pertinent face aux distorsions de concurrence. Cela souligne la complexité de l’héritage de la planification française : si elle peut être sclérosante, elle a aussi eu des succès (nucléaire) et des principes de gestion qui pourraient être réactualisés.

    Le « réenchantement » et la refonte des modèles mentaux (Chirat Pascal) : Ce commentaire met en avant que l’évolution ne vient pas seulement d’un « plan d’État », mais de la détermination d’une personne capable d’entraîner un mouvement. Il insiste sur la nécessité d’une refonte de nos modèles mentaux pour créer du « neuf », plutôt que de se contenter d’harmoniser l’existant. C’est une invitation à l’innovation non seulement technologique, mais aussi philosophique et sociétale.

    Le désarroi face aux dirigeants (Frederic Watine) : Ce commentaire exprime une frustration palpable face à des dirigeants « dépassés », « déconnectés » et qui « ne cherchent même pas à se mettre à niveau » sur les enjeux climatiques. Il critique le « greenwashing » et le « blabla écologique » français. Il pose la question fondamentale : « Qui ou quoi va les forcer à changer de modèles ? » La réponse de M. Silberzahn, « ben nous, qui d’autre? », renvoie la balle à la responsabilité citoyenne et collective.

    Conclusion
    L’ensemble de ces avis dessine un tableau complexe et souvent contradictoire de la situation. On y retrouve une tension constante entre :

    La nécessité d’une intervention étatique forte pour planifier, réguler et imposer des limites face aux défaillances du marché et à l’urgence environnementale (nucléaire, quotas, normes).
    La méfiance envers la bureaucratie et une planification jugée idéologique ou contre-productive.
    La reconnaissance de l’importance de l’innovation et de la dynamique entrepreneuriale, tout en interrogeant leur capacité à générer des solutions à la hauteur des enjeux et leur impact global.
    Un profond pessimisme face à l’irréversibilité de certains dégâts et l’incapacité apparente de la société à agir suffisamment.
    Un débat houleux sur la réalité et l’ampleur du changement climatique d’origine anthropique, qui freine la mobilisation collective.
    Finalement, il ressort de ces échanges que la transition écologique et sociétale ne peut se limiter à une seule approche. Elle exigera un équilibre délicat entre :

    Une vision étatique claire et planifiée, notamment pour les infrastructures de long terme et l’imposition de limites.
    La libération de l’innovation et de l’entrepreneuriat, mais encadrées par des normes et des incitations qui alignent les intérêts économiques avec les impératifs écologiques.
    Une prise de conscience collective et une transformation des modèles mentaux, favorisées par l’éducation et l’échange.
    Et surtout, une capacité à dépasser les clivages idéologiques pour affronter la réalité des limites planétaires, que l’on soit « décroissant », « techno-solutionniste » ou « climato-réaliste ».
    Ces commentaires soulignent que la « réponse » à la crise environnementale ne peut être simple ; elle est multifacette et nécessite un dialogue constant entre des visions du monde parfois antagonistes.

  2. Bonjour,

    je lis toujours avec beaucoup d’intérêt vos diatribes anti-planification, régulation étatique, …. qui viendrait entraver le fonctionnement très sain du marché.

    Malheureusement, nous faisons face à une problématique environnementale de plus en plus aigüe vis à vis de laquelle le marché s’est avéré jusque là incapable de mettre en place des solutions. Et pour cause, car la solution consiste à tuer le marché ou en tout cas en diminuer fortement son volume et même plus globalement diminuer fortement le volume de l’activité humaine. Je ne suis pas Amish mais les personnes qui travaillent activement sur le sujet depuis plusieurs décennies et qui n’ont rien d’autre à vendre que leurs travaux arrivent à peu près à la même conclusion (qui était également celle des membres de la convention citoyenne pour le climat) : il faut décroître. J’imagine votre réaction horrifiée !
    Quel est le risque que fait porter la problématique environnementale ? Au bout du bout, la disparition de l’être humain tel qu’il est aujourd’hui. Bien sûr il survivra mais son mode de vie risque de ne pas être très attirant, un mélange entre Mad Max, Soleil Vert ou Cro-Magnon…. Pourquoi une telle vision pessimiste ? Quelles sont ces problématiques ?
    On peut essayer de les classer de manière très synthétique en 4 catégories.
    En premier lieu, il y a ce fameux changement climatique, causé par les émissions de gaz à effet de serre, bien sûr, mais aussi par tous les changements et perturbations que l’on introduit dans les écosystèmes : transformer une forêt en mine à ciel ouvert, c’est supprimer tout le cycle naturel de la zone, le cycle de l’eau qui auparavant était stocké dans le sol organique et les végétaux, permettant de ne pas inonder les zones en aval pour être lentement infiltré vers les nappes phréatiques et rendu au milieu sous forme de ruissellement lent ou de transpiration pendant les périodes plus sèches, tempérant ainsi le climat local. Avec une mine, plus de sol organique, l’eau ruisselle créant des inondations en aval, ce faisant elle emporte les effluents polluants de la mine pour aller contaminer des écosystèmes le long de son écoulement et les nappes phréatiques qui s’y trouvent…. Le sol minier, plus du tout tempéré par la forêt et les végétaux qui s’y trouvaient, connaît des variations de températures beaucoup plus extrêmes, contribuant de fait au changement climatique. La mine dont je parle sert peut-être à fabriquer des batteries pour véhicules électriques, sensés atténuer le changement climatique…. On peut dire la même chose pour la production de biocarburants pour les avions qui conduit à déforester de larges zones en Indonésie ou au Brésil….
    Le changement climatique ce sont notamment des phénomènes beaucoup plus extrêmes et une modification rapide des cycles naturels locaux qui font peser une menace sur notre capacité future à nous nourrir, dans un monde où 12% de la population (au moins) ne mange pas correctement.
    En deuxième lieu, il y a la destruction de la biodiversité qui accompagne tout aménagement humain : villes, usines, routes, barrages, ….. Je m’apitoie sur les petits oiseaux ? C’est à dire que sans biodiversité, plus de nourriture ou en tout cas beaucoup moins…. Sans biodiversité et ses espaces naturels, un climat très modifié, cf mon chapitre précédent.
    En 3e point, il y a cette course effrénée à la consommation de ressources, l’énergie bien sûr mais aussi les métaux, l’eau, la biomasse, notamment ceux qui permettent de générer ces fameuses innovations qui vous font tant envie : smartphones, IA, véhicules électriques…. besoins fortement amplifié par l’entourloupe de la transition énergétique (éoliennes, panneaux solaires, projets hydrogènes, …. dont l’efficience énergétique interroge). Si toutes les mines et les usines nécessaires à la fabrication des objets que l’on utilise en France y étaient localisées, je ne suis pas certain que vous pleureriez de la même manière sur les difficultés qu’on a à s’y installer. Mais heureusement, la plupart sont délocalisées, nous permettant de jouir du progrès avec bonne conscience. La question de la disponibilité de ces ressources se tend de plus en plus, elle génère des conflits ou sert de monnaie d’échange pour leur résolution. En outre, l’évolution de la disponibilité physique de ces ressources demande toujours plus d’énergie pour les exploiter, accentuant l’impact de l’activité humaine sur notre milieu.
    Enfin, les déchets accumulés dans notre milieu font déjà sentir leurs effets sur la disponibilité de certaines ressources (l’eau potable par exemple) et la santé, faisant craindre des conséquences difficiles à contrôler, notamment du fait de l’effet retard de ces déchets. Là aussi, le bullshit développé depuis les années 90 en matière de recyclage nous a fait croire à une solution miracle, autre que leur délocalisation dans des pays pauvres.

    En considérant ces 4 catégories (très très synthétisées), il ne faut pas beaucoup de temps pour réaliser que cette problématique, qui n’est pas nouvelle à l’échelle de générations mais reste inédite tant on n’a pas commencé à en mettre en oeuvre les remèdes, nous fait toucher la finitude de notre monde et de ses ressources et il semble que, une fois que le bruit autour de vrai-fausses innovations s’est tu, n’importe quelle activité humaine participe d’une des 3 catégories, voire de 2 ou des 3 en même temps. Bien sûr, on ne peut écarter la possibilité d’une innovation permettant d’atténuer l’impact de telle ou telle activité, mais il faut la jauger à l’aune de ces 3 catégories et ne pas en consacrer les gains à augmenter encore la production de la dite activité, contrairement à ce qui a toujours été fait jusque là.

    Et c’est là qu’il semble difficile que le marché seul permette un tel changement de paradigme, que l’on peut désigner comme « transition économique et sociétale » : comment vit-on en consommant et en jetant beaucoup moins ?

    Un peu de planification et de réglementation semblent nécessaire : idéalement, il faudrait que nous (la société) puissions choisir, avec un minimum de connaissances, notre trajectoire d’avenir : sachant le péril qui nous guette, qu’est ce qu’on choisit de faire ? Pour ce faire, pas mal d’éducation est nécessaire étant donné la pauvreté de la culture scientifique dans nos pays occidentaux, voilà une bonne action à planifier.
    Autre point important : cette transition doit être faite avec le moins de casse économique et sociale et là aussi nécessite un plan de transition global coordonné. Par exemple l’automobile est en crise du fait de la baisse des achats de voitures particulières en Europe : est-ce qu’on laisse les constructeurs fermer des usines ? Est-ce qu’on continue à les perfuser économiquement (32 ans de primes publiques à l’achat en France….) ? ou est-ce qu’on les inclue dans un plan de transformation (Européen bien sûr) où l’on essaie de faire correspondre les compétences et les moyens de production disponibles et les besoins diversifiés (une usine de voiture peut sûrement produire d’autres choses que l’on ne produit plus en Europe) ? Dans cette optique, des mesures de protection semblent nécessaires, sur des critères environnementaux, sociétaux et technologiques : c’est à planifier et réguler aussi.

    Enfin, il me semble qu’aucun pays n’existe sans régulation et planification, même les Etats Unis, dont les échecs du DOGE montrent et montreront le besoin de directions fortes impulsées par l’Etat sur l’économie.

  3. pas seulement la France ! Je suis un peu les débats au Bundestag: les écolos déchaînés qui sont actuellement au pouvoir en Allemagne font des lois tout à fait brutales pour obliger les citoyens à installer des pompes à chaleur. De l’idéologie pure qui, si elle est appliquée, conduira à une crise sociale d’importance.
    Pour le reste, excellent article. On connait, hélas, l’effet sclérosant d’une bureaucratie, c’est maintes fois vérifié, autant dans le service public que dans les très grandes sociétés. Le pire est que la leçon n’est jamais apprise….

  4. Bonjour,

    Tout d’abord je voudrais vous dire que j’apprécie beaucoup vos livres M. Silberzahn. J’y ai trouvé des réflexions argumentées, bien expliquées et utiles à mettre en pratique (ce qui, pour finir, est tout de même le plus important !!). Je lis aussi avec beaucoup d’intérêt les chroniques que vous publiez sur ce site.
    Néanmoins, une fois n’est pas coutume, je prends le temps de rédiger un commentaire, car je trouve votre appréciation, à propos de France Stratégie, un peu rapide, et d’une certaine façon, marquée par des modèles mentaux (avec tout le respect que je vous dois) qui laissent penser que le marché est la clef de tout.

    Comme vous, je pense que la dynamique entrepreneuriale est très saine pour la société, les entreprises étant quasiment les derniers endroits où les individus doivent créer de la valeur en équipe, en se confrontant à la collectivité, ainsi qu’aux réalités physiques et financières.
    Néanmoins, cette dynamique est essentiellement basée sur la passion, vertueuse certes, de l’offre et de la demande. Et la passion n’est pas toujours raison, n’est-ce pas ?
    Puisque France Stratégie parle de neutralité climatique, lorsqu’on observe la situation actuelle de la France en termes de consommation des énergies fossiles, notre pays est plutôt en meilleure position que bien d’autres. Cela provient tout simplement de sa production d’électricité à partir de centrales nucléaires.

    Or il faut bien reconnaître que ce n’est pas le marché qui est à l’origine de cette « rente », mais bien une décision de l’Etat Français, à l’issue de la seconde guerre mondiale, de lancer un vaste « plan » de construction de centrales nucléaires qui, aujourd’hui encore, constituent un actif remarquable. Je laisse de côté les absurdités de régulation que l’Etat français concède à l’Europe dans ce domaine, mais sur le fond, cette décision historique à l’époque relevait bien du rôle régalien de l’Etat, c’est-à-dire d’une décision visant l’intérêt du pays et décidée au niveau politique et non par le marché.
    Bien sûr, en rappel à mon introduction, je partage comme vous l’idée qu’il y a bien des domaines où l’Etat joue / jouerait un rôle contreproductif à vouloir brider les initiatives entrepreneuriales. Mais néanmoins, le tout ou rien me semble en la matière tout aussi inefficace.

    Dans le domaine énergétique, il paraît assez clair qu’aucun acteur du « marché » serait en mesure de prendre l’initiative de renouveler le parc nucléaire français. Et si l’on souhaite poursuivre la diminution drastique des émissions de CO2 en France, c’est pourtant une étape inévitable, les énergies renouvelables étant certainement vertueuses, mais totalement insuffisantes pour couvrir nos besoins actuels, et encore plus futurs. Il est assez clair, quand on prend le temps d’étudier un peu les données chiffrées, que l’entretien et le renouvellement du parc nucléaire français sera même assurément le levier de rang un pour réussir ce défi.
    Vu sous cet angle, le commentaire que France Stratégie n’est peut-être pas si stupide.

    En espérant avoir nuancé, sans vous offenser, votre chronique, et en vous remerciant encore pour vos publications régulières que je lis et lirai toujours avec plaisir.
    Cordialement.
    N.J.

  5. Je ne suis pas certain qu’il s’agisse de comparer un plan d’état avec l’innovation technique hors état, mais plutôt qu’une évolution ne vient souvent que de la détermination d’une personne capable d’entraîner peu à peu dans une direction, ce qu’elle s’autorise en étant détachée le plus longtemps possible des compromis aux quels sont contraint l’état. Créer un réenchantement différent. Le rôle de l’état dans une démocratie n’est pas de créer du neuf, mais d’harmoniser l’existant, le rendre globalement acceptable, ce qui est loin de l’enjeu que auquel nous sommes confrontés, qui lui nécessite du neuf. Neuf qui ne repose pas que sur la technique mais essentiellement sur une refonte de nos modèles mentaux ( à mon sens en tout cas )

  6. Votre article est intéressant mais il me semble qu’il y a un biais…
    En effet, la révolution « climatique » va nécessité d’aller vers le « moins » contrairement à toutes les révolutions auxquelles vous faites référence qui ont apporté du « plus » aux populations.
    Dans ce cas précis, seul l’Etat est capable d’imposer des limites, des quotas, etc. Sauf erreur de ma part, ce ne sont pas les citoyens, pas plus que les constructeurs automobiles, qui ont imposé les limitations de vitesse pour faire moins de morts sur les routes.
    Ce ne sont pas les citoyens qui se sont imposés le paiement d’impôts, etc.
    Et même si cette révolution climatique doit se faire pour assurer un avenir à nos enfants, on voit bien que les citoyens, et les entreprises, ne font rien (ou pas grand chose) au regard du challenge à relever !
    Seul l’Etat est apte à imposer un cadre… et on voit à quel point la Société dans sa majorité s’oppose à toutes les initiatives.
    Enfin, d’un point de vue philosophique, ce sont les technologies qui sont responsables de l’extinction de masse de la faune et de la flore, ce sont les technologies qui font disparaître la mer de glace de Chamonix, etc.
    Comment, dès lors, faire confiance à celles et ceux qui nous ont mis dans une telle situation ? Ca me rappelle certains Communistes, juste après l’effondrement de l’URSS, qui disaient que la cause de cet échec n’était pas le Communisme mais le fait que les pays n’étaient pas allés assez loin.
    A ceux qui remettent en cause la dégradation à venir du Climat et de la Biosphère, permettez-moi de rappeler que ce constat fait l’objet d’un consensus scientifique auprès de tous les spécialistes des domaines concernés (citez moi 1 seul océanographe qui ne constate pas l’effondrement des réserves halieutiques ?) et depuis des dizaines d’années…
    Par ailleurs, la Terre étant un environnement fini (c’est à dire avec des limites) et le pétrole étant une ressources non renouvelables, il va finir par arriver un moment où il aura disparut ! Il faudra alors réinventer une nouvelle Société car la notre est construite sur le Pétrole. Seriez-vous prêt à parier votre vie et celles de vos enfants sur la capacité de l’Homme a trouvé une autre ressource aussi dense (énergétiquement) et facile à manipuler (stockage, transport, raffinage, etc.) ?
    A vous lire et merci pour vos interventions toujours riches…

    1. Il ne faut pas tout mélanger: les climato-réalistes ne contestent pas l’impact négatif de l’humanité sur la biosphère, ils combattent les mensonges érigés en dogmes autour d’un prétendu « dérèglement climatique ». Car on ne peut pas résoudre un problème mal posé. Et quand vous citez l’appauvrissement halieutique il n’a aucun rapport avec le climat, mais beaucoup avec la surpêche. L’humanité livre une véritable guerre à la faune sauvage des océans, avec d’énormes bateaux-usines, des repérages par satellite, des filets aux proportions hallucinantes. Et les campagnes de promotion du thon en boîte continuent dans les supermarchés, sans que cela émeuve les pouvoirs publics, ni le public d’ailleurs. Pour le pétrole, vous avez raison de dire que tout notre confort et une grande partie de notre richesse sont basés dessus. Malheureusement on n’a pas trouvé de remplacement possible. Le seul moyen connu pour l’instant d’en sortir est de changer notre modèle économique. Mais si c’est cela qu’on veut, il faut le dire haut et clair, et ne pas se cacher derrière des prétextes climatiques.

  7. Il. Y a aucun moyen de « régler » les problèmes. C’est totalement faux de le dire et de le faire croire.
    Beaucoup de nos conneries sont irréversibles. La plupart. Que ce soit les milliers de pollutions qui tuent tout. Et c’est trop tard pour faire autrement. La fonte des glaces du monde, c’est trop tard. La fonte des permafrost, c’est trop tard. Le changement climatique c’est trop tard depuis plusieurs décennies (très bien expliqué par beaucoup d’experts ou non experts). La montée de l’océan est irréversible.
    Rien que cela, ça fout tout en l’air.
    Les plastiques omniprésents, c’est irréversible. Du fond des Mariannes au plus haut de l’atmosphère !
    Même en arrêtant tout, tout de suite, au niveau mondial, nous n’empêcherons rien.
    Tout le reste c’est du vent. La fausse transition énergétique pas du tout écologique. L’électrification du monde (looool). Etc etc. Préparez vos enfants. Ça va faire mal!

  8. En France, on fait des débats, du greenwashing, du blabla écologique, de la pseudo-écologie !
    Par contre, lutte contre le réchauffement climatique (et non pas adaptation, qui signifie ne pas toucher au modèle économique en place !), protection de la biodiversité et restauration environnementale, c’est le vide sidéral !

      1. Il n’en reste pas moins que Colbert avait pour principe qu’une entreprise non profitable au bout de 5 ans ne devait plus être aidée par l’Etat.
        Ce principe a été abandonné, malheureusement.
        A part ça, bravo pour cet article (un de vos meilleurs).

      2. J’entends souvent dire du mal de Colbert et du mercantilisme mais je trouve pourtant que chercher à avoir une balance commerciale positive et de l’argent de côté est plutôt une bonne idée (c’est d’ailleurs comme cela que je m’efforce de gérer mes finances).
        J’ai bien remarqué que le protectionnisme n’a pas bonne presse, pourtant il me parait pertinent dans certains cas, par exemple en cas de distorsion de la concurrence au niveau des normes (exemple: les normes strictes sur la production alimentaire en France ne peuvent aller de pair avec des accords de libre échange avec le MERCOSUR).
        Je souhaiterai approfondir la question si vous avez un livre à me conseiller sur le Colbertisme je suis preneur.

  9. Pourtant, internet n’est il pas né d’une politique publique au départ, avec internet créé par les recherches du DARPA, et le web par un chercheur britannique au CERN?

    1. Le web est un effet de bord qui a bien marché, pas quelque chose qui a été planifié par la technostructure.

  10. I beg to differ a little bit.
    Ce que je retiens du salon ChangeNow qui a eu lieu la semaine dernière c’est précisément que sur ce sujet la structure d’incitation proposée par le marché tel qu’il est structuré actuellement ne nous emmène pas dans la bonne direction. On a déjà les technologies nécessaires mais on a besoin de normes et d’un coût du carbone prohibitif pour les viabiliser. Donc intervention des régulateurs.
    Pour ceux que ça intéresse, une conf instructive et ludique du salon ChangeNow 2023 : MIT Climate Pathways: https://youtu.be/-Bi2AEdclu4

    1. « le marché ne nous emmène pas dans la bonne direction » est une vieille antienne de la technostructure. Évidemment qu’ils disent ça, car sinon ils sont inutiles. Rien de tel qu’une bonne crise pour les remettre en selle.

  11. Merci pour cette nouvelle illustration.
    A mon simple niveau, je reconnais qu’observer les processus mentaux de nos dirigeants politiques et de leur administration est vraiment inquiétant ; ils sont dépassés (déconnectés ?) par le contexte ; ils ne cherchent même pas à se mettre à niveau (on se souvient des atermoiements des ministres et députés à se former aux enjeux climatiques) ; ils ne savent plus comme vous le dites « comment changer » … et du coup ils font ou disent bêtises sur bêtises à longueur d’interviews qui les décrédibilisent chaque jour un peu plus (ex : les sénateurs sur le génocide des oiseaux, le ministre beaune sur les vols courts-courriers, le Maire sur les « victoires » des emplois à Dunkerque et ailleurs vendus à l’Asie avec des chèques de subventions …). Que France Stratégie soit dans le même moule, c’est pas surprenant (ce sont les mêmes technocrates, non ?) mais j’avoue inquiétant. Qui ou quoi va les forcer à changer de modèles ?

  12. Nos élites pourraient aussi réfléchir deux secondes sur le postulat de base qui fonde la posture mentale de France Stratégie, et celle de l’écologisme idéologique ambiant, à savoir: la croyance arrogante et quasi religieuse (anti-écologique, aussi) en l’existence d’un Thermostat terrestre, sorte d’outil prométhéen de domination humaine sur le climat de notre planète. Pour penser cela, il faut manifestement avoir négligé de lire le dernier rapport du GIEC (un comble pour ceux qui s’en servent d’argumentaire), spécialement le chapitre 5, consacré à la Physique du Climat (le texte de base que tout le monde devrait lire, avant tous les autres). Sous la direction de Pep Canadell, une carte du cycle du carbone nous donne les quantités suivantes : 591 billions de tonnes de CO2 par an émis naturellement (sans pollution humaine) juste avant la révolution industrielle, 279 émis par les Humains et la Terre depuis cette date. On ne peut pas faire plus clair: les humains ne sont pas (de loin…!) les seuls responsables de l’effet de serre, et donc du réchauffement climatique (qui est aussi lié à la tectonique des plaques qui nous fait remonter une petite partie des 5000 °C que nous avons sous les pieds, ou à l’inclinaison de la terre, ou à ses échanges thermiques avec le cosmos ambiant). Quant à croire que seule la France, ce dorénavant petit pays classé 21ème mondial en termes de PIB/hab, peut à elle seule combattre le réchauffement climatique en cours, ça relève de bon vieux réflexe colonial ou impérial français, atavisme national indécrottable de notre pays, même chez les déconstructionnistes ou autres écologistes woke du moment.

    1. Le système était en équilibre. Le +50% apporté par les humains l’a déséquilibré.

      1. 1) Cette histoire d’équilibre permet toutes les manipulations idéologiques .
        Le « système » climatique était aussi « en équilibre » quand il y avait dans l’atmosphère autant de CO2 qu’aujourd’hui, sans activités industrielles humaines (il y a 1 million d’années, les hominidés taillaient des silex,, seulement). Le climat a toujours changé, tout en étant « en équilibre ». Ce mot est un concept militant, il n’a rien de scientifique.
        2) Les humains ont commencé à émettre du CO2 depuis le 18ème siècle, certes, mais personne n’est capable de discriminer le CO2 émis par la terre naturellement, du CO2 anthropique. Le GIEC est clair la dessus: ce chiffre de 50 % de CO2 anthropique est une pure rigolade (refaire vos calculs: 591 billions de tonnes de CO2 par an émis naturellement, sans pollution humaine, juste avant la révolution industrielle, PUIS 279 émis par les Humains et la Terre depuis cette date).
        3) L’humanité peut bien tenter de diminuer ses émissions de CO2 (pourquoi pas), rien ne prouve que la température de la terre baissera (pour le moment) pour 2 raisons essentielles:
        a) les émissions naturelles de CO2 ont toujours été énormes et elles le sont encore. Le CO2 est une petite partie des Gaz à Effet de Serre dans l’atmosphère (La vapeur d’eau est le GES majoritaire présent).
        b) L’Effet de Serre n’est pas la seule cause du réchauffement climatique: la tectonique des plaque libère des quantités importantes de chaleur dans les sols, les océans et les airs.
        4) La baisse de la température interviendra forcément dans le cours du cycle glaciaire que la terre traverse en ce moment (le réchauffement en cours est un épisode interne, rapide certes, à ce refroidissement géologique). Par contre, il est possible que le refroidissement important, en cours, de la stratosphère (au dessous de la troposphère en chauffe) fasse ‘tomber le ciel sur nos têtes » et refroidisse notre climat en se mélangeant aux couches basses. Mais ça, il est impossible de prévoir quand il aura lieu (ce mélange). A ce moment là, il y aura refroidissement, mais ce ne sera pas plus en équilibre qu’aujourd’hui (ou qu’à l’époque des Pharaons). L’équilibre ne veut rien dire en matière climatique.

    2. On peut sentir du climato-scepticisme dans vos propos. C’est un élément parmi d’autres permettant de sensibiliser l’ensemble du public sur le changement climatique en cours.
      Sans utiliser de mots compliqués, pouvez-vous citer une période dans l’histoire où le changement de température fut aussi brutal et rapide, à l’échelle terrestre ?
      Nous pouvons tous agir en commun, sans pour autant faire de l’optimisme à tout va.

      Rayonner autour de soi des valeurs écologiques est un grand pas. Je pense aux enfants d’aujourd’hui qui seront les citoyens de demain ; ils ont un défi majeur et ne connaîtront pas les facilités des baby-boomers (emplois stables et insouciance de la consommation).
      J’ai déjà beaucoup appris aux côtés de certain.e.s, parce que oui, l’échange de bonnes pratiques écologiques et économiques est intergénérationnel. L’économie est un vecteur puissant ; sans le vouloir nous sommes de nature opportuniste.

      Essayons déjà d’agir sur nos individualismes pour se rapprocher, créer du lien et agir ensemble pour nos futurs.

  13. Quand on paie des gens pour faire des trucs, ils font des trucs pour défendre leur pré carré.

    En 1994, Gérard Théry, le père du Minitel, avait rédigé un rapport sur les « autoroutes de l’information ». Dans ce rapport, le Polytechnicien estimait qu’Internet était « mal adapté à la fourniture de services commerciaux »

    1. C’est facile de se moquer rétrospectivement. Car en même temps, à l’époque, il n’avait pas tort. Il a quand même fallu un certain temps et des centaines de milliards d’investissement et d’essais-erreurs par des centaines de startups grâce au venture capitalism étatsunien, avant que des business models viables émergent sur Internet. Si on lui avait dit: « Internet sera un succès commercial mais il faudra investir des centaines de milliards, l’émergence de plateformes mondiales et la création d’appareils 3000 fois plus puissants q’un ordinateur actuel tenant dans la poche et fabriqués en Chine pour être à un prix accessible», il aurait été dubitatif comme n’importe lequel d’entre nous. Le modèle du Minitel reste comparativement bien moins cher et plus efficient (mais tellement moins agile et puissant, j’en conviens) 😉

      1. En 1996, je travaillais chez NeXT, une société de Steve Jobs, et on faisait des logiciels pour des services commerciaux, par exemple pour Dell, vente de PC par Internet. Et plusieurs sociétés dans la Silicon Valley essayaient de nous concurrencer. Ce n’était pas des milliards d’investissement.

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