Pour changer le monde, la leçon de Bill Buckley

Il existe une croyance très répandue sur le changement : pour changer le monde, transformer une organisation, une société, ou même une habitude, il faudrait d’abord avoir de bonnes idées. Les bons arguments. Le bon discours. C’est rassurant, parce que c’est simple. C’est aussi, très souvent, pourquoi le changement n’arrive pas. Quelqu’un qui l’avait compris est William Buckley, artisan du renouveau du conservatisme américain dans les années 70-80, et sa biographie est fascinante.

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Et si le premier obstacle au changement était le dirigeant?

La capacité d’un collectif à surmonter les échecs et les blocages détermine sa survie. Lorsque cette capacité fait défaut, le premier responsable en est souvent le dirigeant lui-même. Combien sont en effet capables, lorsqu’un changement échoue, d’un diagnostic sincère – c’est-à-dire d’un diagnostic qui ne les épargne pas ? Que ce soit en politique ou en entreprise, la façon dont on lit une situation détermine ce qu’on est capable d’en faire. Or cette lecture est rarement neutre : elle reflète des convictions, des angles morts, une certaine idée de là où se situe le problème – en substance les modèles mentaux. Tant que le dirigeant ne s’inclut pas lui-même dans l’équation, il y a peu de chances qu’il trouve les bonnes réponses.

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Face à l’incertitude: Le grand retour de l’intégration verticale

Qu’est-ce qu’on intègre? Qu’est-ce qu’on sous-traite? La question est aussi ancienne que l’entreprise. Comme souvent, il n’y a jamais de réponse dans l’absolu, seulement des choix avec leurs avantages et leurs inconvénients. Mais le contexte compte aussi. Alors que depuis quarante ans, la réponse à la question était « Intégrons le moins possible et sous-traitons le plus possible », l’incertitude massive qui caractérise désormais le monde rebat les cartes et remet l’intégration verticale au premier plan des priorités.

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Quand le système vacille: la fin du modèle mental de l’ascenseur social et ses conséquences

L’ascenseur social est en panne, tout le monde en convient. Mais si le vrai problème était plus profond ? Et si c’était la croyance elle-même en cet ascenseur — ce modèle mental fondateur de notre société — qui était en train de disparaître ? Quand une société cesse de croire que l’effort peut payer, ce n’est pas seulement une promesse qui n’est plus tenue. C’est tout notre système qui vacille.

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Cascade de disponibilité: Pourquoi les idées qui gagnent ne sont pas toujours celles qui sont justes

Les idées qui semblaient incontestables hier peuvent être abandonnées presque du jour au lendemain, remplacées par d’autres tout aussi incontestables. Par exemple, ces dernières semaines, de grandes entreprises et institutions américaines ont renoncé les unes après les autres à leur politique DEI (diversité, équité et inclusion), qu’elles avaient pourtant défendue pendant des années.

Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres de changement soudain d’opinion. De manière générale, il est frappant de constater à quelle vitesse l’opinion publique peut évoluer sur un sujet donné. Ce phénomène contre-intuitif s’explique pourtant par un processus appelé cascade de disponibilité. Il montre que les idées qui triomphent ne sont pas nécessairement les plus justes, mais celles qui sont les plus visibles et répétées.

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Unis malgré la diversité: la leçon du traité de Westphalie que nous oublions à nos risques et périls

Comment un collectif peut-il fonctionner alors que nous avons chacun des fins radicalement différentes? La question est aussi ancienne que l’humanité. Pendant très longtemps, la réponse a été de deux ordres: soit par la force, en soumettant le groupe à un chef puissant, soit par l’idée, en unifiant le groupe autour d’une finalité commune (religieuse, philosophique ou politique). En 1648, après trente ans de guerres de religions, le traité de Westphalie apporte une réponse radicalement différente: unifier l’Europe en renonçant à l’impératif de finalité commune. Cette réponse, révolutionnaire, résonne encore aujourd’hui, bien au-delà du seul domaine politique.

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En incertitude, misez sur vos croyances… prudemment.

L’incertitude, ce n’est pas rassurant. Mais la meilleure manière de se rassurer et de pouvoir agir, ce n’est pas de rechercher des certitudes. C’est une quête sans espoir, et surtout dangereuse. Mais alors comment éviter la paralysie? En avançant à partir de croyances, de façon prudente. C’est la grande leçon, très pratique, du philosophe Ludwig Wittgenstein qui en cela met une grande baffe à Descartes.

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La grande pétoche: comment la France va rater la révolution de l’IA

La France a peur. Peur de l’avenir, peur des technologies, peur de son ombre. Nous sommes devenus des pétochards. Nous ne voyons que le côté négatif des nouvelles technologies. Parlez biotech, on vous répond « Frankenstein ». Parlez robots, on vous répond chômage. L’IA n’échappe pas à la règle: Skynet n’est jamais loin dans la discussion. Si nous ne changeons pas rapidement de posture, nous passerons à côté d’une des plus grandes révolutions industrielles, et les conséquences seront catastrophiques.

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Comment notre modèle mental nous empêche de comprendre le monde: les cas de Judith Butler et Charlie Wilson

Pour comprendre le monde et lui donner un sens, nous en développons un modèle. Celui-ci focalise notre attention sur ce qui compte. Il nous fournit une théorie explicative créant des catégories qui nous permettent d’agir. Mais nous répugnons à le changer lorsqu’il ne fonctionne pas ou que le monde change, parce qu’il définit aussi notre identité. Lorsque sa capacité explicative est en question, nous nous enfermons dans une bulle déconnectée de la réalité. Dans le domaine politique, ce phénomène est illustré par deux personnalités à l’opposé du spectre politique: Judith Butler et Charlie Wilson.

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