Le désir de création est universel: tout le monde peut être entrepreneur

On ne compte plus les études qui cherchent à cerner le profil des entrepreneurs, qui cherchent à comprendre ce qui les motive et, surtout, ce qui les caractérise. Car bien sûr, nous voulons plus d’entrepreneurs. Si nous les comprenons mieux, nous serons capables de transformer plus facilement des gens « normaux » en des entrepreneurs, et tous nos problèmes économiques et sociaux seront réglés. C’est mal poser le problème. Pour comprendre pourquoi, il nous faut faire un petit détour en Ardèche, plus exactement près du village de Vallon-Pont-d’Arc. C’est ici que se situe la Grotte de Chauvet, ornée de 420 représentations d’animaux datant du paléolithique, soit il y a plus de 31.000 ans.

La psychologie, et en particulier le fameux modèle de la pyramide de Maslow, nous dit que l’être humain hiérarchise ses besoins: il cherche d’abord à satisfaire ses besoins physiologiques (manger, boire, dormir, etc.) avant de satisfaire les besoins de sécurité, d’appartenance, de confiance et enfin ceux relatifs à l’accomplissement personnel. Rien de plus évident? Rien de plus faux, en fait, et c’est la grotte de Chauvet qui le montre. Voilà des hommes avec lesquels nous n’avons presque rien en commun, vivant proches de l’état animal, confrontés chaque jour au froid, à la faim, à la maladie et à la mort, et qui, malgré tout, trouvent le moyen de peindre des fresques d’une beauté inouïe, capable des nous émouvoir plus de 30.000 ans plus tard! Ne pouvaient-ils pas attendre d’avoir un pavillon et une voiture avant de s’intéresser à l’art? Apparemment non. Il y a une leçon dans cela: les êtres humains veulent créer. D’une manière ou d’une autre. Ce désir est universel. Il existe en tous temps, en tous lieux et en toutes circonstances, même s’il peut prendre des formes infiniment différentes. Comme je l’ai indiqué dans un billet précédent au sujet des boîtes à idées, la question n’est donc pas comment susciter le désir de créer, mais plutôt comment cesser de l’étouffer. Tout le monde peut être entrepreneur, d’une façon ou d’une autre. Dans un autre billet, je m’interrogeais sur la motivation de l’entrepreneur. Alors que les ouvrages économiques expliquent systématiquement la création d’entreprise par l’appât du gain, j’évoquais la possibilité que cette motivation provienne d’un besoin de reconnaissance de l’individu au sein de la société, mais je montrais aussi les limites d’une telle explication. Peut-être plus que le désir de reconnaissance, c’est donc peut-être plutôt le désir de créer quelque chose de nouveau qui anime l’entrepreneur, rejoignant en cela l’artiste. Pour reprendre la citation de S. Sarasvathy, « L’entrepreneur transforme une idée en un artefact social. » Ainsi l’entrepreneuriat n’est pas une affaire de maximisation de profit, mais de création d’artefacts sociaux: entreprise, marché, produit, idées, œuvres.

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5 réponses à “Le désir de création est universel: tout le monde peut être entrepreneur

  1. Pingback: Être plus innovant: Le mythe de la boîte à idée « Le blog de Philippe Silberzahn

  2. Bonjour,
    Je réagis un peu tardivement à votre billet (je n’ai eu le plaisir de découvrir votre blog que récemment et je remonte dans le temps).
    Les peintures de la grotte de Chauvet sont-elles le résultat d’une démarche artistiques ? C’est loin d’être sûr.
    Tous les hommes de cette époque-là étaient-ils enclins à couvrir de peintures les murs d’une grotte ? C’est loin d’être sûr.
    Tout le monde a-t-il envie de créer ? C’est loin d’être sûr, à moins de donner au verbe créer un sens tellement large que la question perd tout son intérêt…
    L’entrepreneuriat ne serait-il pas plutôt l’expression d’une force beaucoup plus grande : le besoin de liberté ?

    Bien cordialement,

    Christophe

  3. Pingback: Être plus innovant: Le mythe de la boîte à idée « Le blog de Philippe Silberzahn

  4. @philippe
    Moi aussi je parcours ce blog aux titres passionnants.
    Ici ma réaction est : « Ou la la! ; N’est on pas dans le syllogisme? »
    Encore une fois le bon mot est assuré: « …. pouvaient ils pas attendre d’avoir une voiture avant de s’intéresser à l’art… » avec un appui sur la pyramide de maslow.
    Juste une remarque : quand le gars dessine dans ce qui est aujourd’hui la grotte de Chauvet (et qui à l’époque était peut être une superbe demeure avec tout le confort, ne serait ce que du moment) peut être a t il mangé à sa faim, est repu et passe naturellement à la marche suivante de sa pyramide du jour qui est le dessin. La bagnole ne faisant meme pas fait l’objet d’une marche…
    Quand à l’assimilation à l’art, ca c’est un croche pied dans le temps. Pour lui c’était sans doute un petit dessin pour se détendre, sans plus.
    Qu’en pensez vous cher Philippe, que je n’ai pas le sens de l’humour car votre post était de l’humour?

    • Bonjour
      Vous avez raison de souligner que l’impression de confort est relative: peut-être qu’effectivement avoir une caverne à cette époque était le summum du luxe. Mais on sait aussi qu’il y eut des poèmes et des composition de musique dans les camps de concentration. Mon propos relevait plus de l’image, mais surtout il était de souligner combien, à mon sens, la capacité créative est universelle.

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