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Le logiciel va manger le monde

En août 2011, Marc Andreessen écrivait, dans le Wall Street Journal, un article intitulé « Why software is eating the world », ou pourquoi le logiciel mange le monde. Cet article était prophétique, et jamais l’évolution envisagée par son auteur à l’époque n’a été autant d’actualité.

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Pourquoi Firefox avait, quand même, une chance

J’ai commis il y a six ans une erreur de débutant: je me suis risqué à une prédication sur la base d’une théorie (voir billet ici). La prédiction était que le navigateur Firefox n’avait aucune chance face à Internet Explorer. La raison était que Firefox était une innovation incrémentale qui ne remettait pas fondamentalement en question les fondements de la domination d’Internet Explorer. Il ne fallait pas être grand clerc pour faire cette observation, mais il fallait être singulièrement inconscient pour en tirer la conclusion logique et surtout l’exprimer publiquement.

La réaction n’a pas manqué: le billet a été très lu, et les insultes se sont mises à pleuvoir de la part de quelques ayatollah du logiciel libre qui m’ont accusé d’être, je cite sans rire, un « terroriste » à la solde de Microsoft. A ce jour, je ne retire pas un mot ni une seule ligne de ce que j’avais écrit à l’époque, d’autant moins que j’utilisais déjà Firefox par militantisme (il fallait de la persévérance au début) avant de basculer récemment sur Chrome qui est plus performant. Depuis ma prédiction, Firefox a survécu et atteint une part de marché confortable, sans pour autant dominer le marché (environ 30% avec des disparités régionales).

Je considère que l’argument que je donnais à l’époque reste entièrement valable. On pourra remarquer d’ailleurs que le fait qu’il ait fallu six ans à Firefox pour arriver à seulement 30% de part de marché témoigne que les difficultés de l’entreprise n’étaient pas imaginaires. Deux choses ont changé la donne, et c’est le propre de toute théorie de s’enrichir sur la base des exceptions qu’elle ne savent pas, ou insuffisamment expliquer. La première, c’est la volonté combinée de plusieurs acteurs de lancer un navigateur concurrent, Apple et Google notamment. L’introduction d’un navigateur Apple Safari sur la plate forme Mac éjecte ipso facto Explorer de cette plate forme. Quant à Google, la domination de cet acteur sur le Web favorise évidemment la diffusion de son produit Chrome, qui est en outre de très bonne facture technique. Cette volonté s’ajoute à la facilité avec laquelle chacun peut changer de navigateur – en gros cela prend une dizaine de minutes, tous les signets sont récupérés, et hop!

Le second facteur qui a changé la donne, et qui était encore moins prévisible, est la passivité stupéfiante de Microsoft dans le domaine. Il existe peu d’exemples d’entreprises restant sans réaction lorsqu’elles sont attaquées sur un terrain qu’elles jugent essentiel à leur capacité concurrentielle. Quand on connaît l’agressivité avec laquelle Microsoft a lutté contre Netscape pour l’évincer du marché, l’absence de réaction de Microsoft face à Firefox ne s’explique pas. Internet Explorer est resté plusieurs années sans une mise à jour majeure, et les deux dernières ont été médiocres. J’avais dans un autre billet expliqué certaines des difficultés auxquelles Microsoft était confronté dans sa stratégie (billet ici). Ou bien l’analyse de Microsoft avait changé – les navigateurs ne seraient pas si importants que cela après tout, et on peut laisser le champ libre à Firefox – ou bien l’entreprise a rencontré un problème technique ou organisationnel lui empêchant de garder la main. La première hypothèse ne tient pas un instant. Seule reste donc la seconde et dans ce cas on est bien dans le cas d’une défaillance organisationnelle. Celle-ci traduit, peut-être, la rigidité croissante d’une entreprise devenue trop grande, trop lourde, trop bureaucratique et qui poursuit trop de lièvres à la fois. De même qu’un ancien de MySpace reconnaissait récemment que la raison pour laquelle FaceBook avait gagné, c’est que MySpace « avait tout foiré », on peut avancer que Firefox avait quand même une chance parce que Microsoft a tout foiré. Comme quoi, il faut toujours tenter sa chance dans le domaine de l’innovation.

Android, le MS-DOS de la téléphonie mobile?

Il y a un an, j’avais indiqué dans une note ici même que selon moi la plate forme Android de Google allait devenir pour la téléphonie mobile ce que MS-DOS avait été pour le PC. A l’époque le pari était un peu hardi. Au Mobile World Congress qui venait de se terminer, on pouvait voir tout au plus deux à trois terminaux équipés de cette plate forme, et le scepticisme était de mise chez les analystes. Mon raisonnement, cependant, était le suivant: Android joue sur sa performance technique (c’est une bonne plate forme, bien conçue et robuste qui complémente un noyau de base Linux) et sur son modèle économique: il est gratuit. Il est lancé dans un contexte dans lequel les grandes plates formes concurrentes sont en difficulté: Microsoft Windows Mobile, malgré la qualité de certains de ses composants, est très inférieur en termes d’expérience utilisateur et est cher, il est qui plus est vieillissant. Symbian est très complexe à programmer et bien que mis progressivement en open source, il reste sous le contrôle complet de Nokia. Le monde Linux (Limo) peine à imposer une distribution qui aille au-delà d’un simple noyau et à offrir des composants, notamment d’interface utilisateur, bien adaptés au mobile. Les systèmes d’exploitation classiques dits « temps réel » comme Nucleus sont eux aussi trop limités pour « suivre » l’évolution rapide imposée par l’iPhone d’Apple en termes d’interface utilisateur. Il y a toutefois quelques différences avec MS-DOS, la principale étant que MS-DOS n’était pas gratuit, et qu’il n’était pas modifiable à volonté par les fabricants de PC. Du point de vue du fabricant de téléphone mobile qui cherche une plate forme, tous les arguments semblent être en faveur d’Android. Et de fait, depuis l’année dernière, à peu près tous les fabricants ont annoncé, et certains déjà introduit, des téléphones équipés d’Android. Il n’y a désormais plus aucun doute sur la viabilité industrielle de cette plate forme. La question qui subsiste est celle de savoir si, comme MS-DOS, elle deviendra dominante. Face aux arguments en faveur du oui, on peut avancer quelques raisons de douter. D’une part, l’expérience MS-DOS a servi de leçon et aucun acteur de l’industrie ne souhaite voir émerger un acteur aussi dominant que Microsoft. Tout le monde se plaint de la fragmentation de l’univers mobile en de multiples plates formes concurrentes et incompatibles, mais la vérité est que au moins, comme ça, personne ne domine autant que Microsoft dans le domaine des PC. La fragmentation est donc là pour durer. C’est d’autant plus vrai que les ambitions de Google dans le domaine mobile sont claires. Les opérateurs, par exemple, sont tentés de jouer la carte Google mais savent également que ce dernier souhaite les reléguer au range de fournisseur de tuyaux, comme ce qui se fait dans le monde PC avec les fournisseurs d’accès Internet. Les fabricants de téléphones eux aussi sont tentés par les avantages évidents d’Android, qui leur offre une possibilité de contrôle, mais la décision récente de ce dernier d’introduire son propre téléphone refroidit notablement leurs ardeurs… Android se retrouve un peu dans la situation de Symbian, trop dépendant de Nokia pour être vraiment neutre. La stratégie de Google consistant à concurrencer ses propres « clients » se révélera sans doute à courte vue dans une optique de pénétration rapide de marché.

Au final que reste-t-il? Malgré les réticences de certains acteurs, on peut envisager une domination rapide d’Android dans le domaine « ouvert » avec lequel coexisterait quelques plates formes plus ou moins fermées, et notamment Apple et RIM. Google et Apple sont donc les grands opposants des batailles mobiles à venir, et comme l’annonçait récemment BusinessWeek, ils ne peuvent désormais plus être amis. L’incertitude dans ce domaine sur de tels enjeux fait que cette industrie continue à être fascinante. Quant on songe que l’un des modèles classiques de l’innovation estime qu’une industrie, après une période de ferment créatif, se stabilise autour d’un design dominant, on voit ici un contre exemple presque parfait: la téléphonie mobile est née dans les années 70 et elle reste caractérisée par des incertitudes et des bouleversements continus.

Revue d’article: « Inside the Google empire »

Si vous voulez en savoir plus sur Google, la société qui vaut $100 milliards, la société qui est passée l’année dernière de 3000 à 6000 employés, vous pouvez acheter le n° de Time magazine daté du 20 février 2006, avec Sergey Brin, Larry Page et Eric Schmidt en couverture. Dans un long reportage de neuf pages, vous revivrez le chemin qu’a emprunté cette ex start-up depuis le projet académique de Page à Stanford (1996), puis son installation dans un garage de Menlo Park (1998). Celle aussi qui a inspiré au magazine Wired des couvertures aussi différentes que "Googlemania" (2005) ou "Googlephobia" (2006).

L’interview de Page, Brin et Schmidt est en accès libre sur le site de Time : www.time.com/time/magazine/article/0,9171,1158956,00.html, mais pas les autres articles qui ne sont accessibles qu’aux abonnés.

Revue de livre: « The Search », de John Battelle

Voici un livre dont la lecture est indispensable si vous vous intéressez à Internet. Et même si vous ne vous y intéressez pas, d’ailleurs, car lui s’intéresse déjà à vous. Il s’agit de The Search, de John Battelle. Le sous-titre est « How Google and its rivals rewrote the rules of business and transformed our culture ». S’il part de la problématique de la recherche sur Internet, l’ouvrage est naturellement centré sur Google, la super star du moment.
D’abord, l’ouvrage retrace la préhistoire de la recherche sur Internet, montrant bien que Google est arrivé bon dernier dans la course, après de prestigieux ancêtres (comme Archie et Alta Vista). Autant pour la théorie du first mover advantage… A cette époque, en 1998, la recherche est considérée comme sans grande importance (c’est alors la folie des portails). Yahoo ne voit aucun inconvénient à sous-traiter cette fonction mineure. Les moteurs sont d’ailleurs limités. Notamment, ils n’ont pas de technique pour estimer la pertinence des résultats, qui sont donc affichés dans n’importe quel ordre, ou pire encore, en fonction de ce que certains ont payé. En outre, aucun n’a vraiment su inventer de business modèle, à part GoTo.com, et la plupart n’indexent que peu de pages. Google change tout ça en indexant une quantité massive de pages, et en inventant un mécanisme de notation de chaque page en fonction des pages qui la référencent. Google reprend également le mécanisme d’annonces payantes au clic inventé par Bill Gross pour GoTo.com (qui deviendra Overture) mais en séparant résultats de recherche et publicité garantissant ainsi une certaine « neutralité ».

Cette indexation massive – au moins 3 milliards de pages indexées en 2004 – n’est pas sans implication au niveau mondial. Désormais, tout est numérisé, et toute votre vie peut finir chez Google, qui scanne et stocke des quantités énormes de données. Au point que la notion même de vie privée est remise en question. L’utilisation de cette masse d’information par le gouvernement américain, surtout maintenant que Google offre aussi un service de mail et de messagerie instantanée, est longuement discutée. Il ne fait pas de doute qu’elle a lieu, ce qui ne semble pas déranger les dirigeants de Google outre mesure.

Google a pris une telle importance que beaucoup d’entreprises en dépendent pour leurs affaires. Ainsi l’exemple de ce marchand américain de chaussures grande taille en ligne qui gagnait fort bien sa vie gràce à Google: si vous tapiez « chaussure + grande taille », le premier résultat était un lien vers son site. Mais un jour, Google change son algorithme de tri, et notre marchand sort désormais en… 50e page, autant dire qu’il est devenu invisible. Son chiffre d’affaire tombe à zéro pendant quelques mois. Seule solution pour lui, acheter des pubs chez… Google, pour que à défaut de sortir dans les résultats de recherche, son nom soit affiché dans les publicités à droite. Ce qu’il avait gratuitement, il doit désormais le payer. Etait-ce voulu de la part de Google? Pas forcément, mais cet épisode illustre l’importance qu’a prise Google, et la puissance qu’il exerce désormais dans le paysage Internet. Cette importance ne va pas sans l’arrogance que beaucoup d’observateurs accusent Google d’avoir développée à la suite de son succès phénoménal. L’auteur souligne également les difficultés liées aux choix de méthode d’indexation, aux conflits d’intérêts, et au fait que Google ne peut pas tout indexer. Sur les limites de Google, on pourra consulter un site très intéressant qui en critique de nombreux aspects: GoogleWatch.

Mais l’ouvrage insiste bien sur l’importance de la recherche sur le Net. Au fond, toute démarche commerciale comporte une phase de recherche, que l’on souhaite voir un film ou acheter une bouteille de vin. Partant de cette observation, Google pourrait bien se retrouver en point de passage obligé d’un nombre croissant de nos transactions commerciales professionnelles et privées à l’avenir. Google s’est jusque-là limité à fournir des services, sans devenir un média, au contraire de Yahoo. Pourra-t-il continuer longtemps à n’être présent que sur cette activité? Battelle estime que non, et pense que Google est condamné à aller vers le contenu… on peut cependant en douter. Il est toujours tentant de vouloir étendre son activité, mais parfois plus raisonnable de se cantonner à un domaine bien défini, d’autant que celui de Google est déjà large.

 

On ne s’attendra pas à des révélations fracassantes ni à des théories novatrices, surtout pour ceux qui suivent l’évolution d’Internet d’un peu près. L’ouvrage est néanmoins une bonne synthèse des problématiques soulevées par le développement d’un outil comme Google, un sujet important à plusieurs titres, écrite qui plus est par un observateur avisé du monde de la technologie.

Le blog de John Battelle: Battellemedia.

Article sur Larry Page et Sergei Brin, fondateurs de Google

Un article très intéressant (merci Jérôme) sur les fondateurs de Google, qui montre comment ils ont su rester eux-mêmes et s’imposer face aux VC. Question que pose l’article: jusqu’à quel point leur attitude est-elle de la force de personnalité et quand devient-elle un caprice? La dynamique très particulière formée par le trio dirigeant de Google, les deux fondateurs Larry Page et Sergei Brin, et le PDG Eric Schmidt, sera certainement un élément déterminant du succès ou de l’échec de Google. Jusque-là, on peut dire que Schmidt a reussi à catalyser la créativité et l’excentricité des deux fondateurs. Schmidt semble être un leader comme Jim Collins les aime, ceux qui savent s’effacer derrière leur organisation. Quant aux deux fondateurs, c’est moins clair. Si l’entreprise continue d’être organisée autour de leur personne, on s’éloignera du modèle Collins pour rejoindre le modèle du tyran entouré de mille assistants à la Steve Jobs, et comme Apple, l’entreprise deviendra à la fois précieuse grâce à leur talent, et fragile à cause de lui…

http://men.style.com/gq/features/full?id=content_422

« Putain, je vais tuer Google »

… c’est ce qu’aurait déclaré un Steve Ballmer furieux lorsque l’un de ses employés est venu lui annonçer son départ pour la firme qui monte dans la Silicon Valley. Une menace à ne pas prendre à la légère, et que Google ferait bien de méditer (voir notre billet de janvier dernier à ce sujet). Il est arrivé régulièrement dans le passé que Microsoft soit attaqué par un petit jeune surdoué (souvenez-vous de Borland, Novell, Lotus, Netscape) qui a toujours jusque-là terminé dans les cordes, à quelques notables exceptions près (Intuit notamment). c’est ce que Ballmer appelle des « one hit wonder », des entreprises ayant un produit phare, et qui disparaissent ensuite.

On peut toutefois se demander si la réaction hystérique du PDG de Microsoft ne traduit pas plutôt un désarroi face aux initiatives de Google, à une période où Microsoft est devenu très largement suiveur dans une industrie qui reste très innovante. En soi ce n’est pas nouveau: au fond, Microsoft n’a jamais rien inventé d’original, mais a toujours su offrir au marché une solution technique supérieure à l’entreprise qui avait innové la première; en substance, Microsoft était le type idéal de ce que Geroski et Markides appellent un « Fast Second« : on arrive deuxième, mais plus fort, et on rafle la mise. Désormais, seules les performances financières trimestrielles de Microsoft sont de nos jours susceptibles de nous maintenair en haleine. Dans chacun des domaines « chauds » actuels, les blogs, la recherche, la téléphonie mobile, etc, Microsoft a tardé à réagir, classiquement, mais même lorsqu’il a réagi, il est resté derrière, et parfois de très loin, et ça c’est nouveau. Alors tuer Google, certes, mais avec quoi?