Jeanneney contre Google

Tâchons de ne pas rire et d’essayer de brosser un tableau aussi objectif que possible de la grande bataille qui s’annonce, la mère de toutes les batailles: Jean-Noël "Battling" Jeanneney contre "Master" Google. Oh et puis non. Pour une fois, rions franchement.
Ainsi donc, la France a mandé Jean-Noël pour lutter contre l’empire Google. Pour ceux qui vivent sur la planète mars, on rappellera que Google, roi des moteurs de recherche et de facto mémoire du Web, que cela plaise ou non, vient de lancer un nouveau projet appelé Google print consistant à numériser les livres de la planète pour en offir l’accès au monde. Un vrai scandale. Avant, au moins, les livres étaient dans des bibliothèques bien protégées par des cerbères poussiéreux, et seuls les gens sérieux pouvaient y accéder. Si vous vous êtes rendus une fois à la grande bibliothèque de France, peut-être avez-vous eu droit à l’examen de passage des bibliothécaires qui décident si vous êtes un professionnel et si vous avez le droit d’accéder à la chambre funéraire. Si vous passiez par là et que vous vous disiez "J’ai une heure à tuer, je feuilleterais bien une fable de la Fontaine", n’y comptez pas.

C’est cette approche fermée que menace Google avec son projet. Rendre tous les livres lisibles en ligne, sans demander l’autorisation, voilà le projet, et il est scandaleux. Surtout parce que Google est une entreprise basée aux Etats-Unis, notre nouvel ennemi.
Dans un livre intitulé "Quand Google défie l’Europe" paru en avril dernier, Jeanneney tente de secouer l’apathie européenne face au dynamisme de Google. Louable en soi, la démarche devient plus inquiétante lorsque sont dévoilées les mesures préconisées. Ne faisons pas durer le suspens, elles ne surprendront personne tant c’est devenu une habitude en France: il faut d’urgence – devinez quoi – un effort de l’Etat – mais oui – et même de l’Union Européenne – politiquement correct – pour engager un vaste effort de numérisation du fonds européen. Mais ce n’est pas tout. Il faut aussi que l’Europe crée son propre moteur de recherche mondial. Car c’est vrai quoi, un moteur de recherche privé américain, c’est insupportable.
Allons plus loin. Il faut d’urgence créer un commissariat à l’information doté de 500 millions d’Euros. Ce commissariat aura pour tâche:

  • De développer un Web enfin sérieux, débarrassé de tout mensonge américain;
  • De développer un moteur de recherche Web; ce moteur aura pour mission de présenter à l’inernaute des résultats français, et éventuellement européens à condition qu’ils soient en langue française. La société Bull, leader français de l’informatique, et habituée aux projets stratégiques, sera chargée du projet.
  • De numériser tous les livres français, de les stocker à la BNF, et d’en interdire l’accès, sauf aux professionnels dûment accrédités.

Ce commissariat sera doté d’un bureau politique chargé de valider les contenus et de s’assurer qu’ils ne sont pas anti-français. Il travaillera en étroite collaboration avec le ministère de la guerre économique et la cellule d’intelligence économique détachée auprès du Premier Ministre. Il formera des officiers seuls habilités à effectuer des recherches pour le compte des internautes, qui feront leur demandes motivées sur papier libre (prévoir un délai de trois semaines).
Nous avons raté le plan calcul, nous avons raté le Concorde, nous avons raté les biotechs, nous avons raté l’informatique, nous avons raté l’Europe, nous avons raté l’emploi, nous avons raté l’éducation, mais nous ne raterons pas Google.

Lire l’article de Libération: Quand Jeanneney défie Google. Toujours sur Libération, la réponse de Wladimir Mercouroff et Dominique Pignon: Pour un cyberespace du savoir qui estiment que les Etats devraient reprendre à leur compte l’initiative de Google au lieu de s’y opposer.

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6 réponses à “Jeanneney contre Google

  1. Je ne vois pas pourquoi vous ridiculisez Jean-Noël Jeanneney. Et je ne trouve pas que vous soyez particulièrement objectif.
    Monsieur Jeanneney, même s’il prêche pour sa paroisse, a le mérite de poser des vraies questions et de proposer quelque chose.
    Il y a des choix à faire: est ce que l’on doit dépendre uniquement des technologies américaines ou est ce que l’on peut développer un système alternatif? Vous pensez qu’il faut tout acheter à Google, pourquoi pas, c’est plus simple, mais on peut aussi faire d’autres choix sans être nécessairement un « Asterix » rétrograde qui refuse le progrès. Il est vrai que dans se débat ressurgissent de vieilles peurs anti-américaines, anti -mondialisation, anti-hégémoniques mais il n’y a rien de plus normal. Ce projet touche la culture, Google print revolutionne l’accès à la culture. Ceux qui ne s’impliquent pas dans le projet, ceux qui visent à interdire le projet seront dépassés et mis sur le coté. Developper une solution alternative peut être un très bon moyen d’obtenir du poids dans le projet google print et permettre de ne pas subir un projet venu de l’étranger mais au contraire construire apporter une vision complémentaire.
    Il ne faut pas être négatif en pensant « les européens sont nuls et prétentieux » comme vous le laissez entendre et qu’ils doivent tout accepter de ce qui vient d’outre atlantique comme une bénédiction. Mais au contraire il faut participer à cette formidable aventure l’europe peut apporter sa pierre à l’édifice mondial.
    Il ne faut pas penser à Asterix (JNJ ou Chirac ou l’Europe) contre Google, les critiques viennent aussi des Etats Unis. Toutes ces critiques permettent de construire un projet plus solide et de le réaliser.

  2. Je trouve votre commentaire incroyablement pertinent, il m’a en tout cas bien fait rire, surtout la dernière partie. 🙂

  3. Sous-Commandant Marco

    Joseph: Mega LOL!!!
    Les leçons du plan câble, du plan Informatique pour tous n’ont donc pas porté leurs fruits.
    Au lieu de gloser sur comment dépenser encore plus d’argent public pour singer le secteur privé Américain, nos zompos feraient mieux de se demander pourquoi il n’y a pas de Google, de Microsoft, de Yahoo ou de Dell en Europe.
    Ils finiraient peut-être par se rendre compte que le problème, ce n’est pas Google, mais l’étatisme qu’ils n’ont eu de cesse de développer depuis des décennies.

  4. Tres bonne note !
    Et c’est Alcatel qui va fournir les scanners pour la numérisation ?

  5. Exalead, voila le nom de la techno qui sera utilisée dans le projet Europeen Quaero. Sela semble être très sérieux, google n’est pas seul sur terre, la concurrence a du bon.
    Pourquoi ne pas donner leur chances à des start up francaises qui ont des technologies pertinentes plutot que de laisser le soin à des géants comme Google de gérer l’accès et la commercialisation de notre culture?

  6. Bonjour,
    sur cette question de la concentration grandissante des informations et des medias entre les mains de Google, notre site Agit-Log propose une série de réflexions politico-satiriques rares sur internet.
    La question, selon moi, n’est pas tant celle de savoir de quelle technologie exactement on dépend, mais de l’empire d’une technologie (une technique qui combine offre d’informations et surveillance panoptique, associée à une certaine rationalité, à certaines valeurs, « Don’t Do Evil » etc.).
    A qui sommes-nous prêts à confier toutes ces informations ? A Google ? certes non ! mais… à l’Europe ? quelle Europe ?
    La question des droits d’auteur, des répercussions sur les petites librairies, les petits éditeurs est également à poser. Espérons que ceux-ci sauront s’armer pour imposer leur présence dans ce système, car ils ne pourront faire sans lui, je crains.
    http://agitlog.zeblog.com – la série des Geek Empire / Ubu Web.
    A bientôt !
    Agit-Log

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