Les députés résistent au verrouillage du Net… un peu

Il n’y a rien de plus beau qu’un parlement qui fait bien son travail. Contre toute attente, en effet, les députés se sont opposés au gouvernement en adoptant deux amendements légalisant la copie privée sur les réseaux "peer-to-peer". C’est important sur la forme – s’opposer à une legislation poussée en urgence à la demande de certains lobbies – et sur le fond – défendre la copie privée et une certaine liberté sur Internet. Le spectre de la chasse aux internautes demeure, cependant et cette ‘victoire’ pourrait n’être que partie remise. Lire l’article du Nouvel Obs.

Les marchés bilatéraux

Un article très intéressant de The Economist mentionnait récemment les travaux récents dans le domaine que les économistes appellent les marchés bilatéraux (two-sided markets). Un marché est dit bilatéral quand l’offre et la demande sont interdépendants pour créer le marché. Par exemple, si vous décidez de lancer une nouvelle carte de crédit, les clients ne la prendront que si un nombre minimum de commerçants l’acceptent. Inversement, les commerçants ne l’accepteront que si un nombre minimum de clients la possèdent et l’utilisent. La rupture d’un tel cercle vicieux ne peut se faire qu’avec des stratégies de tarification particulières. Par exemple, pour lancer sa Xbox, confrontée au même type de problématique, Microsoft subventionne les développeurs de jeux, et vend sa machine à perte. L’idée est que plus il y aura de machines vendues, plus les fabricants de jeux seront incités à produire une version pour la Xbox,… ce qui augmentera les ventes de Xbox. On retrouve cette problématique dans de nombreuses industries: compagnies aériennes avec leurs programmes de miles, cartes de crédit, mais aussi et surtout dans la technologie avec la fameuse notion de plates formes: intel, Microsoft Windows, Palm, etc. Autant la rupture du cercle est difficile, autant pour celui qui y arrive, les bénéfices sont importants. Car une fois que le marché
bilatéral est établi, et pour peu qu’il soit bien géré, il constitue  souvent une forteresse proche d’un monopole. Ce qui explique l’intérêt des économistes et, surtout, des régulateurs. La subvention initiale est souvent vue comme du dumping surtout si elle vient d’un acteur fortement établi dans d’autres domaines (ex: Microsoft). Le monopole résultant, au lieu d’être vu comme la juste rétribution d’un effort de subvention, est vu comme une pratique anti concurrentielle. On conçoit dans ces conditions que la tarification soit très complexe, car il y a manifestement interdépendance entre plusieurs produits. La stratégie des fabricants d’imprimantes est identique: vendre l’imprimante couleur à perte (50 euros) et se rattraper sur la cartouche lorsque le client est « prisonnier ».

La publication (en libre accès) du papier de Jean Tirole et Jean-Charles Rochet mentionné par The Economist est l’occasion de saluer la réussite de l’Université de Toulouse qui a su développer une recherche de niveau mondial dans le domaine de l’économie, ce qui est très rare pour des équipes françaises. On mentionnera aussi le papier de David Evans, plus facilement lisible.

L’article de The Economist (hélas réservé aux abonnés): ici.

Musique et cinéma vérrouillés sur le Net

Bien discrètement, et dans la précipitation, le gouvernement s’apprête à faire voter une loi dite DADVSI réformant le droit d’auteur. Il s’agit de mettre fin au piratage, ce que le ministre de la culture (oui, il y en a un en ce moment) appelle sans rire "l’illusion de la gratuité". Résultat d’une intéressante convergence d’intérêts entre les industries de la culture et celle de l’informatique, qui espère vendre les systèmes de verrouillage, la loi est en discussion en ce moment. Le texte introduit une innovation majeure dans le code la propriété
intellectuelle : la légitimation des technologies anticopie destinées à limiter la reproduction numérique. Tenez-vous bien, tout contournement sera passible de trois ans de prison et de 300 000 euros d’amende. "Tout ce qui est excessif est insignifiant", disait Talleyrand, mais tout de même. On nous dit que la majorité des ayants droit estime que le verrouillage est la condition sine qua non à la sauvegarde de la création. C’est bien entendu inexact: l’immense majorité des auteurs, que ce soit de livres ou de musique, ne vivent pas de leurs oeuvres, et se trouvent exclus du "marché" par les même éditeurs qui  prétendent aujourd’hui défendre leurs droits.
Une pétition contre cette loi circule en ce moment sur le Net et a déjà été signée par plus de 100.000 personnes.

Le mème, un concept utile pour étudier les mécanismes profonds de l’évolution et de l’innovation

Et si l’innovation résultait de notre capacité d’imitation? Selon Richard Dawkins, auteur du Gène égoïste, la culture humaine serait principalement le résultat de l’apparition d’une nouvelle sorte de réplicateurs, les mèmes, qui ont envahi tout l’espace disponible dans les cerveaux et les supports des échanges entre les hommes. Dawkins propose de créer une nouvelle science, la mémétique, qui est aux idées et à la connaissance ce que la génétique est à l’organisation cellulaire. Un mème est « une idée, un comportement, un style ou un usage qui se propage de personne à personne au sein d’une culture ». Les mèmes constituent une force puissante qui pourrait avoir façonné notre évolution culturelle et, par rétroaction, biologique c’est-à-dire finalement génétique.

Une idée que reprend Susan Blackmore, auteur de « Pourquoi les hommes singent ». Elle considère que le fait nouveau fut l’apparition chez les hominiens de la capacité à imiter, vers deux millions d’années avant JC, c’est-à-dire peu avant l’invention des outils. Elle affirme que les animaux ne sont pas capables d’imitation car il s’agit d’une activité complexe. Ce que l’on appelle imitation chez un animal constitue en fait l’adaptation d’un comportement inné à une situation nouvelle. L’imitation généralisée de toutes sortes d’activités non spécifiées est bien plus difficile. Elle constitue une aptitude précieuse, car son détenteur bénéficie ainsi du savoir ou de l’ingéniosité des autres.
L’imitation s’est développée chez les hominiens à partir du moment où certains gestes se révélant propices à la survie, par exemple tailler un silex, ont été reproduits par les autres. L’évolution génétique a certainement favorisé les imitateurs, ceux-ci ayant plus de succès dans le monde et pouvant donc fonder des familles plus prolifiques. Des « gènes de l’imitation » sont donc apparus et se sont répandus. Tout était alors prêt pour que les mèmes prennent naissance. Que signifie en effet l’imitation ? Elle consiste à créer une entité informationnelle (une sorte de recette) qui circule de cerveaux en cerveaux en se modifiant ou s’enrichissant le cas échéant. C’est cette entité qui constitue le mème.
Les premiers mèmes ont été ceux utiles à la survie, reproduisant des comportements inventés par essais et erreurs qui se sont révélés productifs et qui ont été copiés par les voisins de l’inventeur. Plus généralement, la mémétique pose la question de la place de l’originalité et de la copie dans l’innovation. On sait que les grands artistes se sont formés et développés par la copie des grands maîtres qui les ont précédés. La copie et l’imitation sont aujourd’hui entachées moralement. La mémétique suggère, au contraire, qu’originalité et imitation sont deux processus indispensables: la première pour l’innovation, la seconde pour sa diffusion, c’est à dire pour la création de valeur associée.
Note: ce post est adapté d’un passage de notre livre « Objectif: Innovation ».

Haro sur Wikipedia!

Qu’apprend-on cette semaine? Horreur, il paraît qu’il y a de fausses informations dans Wikipedia, l’encyclopédie libre sur le Net. Rappelons que dans Wikipedia, chacun est libre d’ajouter ou de modifier des articles. Enfin était. Ca donne une grande richesse, mais évidemment, la porte est ouverte aux abus. Et bien sûr des abus il y en a. Il y a quelques jours, un article de l’encyclopédie accusait l’un des anciens assistants de Kennedy d’avoir trempé dans son assassinat. Evidemment, l’intéressé (l’assistant, pas Kennedy) a peu apprécié et s’est fendu d’une lettre à un grand journal américain. Depuis, les journalistes du monde officiel se font un plaisir de décrier l’encyclopédie en expliquant que l’absence de contrôle de contenu la décrédibilise complétement. Ainsi, le magazine Time a interdit à ses journalistes de l’utiliser. Car voyez-vous, le journalistes accrédités, eux, ne donnent jamais de fausse information. Leur formation, leur éthique, et surtout le rôle infaillible de leur rédaction fait que le système d’information de la presse est parfait. En outre, la presse officielle ne porte jamais tort aux gens qu’elle cite, elle ne s’empresse jamais d’accuser des gens à tort, de vouer des innocents à la vindicte populaire, et, c’est bien connu, tous les journalistes vérifient scrupuleusement leurs sources. Ils ne bidonnent jamais leur reportage. Deux exemples au hasard: Les innocents d’Outreau peuvent témoigner du rôle exemplaire de la presse dans leur martyre. L’intox du saumon en élevage propagée par TF1 aussi.
Au regard des standards pratiqués par la presse officielle, il n’y a pas de raison que les volontaires du libre n’aient pas, au moins, le droit de se tromper. En tout cas, si le risque d’erreur et de canular est le prix à payer pour un projet aussi passionnant et utile que Wikipedia, alors je paie de suite. Mais rassurons-nous. Une telle liberté ne sera pas tolérée très longtemps. Encore un ou deux scandales montés en épingle, et Wikipedia devra se doter d’un comité éditorial, et une nouvelle aire de liberté aura été supprimée par les bonnes âmes qui nous gouvernent.

Congrès de l’Academie de l’entrepreneuriat

Il y avait, les 24 et 25 novembre dernier, le congrès de l’Académie de l’Entrepreneuriat. Pour mémoire, cette noble association, dont je fais partie depuis peu, se donne pour objectif d’encourager l’entrepreneuriat à tous les niveaux du système éducatif et de la formation permanente.
On se rappelle sans doute qu’Alain Fayolle (Professeur à l’EM LYON et Président de l’Académie de l’Entrepreneuriat) et Emile-Michel Hernandez (Professeur à l’Université de Reims et Vice-Président de l’Académie de l’Entrepreneuriat) avaient publié une tribune bienvenue dans Les Echos du 29 septembre pour répondre aux tarés qui s’inquiétaient qu’un tel enseignement « faisait entrer le loup du capitalisme dans la bergerie de l’Education Nationale ». C’est dire le niveau du débat dans notre beau pays. Si nos étudiants se mettent en tête de créer des entreprises, où va-t-on!!!
Les actes du congrès sont disponibles sur le site de l’Académie. On signalera, pour le regretter, qu’aucune grande institution n’a daigné financer le congrès, malgré les efforts vaillants des organisateurs. La Région Ile de France a indiqué que, non, ça ne l’intéressait pas, et le Ministère de l’Industrie a indiqué que, non, ça ne l’intéressait pas non plus. Il y a des pays où n’importe quelle compétition de business plans organisée par des étudiants est sponsorisée. En France, on sponsorise les jeux olympiques, c’est plus prestigieux.

Cool Bill

Une très intéresante interview de Bill Gates, patron de Microsoft, sur le site VNUnet belge. Une de plus direz-vous. Certes, on n’y apprend pas grand chose de nouveau, mais la modestie du personnage est stupéfiante. Quant on songe qu’il est l’un des hommes les plus riches du monde et qu’il a créé une entreprise qui domine de la tête et des épaules l’industrie informatique, voilà qui devrait servir d’exemple à quelques génies californiens. Et justement, quand on lui demande s’il n’a pas peur de Google, il répond malicieusement "Google? Mais de quel produit parlez-vous: GoogleTalk peut-être?". Et de s’amuser de voir que les mêmes qui pensaient que Microsoft pouvaient tout faire durant la décennie 1985-1995 pensent maintenant la même chose de Google. Des erreurs? Bien sûr qu’il en a commises, mais lui a la chance d’avoir des milliards en banque, alors il a un peu de marge de manoeuvre. Et de remarquer: "Tous les quatre à cinq ans, on nous donne pour mort". On pourra y voir là l’arrogance de celui qui a réussi et qui pense que plus rien ne peut l’atteindre, mais on se tromperait lourdement. Gates semble aussi sur ses gardes qu’il l’a toujours été. S’il estime que l’avantage de Google peut s’évaporer en quelques instants dès lors qu’un meilleur moteur de recherche apparaîtra, il développe son action tous azimuths. Par exemple, s’il réussit à signer avec AOL, Google aura perdu plus de 10% de son chiffre d’affaire, et ça sera mauvais pour le cours de son action. Il marque aussi des points dans la téléphonie mobile, les consoles de jeu, sans parler des PDAs et de la télévision Internet, après chaque fois des débuts difficiles qui ont fait rire ses concurrents.
Il y a cependant une question que j’aurais aimé posé à Gates, en partant d’une remarque simple: toute croissance exige de partir d’une innovation radicale, et la dernière innovation radicale de Microsoft date de 1995, c’était Windows. Depuis, rien que de la continuité. Fort bien executée, mais incrémentale néanmoins. N’estime-t-il pas inquiétant que le couple Windows+Office génère… 140% des bénéfices de son entreprise, c’est à dire que ses autres activités (jeux vidéos, serveurs, Internet) perdent tous de l’argent, et parfois énormément? On pourrait, sur cette base, arguer que Microsoft, en fait, bénéficie d’une formidable intertie due à son monopole de fait sur ce domaine, et qu’il n’a été capable de rien créer depuis. Alors, Microsoft en rentier?

Séminaire Ressources Technologiques et Innovation de l’Ecole de Paris du Management

La prochaine séance du séminaire Ressources Technologiques et Innovation aura lieu le

                         MERCREDI 14 DÉCEMBRE 2005 (de 8h45 précises à 10h45)

Le thème de la séance sera : "ANGES ET INVESTISSEURS DANS LA SILICON VALLEY" avec pour intervenants :

  • Graham BURNETTE, Associé du fonds SBV Partners  (Sigefi, Burnette & Vallée)
  • Jacques VALLÉE, Associé du fonds SBV Partners, Membre de la « bande des anges ».

La séance sera en partie en anglais

Brève présentation :

Les investisseurs en capital-risque jouent un rôle essentiel, mais souvent mal compris, dans l’écosystème dans la Silicon Valley. Comment lèvent-ils les fonds qu’ils gèrent ? Comment choisissent-ils leurs investissements   Comment valorisent-ils leur participation ? Comment interviennent-ils dans la vie de l’entreprise ? Quelles relations entretiennent-ils avec les intervenants plus en amont (business angels) ou plus en aval (capital développement, banque d’affaires, acheteurs potentiels, bourse) ? Investissant des deux côtés de l’Atlantique, les deux associés-gérants de SBV peuvent mettre en perspective les différences de comportements de leurs interlocuteurs et discuter de la manière de surmonter les handicaps européens.

Scientifique et informaticien, lauréat du Prix Jules Verne pour son premier roman de science-fiction et chroniqueur de la Lettre de Californie au Figaro Entreprises, Jacques Vallée vit en Californie depuis plus de trente ans. Ancien astronome à l’observatoire de Paris et à l’université du Texas, il a été un des directeurs de projet pour la création d’Arpanet, le prototype d’internet, au cours de ses travaux au SRI et à l’Institut pour le Futur. Son dernier livre, Au coeur d’internet, est une étude approfondie sur l’histoire et l’évolution des réseaux informatiques. Graham Burnette, juriste et financier, a notamment été directeur général de HolonTech, une spin-off de NEC.

Attention, l’INSCRIPTION PREALABLE EST OBLIGATOIRE, et LE NOMBRE DE PLACE EST LIMITE.

Pour vous inscrire, envoyez :

  • votre nom et prénom,
  • votre société,
  • votre adresse postale,
  • votre adresse mail,
  • votre n° de téléphone,

à Coralie Pelieu (pelieu at ensmp.fr) avant le jeudi 8 décembre 2005 20h00.

Les Echos – Dossier “Dix ans d’internet”

Une des caractéristiques du phénomène internet, c’est qu’on peut lui attribuer à peu près l’age qu’on veut. Les Echos lui donnent dix ans cette semaine, et célèbrent cet évènement à raison d’une page complète chaque jour. Les sujets abordés jusqu’à présent :

  • lundi 28 novembre : "La communication réinventée",
  • mardi 29 novembre : "Tornade sur la planète information",
  • mercredi 30 novembre : "Internet révolutionne le commerce".

Bien que dans l’article de mardi, Denis Coignard consacre un paragraphe à "La chute de la valeur de l’information", et un autre à "La mort programmée des journaux", les Echos vous demanderont 2 Euros pour accéder au contenu des articles si vous n’êtes pas abonnés par ailleurs…

Une fois n’est pas coutume, Les Echos ont également mis en place un blog accessible gratuitement. Chaque jour depuis lundi, une personnalité du monde internet prend sa plume :

  • lundi : Christophe Agnus, fondateur de Transfert,
  • mardi : Orianne Garcia, Fondatrice de Lokace et Caramail,
  • mercredi : Pierre Chappaz, fondateur de Kelkoo.

On vous recommande plus particulièrement les posts d’Orianne Garcia et de Christophe Agnus, pleins d’humour et de nostalgie.

Le blog des Echos : http://blogs.lesechos.fr/rubrique.php?id_rubrique=7

Quand Google et Yahoo! concurrencent les VC

Une note intéressante sur le blog de John Battelle, auteur de The Search, un livre sur Google, suggère que Yahoo! et Google pourraient bien concurrencer les VC dans la course aux startups. Vu de ces deux acteurs, qu’il appelle les "plates formes", il vaut mieux repérer et acheter les startup pour compléter leur plate forme bien avant que celles-ci ne soient financées et refinancées par les VC, et donc beaucoup plus chères. Une technique que Paul Graham, dans une note intéressante, appelle… l’achat en gros!
Vu des entrepreneurs, il vaut mieux se faire acheter par un industriel qui a une logique industrielle plutôt que se retrouver dans la course infernale à la sortie dans les cinq ans, guidée par les impératifs du mode de fonctionnement des VC. Il est très à la mode, en cette période furieusement "Internet, le retour", de prédire toutes sortes de bouleversements. J’imagine qu’on aura bientôt droit à un discours sur la nouvelle "Nouvelle économie". L’achat d’entreprise jeunes et prometteuses par des acteurs établis en quête soit de rajeunissement, soit de constitution d’empire, n’a rien de nouveau cependant. On peut certes penser que des acteurs industriels sont mieux à même que des financiers d’évaluer le potentiel d’une startup et de la guider dans son développement. De là à prédire le remplacement des VC par Google, il y a un pas. Si
Yahoo! semble effectivement avoir créé un fonds spécial, Google s’en
est lui défendu; sauf que, comme le fait remarquer un commentateur du blog de John Battelle, avec ses réserves financières, Google est désormais un fonds à lui tout seul…