Agence de l’Innovation Industrielle : premiers projets

A lire en première page des Echos aujourd’hui, l’article "L’Agence de l’innovation élit six projets d’envergure mondiale". Les projets retenus :

  • Quaero, le futur moteur de recherche européen, qui serait doté de presque 100 millions d’Euros (membres du consortium : le Groupe des écoles de télécommunications, l’université de Karlsruhe, Thomson, l’INA, France Télécom, Deutsche Telekom, Lycos et Exalead),
  • un projet de télévision mobile via satellite (proposé par Alcatel, Sagem, Dibcom et l’Institut allemand Fraunhofer),
  • Biohub, projet de transformation et d’utilisation industrielle de dérivés céréaliers (défendu par Roquette Frères),
  • Homes, projet d’optimisation des dépenses énergétiques de batiments (proposé par Schneider Electric),
  • un projet d’automotrice à grande vitesse  (défendu par Alstom),
  • Iseult, projet d’appareil de résonance nucléaire (défendu par Siemens et Guerbet).

Jacques Chirac interviendra mardi 25 avril pour commenter ces projets.

« Connect & Develop » : Le modèle d’innovation ouverte de Procter & Gamble

A lire dans le n° de mars 2006 de la Harvard Busines Review, un article co-écrit par Larry Huston et Nabil Sakkab, respectivement Vice-President for Innovation and Knowledge, et Senior Vice-President for corporate research and development chez Procter & Gamble. Les deux hommes sont les artisans de la mise en place du programme Connect & Develop (le nouveau nom de la R&D chez Procter), l’exemple emblématique de l’approche « Innovation ouverte » (« Open Innovation ») prônée par l’universitaire Henry Chesbrough. L’idée de l’innovation ouverte est qu’une large part de l’innovation doit désormais se faire non pas au sein des laboratoires de l’entreprise, mais en collaboration avec des acteurs extérieurs. Ainsi ce qui compte n’est plus tant la capacité de recherche, mais celle de connexion, d’où l’évolution du nom de R&D à C&D. Aujourd’hui, un tiers des nouveaux produits lancés par Procter a été développé hors des murs de l’entreprise : impossible d’ignorer ce modèle qui permet à des grands groupes d’intégrer rapidement ce qui se fait de mieux.

Le concept d’innovation ouverte connaît un fort développement, mais beaucoup remarquent cependant qu’il n’y a là rien de bien nouveau: les entreprises ont depuis toujours fait appel à des partenaires ou des prestataires pour développer et lancer de nouveaux produits. Au-delà de la capacité de la recherche en management d’inventer des noms nouveaux pour des pratiques anciennes, l’innovation ouverte est quand même un phénomène intéressant, mais qui ne va pas sans problème, notamment au niveau de la propriété intellectuelle, dont les règles de partage deviennent complexes.

L’article peut être commandé sur le site de la HBR moyennant $6 :

http://harvardbusinessonline.hbsp.harvard.edu/b02/en/common/item_detail.jhtml?id=R0603C

Mise à jour 2010: Voir mon billet écrit au sujet du livre de Roger Martin qui prétend, lui, que l’innovation de Procter & Gamble est liée… au Design Thinking.

Après la délocalisation, la relocalisation? Les limites de la sous-traitance

Connaissez-vous Narayana Murthy? Si non, vous devriez. C’est le fondateur d’Infosys, la première société de service indienne: 1,6 milliards de dollars de chiffre d’affaire, 40 nouveaux ingénieurs recrutés par… jour. Encore un gueux qui a débuté dans sa cuisine… Au hasard d’une lecture dans Fortune, je note sa citation préférée, qui vaut vraiment la peine de s’y arrêter: « L’amélioration de la productivité vient de la conversion des transactions synchrones en transactions asynchrones« . Par exemple, passer du téléphone (synchrone) à l’email (asynchrone). A première vue, cela tombe sous le sens et il s’agit d’une excellente formalisation des derniers progrès de la technologie. L’asynchrone permet par exemple la constitution de larges bases de données qui accumulent le savoir. Elle permet aussi de réfléchir avant de répondre. Elle permet aussi, plus sournoisement, la sous-traitance en dissociant les acteurs et en les reliant par un fil asynchrone: le programmeur français va se coucher en passant la main à un programmeur indien au loin.

Et pourtant, dans le même numéro de Fortune, je lis avec intérêt l‘histoire de Michael Fields, entrepreneur, dirigeant de Kana, une entreprise de logiciel, qui a renoncé à la sous-traitance et qui a tout rapatrié chez lui. La raison? Selon lui, la sous-traitance est un non-sens économique, à moins d’être une entreprise de très grosse taille. On passe plus de temps à gérer la gestion qu’à faire le travail. En outre, la sous-traitance consiste à transférer sa propriété intellectuelle à des tiers, que l’on ne contrôle pas, d’autant moins qu’eux-mêmes sont soumis à un turnover très important de leurs employés. Est-ce un risque raisonnable? Mais ce n’est pas là le plus important. Michael Fields estime que le développement logiciel est un processus collaboratif qui fonctionne mieux lorsque tous les acteurs – concepteurs, gestionnaires de projet, programmeurs, marketing, etc. –  sont sous un même toit. « Si votre équipe n’est pas fortement soudée, vous verrez des ré-écritures, des problèmes de performance, et plus de retards » indique-t-il. La séparation entre conception « à l’ouest » et réalisation « à l’est » est en effet un non-sens industriel pour quiconque sait ce en quoi consiste le développement logiciel. Les industriels ont appris depuis longtemps qu’on ne pouvait séparer conception et réalisation, mais, semble-t-il, les informaticiens ne le savent pas encore. Ou plutôt, ceux qui les gèrent 😉 Une bonne organisation et une bonne équipe suffisent à augmenter le niveau de créativité, de réactivité et au final de productivité pour largement compenser les coûts salariaux. Quiconque a été associé à un projet sous-traité en Inde le sait aussi. En substance, Michael Field prône… une approche totalement synchrone. Ce qu’il suggère, au contraire de N.Murthy, c’est que l’asynchrone, et donc la sous-traitance, sont en fait des sources de pertes de productivité. Tout le monde sous un même toit, travaillant ensemble de manière synchrone, sans déperdition d’énergie, sans perdre de temps à gérer la gestion. Le synchrone a de l’avenir.

Mise à jour: Sur les limites de la délocalisation et la capacité de l’Europe à maintenir une industrie, voir mes billets sur Zara et Alsatextiles. Voir également le billet « Il n’y a pas de marché mature ».

Agence de l’Innovation Industrielle: quelques précisions utiles

Pour les heureux participants de l’atelier sur l’innovation organisé par l’ANRT le 9 mars dernier, le repas aura été un moment particulièrement intéressant. Pas tant pour des raisons culinaires que parce que le directeur de l’Agence pour l’Innovation Industrielle (un monsieur Havas je crois) avait accepté d’y prononcer un discours. Peu regrettèrent ensuite d’être venus.
En substance, nous a-t-il dit, l’AII est conçue pour soutenir des projets très ambitieux, sur lesquels elle met le paquet financièrement. Mais attention, il faut vraiment que ce soit ambitieux et que ça ait une chance de devenir leader au niveau mondial. Par ambitieux, le directeur entend « atteindre 10 à 15% de part de marché ». Glurps, un leader à 15% de part de marché? Mais ce n’est pas tout. Comme on mise sur des gens qui doivent devenir leader, on sélectionne des entreprises qui ont déjà une certaine taille, comprenez-bien. Seules, en effet, voyez-vous, les très grandes entreprises peuvent lutter à ce niveau, et c’est donc elles qu’il faut financer. Enfin c’est ce qu’on pense dans les hautes sphères françaises. Oh bien sûr, on exigera la présence d’une PME (entendez: 500 personnes c’est ce qu’ils appellent petit) pour décorer. En outre, comme il s’agit d’argent public, et que le directeur a clairement fait comprendre qu’ils étaient sérieux sur l’évaluation, il n’est pas question que l’AII finance des projets que les entreprises auraient fait toutes seules. Non, l’AII préfère financer des projets que les entreprises n’auraient pas fait sans elle. En outre, les programmes seront régulièrement évalués. Au moindre manquement, crac, projet supprimé: l’innovation n’a qu’à bien se tenir. Fini l’innovation en retard! Quels sont les sujets d’avenir sur lesquels miser? Là, le directeur est plus vague, mais il souligne l’importance de ne pas succomber aux effets de mode, de viser le long terme. Du sérieux vous dis-je, il est temps de mettre de la rigueur dans l’innovation! Et cette perle: « Imaginez qu’on découvre du pétrole en Alaska, ce ne serait plus la peine d’investir dans des voitures électriques ». On évacue discrètement trois personnes de la salle prises de syncope.

Je résume: un comité d’énarques, plus compétents semble-t-il que les investisseurs industriels, va décider de ce que sont les grands domaines d’innovation. L’AII signera de gros chèques pour des projets que les entreprises n’auraient jamais, dans leurs rêves les plus fous, songé à faire, mais là, vu qu’on leur paie, pourquoi se gêner. Là, j’ai osé une question en demandant au directeur comment, dans ces conditions, l’AII aurait évalué des gueux comme Google, Microsoft, Apple et Skype, démarrées par des types dans un garage. Réponse « Ah, mais des les TIC c’est différent ». Sauf qu’un des projets financés par l’argent du contribuable est un Google-bis, la seule différence étant que notre Google à nous n’a pas de business modèle – mais quand on est financé par le contribuable, pourquoi s’en soucier? Ils doivent bien se marrer dans la Silicon Valley…

On se rassurera donc: en France, rien n’a changé, Colbert est toujours aux manettes. Le changement et l’innovation ne peuvent venir que d’en haut, ils doivent être pilotés par l’Etat qui, chacun le sait, a tant réussi dans le domaine. Les mêmes qui hier ont investi dans Bull en ignorant Cap Gemini et Business Object nous refont le même coup; ils n’ont rien compris ni rien appris de leurs échecs. L’idée que l’avenir technologique n’est plus planifiable – s’il l’a jamais été – ne leur a toujours pas traversé l’esprit. Pas plus que l’idée que ce sont les startups qui innovent vraiment, et que celles-ci échappent au radar des technocrates. J’ai un ami qui dit toujours: « On a vingt ans de retard sur l’URSS, mais on le rattrape à grand pas ». Grâce à l’AII, le retard a été réduit d’au moins dix ans.

Sur le Google français, voir mon billet « Quo vadis Quaero« . Voir aussi « Deux fois plus bête« .

Journée thématique: L’envie d’entreprendre chez les jeunes

En collaboration notamment avec l’Académie de l’Entrepreneuriat et les Maisons françaises de l’Entrepreneuriat, la fondation FREE organise une journée sur le thème: "L’envie d’entreprendre chez les jeunes", vendredi 24 mars 2006 à Liège (Belgique).
Renseignements : Prof. Bernard Surlemont (PhD) responsable de FREE, Fondation pour la Recherche et l’Enseignement de l’Esprit d’entreprendre (Foundation for Research and Education in Entrepreneurship), 484, chaussée de Louvain B-5004 Bouge (Namur).

Evénements autour de l’entrepreneuriat

Deux événements communiqués par l’Académie de l’Entrepreneuriat:

Concernant les jeunes entrepreneurs : l’Association Jeunes Entrepreneurs vous invite à participer à la conférence "Peut-on entreprendre quant on est jeune" au  Sénat, le lundi 20 Mars 2006 de 10h à 13h30, salle Monnerville. Renseignements: Renaud Both, Président de l’Association Jeunes entrepreneurs.

Concernant la reprise d’entreprise :  1ères Journées Georges Doriot "Les conduites de repreneuriat :Réussir la reprise et la transmission de l’entreprise", Centre International de Deauville, 16 et 17 mars 2006 – En partenariat avec JPMorgan Private Bank , OSEO et le Conseil Régional de Basse-Normandie, avec les soutiens de l’Académie de l’Entrepreneuriat et l’AIMS. Les bulletins d’inscription ainsi que tous les renseignements concernant cette manifestation sont disponibles sur le site :  http://journeesdoriot.free.fr/

Blogs et transparence: réponse à Cyril Fievet

Je ne peux m’empêcher de réagir à un éditorial de Cyril Fiévet paru dans InternetActu.net, la synthèse hebdomadaire de la recherche et de l’innovation publié conjointement par la FING et le CNRS. Visiblement marqué par les événements liés à la publication de caricatures de Mahomet, Cyril remarque que la plupart des bloggueurs ne dévoilent rien ou presque de leurs caractéristiques personnelles telle que confession, pensée politique, etc. Dans le contexte actuel, estime-t-il, cela ne peut guère durer. Il faut, selon lui, développer une plus grande transparence et que l’on sache, d’entrée de jeu, quel objectif politique ou culturel poursuit le bloggueur afin que ses lecteurs ne soient pas trompés. Et Cyril d’appeler pour une plus grande transparence car, estime-t-il, les blogs disposent d’avantages dont ne disposent pas les médias traditionnels, d’autant que la transparence est dans la nature même du blog.
Il s’agit selon moi d’une vision totalement infondée non seulement de ce que sont les blogs, mais encore de ce qu’est l’expression d’opinions. Il s’agit en outre d’une logique dangereuse.
D’abord, l’obsession de la transparence. Un de mes amis dit toujours "ce n’est pas parce que je n’ai rien à cacher que je souhaite tout montrer". Où commence-t-elle et jusqu’où doit-elle aller? Cyril estime qu’on ne peut lire et comprendre un auteur sans connaître sa personnalité et ses caractéristiques, car celles-ci aident le lecteur à mettre en perspective ce qui est dit. C’est faux bien sûr. Il s’agit-là d’une vision à la Bernard Pivot: connaître l’auteur pour comprendre l’oeuvre. Or les textes existent en eux-mêmes. On peut étudier les auteurs, mais les textes doivent se suffire. Au nom de quoi la valeur d’un texte différerait-elle selon qu’il est écrit par X plutôt que Y?

Ensuite, la logique sous-jacente est dangereuse, car de l’exigence de transparence à celle de la légitimité pour s’exprimer, il n’y a qu’un pas. En quoi la transparence apporte-t-elle la moindre valeur à un propos? Fonde-t-elle une légitimité d’écrire? Quelle est la logique derrière cela?

Au-delà, comment catégoriser? Tiger Woods rappelait en rigolant qu’il était la synthèse d’une dizaine de races différentes, et se moquait des catégorisations de l’administration américaine. Voulons-nous vraiment aller dans cette direction de mettre dans des cases les auteurs de blogs? Etes-vous de droite ou de gauche? Ben je ne sais pas… Si je suis pour le oui au referundum sur la constitution européenne, qu’en conclure exactement quant à ma position sur les OGM? Faudra-t-il créer un office central des catégories pour que chaque citoyen soit correctement étiqueté?

Cyril semble oublier que la véritable libération offerte par les blogs est de permettre à chacun de s’exprimer sans avoir besoin de passer par un quelconque filtre institutionnel que cette exigence de transparence ne manquerait pas de rendre nécessaire, quoiqu’il en dise. Toute innovation radicale perturbe les acteurs en place qui s’étaient bien accomodés de la situation prévalente. Outre le fait que je ne suis pas sûr que Cyril connaisse le pédigrée des journalistes officiels qu’il lit, l’argument Liberté = danger, en effet, est bien connu: Françoise Giroud s’en plaignait elle aussi en son temps. Oui, la vraie révolution des blogs est une liberté de parole, et je me fiche pas mal de savoir si celui qui écrit un blog que je lis est blanc ou noir, facho ou communite, islamiste ou philatéliste. Oui, Cyril a raison, les blogs jouissent d’une liberté scandaleuse, dont l’anonymat fait partie intégrante, mais qu’il se rassure: cela ne durera pas. Simplement, il serait souhaitable que ce ne soit pas des gens comme lui qui précipitent cette fin; qu’il laisse cela aux censeurs professionnels, au moins, ce sera dans l’ordre des choses.

En ces temps où la pression sur les libertés individuelles se fait de plus en plus forte, où l’Europe vient d’exiger des états qu’il surveillent communications téléphoniques, SMS, et emails sans protestation aucune, je trouve l’exigence de transparence particulièrement mal venue. Transparents nous ne le sommes déjà que trop. Et puisque l’histoire est là pour nous aider lorsque nous sommes bien en peine de comprendre notre monde, rappelons que Voltaire, qui décidément nous manque beaucoup, a publié la plupart de ses ouvrages anonymement – Cyril y aurait-il trouvé à redire et nous aurait-il expliqué que cela nuisait à la compréhension du grand homme?

Conférence IAE Lyon: Savoir innover dans le management des projets innovants

"Nouvelles pratiques du secteur pharmaceutique et biomédical".
Conférence-débat proposée par les programmes Entrepreneuriat et Management des
PMO et Management des Industries Pharmaceutiques et des Technologies Médicales
du Master Administration des Affaires.

La remise en cause continuelle des
avantages concurrentiels, l’arrivée de nouveaux entrants sur les marchés, la
modification brutale des règles du jeu, des clients de plus en plus difficiles à
fidéliser, une prise de risque accrue dans le développement de chaque produit,
des exigences de rentabilité élevées des actionnaires …sont autant d’éléments
qui exigent que les entreprises des secteurs les plus exposés se réinventent.

L’une des voies envisagées consiste à resituer la démarche
entrepreneuriale au cœur de l’entreprise
, de promouvoir l’intrapreneuriat et le
développement par projets. Si entreprendre est bien une aventure il faut
envisager qu’il s’agissent d’une « aventure intérieure ».

La gestion de projet fait partie de longue date de l’arsenal
des entreprises, et notamment des plus innovantes ou de celles qui doivent
renouveler rapidement leur portefeuille de produits. La nouveauté réside dans
l’évolution récente des pratiques dans les projets, qui jouent davantage sur le
registre managérial. Les entreprises se développent par leurs projets et pour
leurs projets. Il leur faut alors penser ensemble l’éphémère et la permanence,
l’individualisme du projet et la solidarité d’entreprise, la consolidation des
frontières et l’ouverture à des partenariats multiples, le développement de
compétences distinctives et le partage des savoirs.

Pour mettre cette tendance en perspective, l’IAE a sollicité
des dirigeants du secteur de la pharmacie et de l’industrie biomédicale. Domaine
exposé s’il en est, l’objectif est d’essayer de comprendre à partir de leurs expériences
ce qui se joue dans et entre leurs organisations.

Professionnels du secteur, responsables d’organisations
porteuses de projet, ou simples clients de ces entreprises, tous
sont concernés pour mieux comprendre ces nouvelles logiques d’efficacité.

Le Programme de la Conférence :

Introduction, par Gilles GUYOT
Président du
Réseau National des IAE
Directeur de l’IAE de Lyon

Conférence-débat animée par :
Alain
ASQUIN

Maître de Conférences, IAE Lyon 3
Co-auteur de « Ce que
manager par projet veut dire »
Editions d’organisation, 2005

Avec la
participation de :

Mme Silke BIRLENBACH
Head of
Office of Operational Excellence
Merial SAS

Jean-Luc
BALZER

Délégué Général Adjoint en charge du développement industriel
et des programmes
Canceropôle Lyon, Auvergne, Rhône-Alpes

M.
GUILLOT – CHENE

Directeur associé,
Parteurope
Développement
Accompagnement des sociétés de Biotechnologie et
de
Biopharmacie

IAE de Lyon
Site universitaire de la Manufacture des
Tabacs
Auditorium Malraux
16 rue du Professeur Rollet
69008
Lyon

>> En savoir plus : http://www.univ-lyon3.fr/1136476105623/0/fiche_04__actualite/

Conférence de Michel Serres : la technologie démultiplie nos capacité cognitives

Une conférence passionnante de Michel Serres à l’Ecole Polytechnique organisée par l’INRIA dans le cadre de la culture Web. Le thème est celui des nouvelles technologies et de ce qu’elles changent. C’est bien connu, lorsque les temps sont incertains (vous me direz, y a-t-il eu une époque où les temps ont été certains? Mais c’est un autre débat), il faut consulter les philosophes – sans bien sûr forcément les écouter.
Serres fait d’abord remarquer que beaucoup de choses que nous pensons nouvelles ne le sont pas: création et transmission rapide d’information sont vieilles comme le monde. Hannibal en Italie était informé presqu’en temps réel par sa base tunisienne, César se plaignait que les gaulois connaissaient ses informations avant qu’elles n’arrivent à Rome. Mais ce qui est nouveau avec le net c’est la dissociation entre l’adresse logique et l’adresse physique. Il y a création d’un nouvel espace dont le droit est à inventer. Selon lui, toute technologie est une extension de l’homme, une sorte de sous-traitance de ses capacités à l’outil. L’internet permet de sous-traiter ses capacités cognitives, comme le livre avait permis à nos ancêtres de sous-traiter la mémoire. Libéré du besoin de tout apprendre par coeur, ils avaient démultiplié leurs capacité cognitives, et Serres y voit là un facteur fondamental de l’explosion de la science moderne à cette époque.
Faut-il avoir peur de l’importance de la technologie? Serres se veut optimiste: chaque nouveauté est accueillie avec crainte et il raconte avec malice que l’arrivée des animaux d’élevage il y a plusieurs milliers d’années avait entraîné des épidémies très graves. Aujourd’hui, le principe de précaution interdirait cette innovation dangereuse. Selon lui, la technologie libère l’homme et il ne voit aucun déterminisme ni aucune soumission. La conférence se termine sur une belle anecdote où il raconte qu’étant marin dans sa jeunesse, il correspondait avec sa petite amie par lettre, ce qui évidemment n’était pas très pratique, ne pouvant envoyer ou recevoir que dans chaque nouveau port. Aujourd’hui, un coup de téléphone ou un email rendent l’amour distant possible. Si ça, ce n’est pas un résultat merveilleux de la technologie…

Mise à jour 2022: le lien vers la conférence n’est plus disponible.