Agence de l’innovation: l’analyse de Thomas Piketty

Pour ceux qui ne le connaissent pas, Thomas Piketty s’est fait connaître il y a quelques années par ses analyses contre-tendance sur l’impôt. Universitaire, directeur d’études à l’EHESS, il publie une analyse sur l’Agence pour l’Innovation Industrielle souhaitée par Jean-Louis Beffa qui rejoint celle de notre post précédent. Selon lui, l’AII  est un mauvais coup porté à la recherche. Pour la lire: http://www.liberation.fr/page.php?Article=266938

Agence de l’innovation industrielle: une mauvaise solution à un vrai problème?

Dans son rapport remis au président de la République, Jean-Louis Beffa, président de Saint-Gobain, préconise un nouveau partenariat public-privé par le biais d’une « agence de l’innovation industrielle » (AII) à créer.
Ce rapport diganostique un « décrochage » de la France en matière industrielle et technologique dû à une trop faible spécialisation dans les industries de haute technologie. Ce décrochage se traduit par un recul global du poids de la France dans la valeur ajoutée des industries manufacturières. En bref, la France glisse vers les industries à faible valeur ajoutée, incapable d’investir dans les hautes technologies et l’innovation. Solution préconisée? La relance de la politique industrielle.

Selon le rapport, en effet, les pays qui réussissent sont ceux qui ont des systèmes combinant l’action d’entreprises privées et l’action des pouvoirs public. D’où l’idée de l’AII. L’agence apportera un soutien « ciblé » aux activités de R&D dans le cadre de grands « programmes mobilisateurs ». L’agence doit être aussi un nouveau lieu de « prospective industrielle ».

Sur le constat lui-même, et même s’il faut toujours se méfier des thèses de « déclin », il est certain que la France n’investit pas assez dans la recherche et l’innovation. Il est donc heureux que les autorités, et les industriels en la personne de Jean-Louis Beffa, s’en alarment et essaient de faire quelque chose. Sur la solution préconisée, en revanche, on peut être plus dubitatif. D’abord parce que l’AII semble furieusement gaullo-pompidolienne : une agence de technocrates créant de grands projets façonnant la politique industrielle de la France. On sent quelques fantômes se rapprocher… : le plan Calcul, Bull, le Concorde, sans parler du Crédit Lyonnais.  Ensuite parce que des organismes s’occupant d’innovation, en France, il en existe déjà beaucoup. Quid de l’ANVAR? du CNRS? de l’INRIA? Depuis plusieurs années ces organismes – et bien d’autres – ont mis en place des politiques de partenariat et de valorisation de la recherche très efficaces. Certes, rien de grandiose mais un travail au quotidien qui a une vraie valeur industrielle. Ensuite, parce que donner deux milliards d’Euros à une nouvelle structure étatique alors que les universités et centres de recherche sus-mentionnés meurent de faim paraît insensé. Pourquoi ne pas s’attacher à améliorer ce qui existe – et il n’en faudrait pas beaucoup – au lieu d’ajouter une couche bureaucratique?
La solution au manque d’innovation ne réside probablement pas dans une nouvelle approche technocratique, mais bien plutôt dans le développement d’une culture entrepreneuriale. Et heureusement, cette culture s’est considérablement développée en France ces dernières années. Les effets ne sont pas encore là, l’impact macro-économique ne se fait pas encore sentir, mais quiconque fréquente les universités, grandes écoles et autres centres de recherche – sans parler des myriades de startups – ne peut qu’être frappé par le changement opéré dans ce domaine dans un pays où, il y a seulement quelques années, il était impensable de créer une entreprise. Jean-Louis Beffa est peut-être en retard sur son temps…

Voir sur le même sujet mes billets « Agence pour l’innovation industrielle, quelques précisions utiles » et Rapport Beffa : l’illusion d’une potion magique au manque d’innovation français. Voir un autre billet sur l’un des projets financés par l’AII, Quaero: Quo vadis Quaero.

Média: Le puits et la rivière

Si vous ne connaissez pas, InternetActu.net est un site d’actualité consacré aux enjeux de l’internet, aux usages innovants qu’il permet et aux recherches qui en découlent. Il est publié par la FING et l’INIST. Dans le numéro 55 qui vient de paraître, Daniel Kaplan réfléchit à l’évolution radicale que subit le mode de consommation de contenu média (http://www.internetactu.net/index.php?p=5760). Nous vivons dans un univers marqué par l’omni-présence de communication, d’information, de musique. L’explosion des moyens de communication permet désormais une diffusion de ces contenus sous forme de flux, et non plus d’achat ou de consommation ponctuelle. Il devient naturel d’être en communication, de recevoir de l’information et d’écouter de la musique, partout et tout le temps.

D’où l’analogie avec le puits et la rivière: Le puits, c’est l’ancien mode: l’achat d’un disque, l’impératif horaire du journal de 20h, l’attente fébrile de notre chanson favorite à la radio. Le puits, il faut décider de s’y rendre, choisir le bon moment, s’équiper en conséquence, y consentir du temps et de l’énergie (ou de l’argent), bref, subir la volonté du producteur, point de passage obligé. Résultat: nous consacrerons dans la journée un nombre limité de moments à ces activités. La rivière, au contraire, c’est la connexion permanente: ADSL, téléphone multimedia, convergence fixe mobile, etc. qui permettent le flux continu dans lequel nous nageons littéralement; flux d’information, de musique, de messages, de sollicitations. Plus de volonté du producteur, mais celle du consommateur. Selon Daniel Kaplan, la conséquence directe de cette ominiprésence est la dévalorisation du contenu lui-même: la valeur se déplace dans la maîtrise de ces flux. Sans cette maîtrise, la vie devient infernale. « On payait pour être mouillé, on paiera pour être sec ». En outre, on peut penser que les modèles économiques basés sur le puits ont du soucis à se faire.

Entrepreneur ou chef d’entreprise?

Numéro spécial de l’Expansion Management Review consacré à l’entreprenariat, qu’on ne se lasse pas de vous résumer.
Alain Fayolle, prof à EM Lyon et président de l’Académie de l’entreprenariat, « déconstruit » le mythe de l’entrepreneur en remarquant que tous les entrepreneurs ne sont pas chefs d’entreprise (L’abbé Pierre, par exemple), et que tous les chefs d’entreprise ne sont pas entrepreneurs (pas de nom pour ne vexer personne). Chef d’entreprise renvoie à un statut tandis que entrepreneur renvoie à une fonction, celle d’entreprendre, qui peut être mise en œuvre dans des contextes très différents: entreprises, associations, communautés, etc. C’est ainsi, par exemple, qu’on peut parler de « corporate entrepreneuship » (Intraprenariat), c’est à dire d’entreprenariat à l’intérieur d’une entreprise, qui n’aurait aucun sens sinon. C’est ainsi que l’on peut aussi parler de dynamique entrepreneuriale qui peut être insufflée à n’importe quelle organisation.
Le site de l’EMR: http://www.lexpansion.com/EMR/0.0.0.html

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Manager ou entrepreneur? Pourquoi pas les deux!

Un numéro spécial de Expansion Management Review sur l’entrepreneuriat, ca ne se boude pas. Article intéressant, celui de Hamid Bouchiki, prof à l’ESSEC (Hamid Bouchikhi ) qui montre que l’opposition manager – entrepreneur, tant répandue, ne correspond pas à la réalité.

Cette dichotomie n’a jamais été prouvée dans les faits. L’entrepreneur solitaire, sorte de héros innovateur triomphant de forces hostiles, est largement imaginaire: la réussite exige un travail en équipe, qui suppose donc des capacité managériales. Inversement, on demande de plus en plus aux cadres managers d’avoir une attitude entrepreneuriale.
Conclusion: il n’y a pas d’un côté des êtres faits pour innover et d’autres pour administrer, mais des circonstances qui font que l’on sera plus innovateur ou plus administrateur. Il s’en suit que le lieu commun dans les milieux de l’investissement, qui veut que l’entrepreneur passe très vite la main à un manager professionnel dès que l’entreprise atteint une certaine taille, ne repose sur aucune base sérieuse: Bill Gates, Michael Dell, Scott McNealy sont là pour prouver qu’on peut commencer à deux personnes et terminer à 50.000 de manière effective…
Le site d’Expansion Management Review: http://www.lexpansion.com/EMR/0.0.0.html

Qui a besoin d’un capital-risqueur ?

Après m’être demandé s’il faut un business plan, je me demande maintenant qui a besoin d’un Venture-Capitalist (VC). En fait, j’ai en quelque sorte déjà répondu à la question, puisque Digital Airways, dont je m’ocupe, existe depuis 1998 sans financement extérieur. Mais la question mérite d’être posée. D’une manière générale, un projet innovant doit-il être financé? A cette réponse,  il convient sans doute de répondre "ça dépend" ou précisément "ça dépend du stade du projet".

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Faut-il créer son entreprise en France ou à l’étranger?

Lu sur le blog de Johann Romefort: faut-il créer une entreprise à l’étranger, ou peut-on le faire en France. Mon avis là-dessus: je l’ai fait en France et je m’en porte bien. Ce n’est pas pire qu’ailleurs. Je ne souscris pas du tout au discours ambiant sur la difficulté d’entreprendre en France. J’ai coutûme de dire que si ma boîte se plante, ce sera entièrement de notre faute, pas de celle de l’Etat.

Bien sûr je gueule comme tout le monde sur les impôts, les charges sociales délirantes, mais j’ai aussi géré une boîte aux US et il y avait pleins de trucs délirants aussi. Un seul pour la route: vous déclarez des impôts dans chaque état dans lequel vous avez ne serait-ce qu’un seul employé. Chaque état a une structure d’imposition spécifique. J’ajoute que les relations avec les administrations françaises – en tout cas dans mon expérience – sont toujours satisfaisantes, en tout cas en très net progrès.

En outre, il faut toujours se demander quel est le coût d’une optimisation. J’ai un ami qui a domicilié sa boîte en angleterre par ce que, croyait-il, on y paye moins d’impôts. Ca lui a coûté très cher (cabinet comptable spécialisé, statuts, etc) jusqu’au jour où je lui ai expliqué toutes les aides dont il aurait bénéficié en France, il en était malade. Il vaut mieux ignorer les discours dominants et regarder les faits.

Le blog de Johann, qui contient d’autres contribs intéressantes sur la techno et l’entrepreneuriat: http://www.romefort.net