Pour réduire l’incertitude, essayez la coopération!

Comment réduire l’incertitude? C’est la question qui agite tous les Comex de France et du reste du monde dans les temps troubles que nous vivons. La tentation la plus évidente est de mobiliser l’arsenal de la pensée prédictive: foresight, scénarios, modélisation, enquêtes clients, et de nos jours, naturellement, IA. Or l’incertitude ne se résout pas par des efforts de prévision, mais par l’action. Et en la matière, l’action la plus puissante est la coopération. Un aveugle tenant la main à un autre aveugle? Pas forcément: la coopération permet de ne plus avoir besoin de prédire pour agir de façon créative et avancer sans rester paralysé.

Je suis une entreprise qui a mis au point un nouveau produit très innovant, une chaise verte pour schématiser. Je crois en effet que dans le futur ce sont des chaises vertes qui seront demandées par les clients. Je vais donc à la rencontre du premier, et celui-ci me répond: « Pas mal, mais je la veux en bleu. » Lui croit que l’avenir est aux chaises bleues. Qui a raison? Impossible à déterminer, car on parle de l’avenir. Que puis-je faire? Première possibilité, je peux retourner à mon atelier et repeindre ma chaise en bleu. Ici, je m’adapte aux événements que je n’ai pas su prévoir. Deuxième possibilité, je cherche un autre client intéressé par les chaises vertes, car je crois toujours à ma prédiction. Troisième possibilité, j’agis en visionnaire et j’essaie de convaincre mon client qu’il a tort et que l’avenir est aux chaises vertes, pas bleues. La difficulté est qu’aucune de ces possibilités ne résout l’incertitude. Si, en effet, je m’adapte à la demande du client et que je reviens le voir, après quelques semaines de travail, avec une belle chaise désormais en bleu, je n’ai aucune certitude qu’il me l’achètera: il aura peut-être changé d’avis, aura acheté d’autres chaises entre temps, ou me demandera des modifications supplémentaires. Je m’engage donc dans une voie incertaine, coûteuse pour moi, sans garantie.

L’engagement est réducteur d’incertitude

Il existe une quatrième possibilité: j’accepte de modifier ma chaise en bleu à condition que mon client s’engage à m’en acheter dix à la livraison. Je lui demande donc de s’engager, à mes côtés, dans la voie de la chaise bleue. S’il accepte, nous signons un contrat, et dès lors l’incertitude n’existe plus. Une fois que les deux parties se sont engagées sur un objectif, la relation entre les deux devient prédictible. Le contrat permet de remplacer l’incertitude – que faire? – par le risque: risque que mon client refuse d’honorer le contrat, qu’il fasse faillite entre temps ou que j’échoue à modifier le produit, par exemple. Mais le risque est gérable par des indemnités, une assurance ou par une action judiciaire. Nous avons des outils formidables pour le gérer.

Et donc la coopération est l’une des meilleures armes pour ne pas rester paralysé dans un environnement incertain. Deux parties s’engagent à faire quelque chose à court-terme, et entre les deux l’incertitude disparaît. Puis elles recommencent, ensemble ou avec d’autres, et avancent ainsi dans l’incertitude à petits pas en faisant disparaître celle-ci entre eux par leurs engagements. Le groupe qui se constitue ainsi progressivement est marqué par une absence d’incertitude interne, face à l’incertitude externe qui subsiste. Un engagement est une promesse d’agir de façon prévisible sur un objectif précis et immédiat. Un véritable engagement constitue une consommation de ressource pour celui qui le donne. Une vague promesse ou un encouragement n’est pas un engagement.

Ce n’est pas nouveau bien-sûr: s’associer avec les autres pour faire face à l’incertitude du monde a toujours été la marque de Sapiens, notre espèce. Si je suis seul dans la savane, mon prochain repas est très incertain. Ma survie elle-même est très incertaine. Si, en revanche, je m’associe avec d’autres pour créer une tribu, l’incertitude diminue. Chacun s’engage à contribuer au groupe, nous chassons ensemble, nous nous défendons en groupe, et le groupe devient un lieu au sein duquel l’incertitude est réduite. C’est pour cela que le groupe a été la grande invention de Sapiens pour survivre et prospérer dans un monde incertain: le groupe permet précisément de le rendre moins incertain. C’est pour la même raison que nous créons des organisations. C’est parce que collectivement, nous sommes plus certains de répondre aux défis que nous rencontrons.

Friends

Et donc, face à l’incertitude, et alors que la tentation est celle d’un repli sur soi frileux et inquiet, il faut au contraire s’ouvrir et rechercher des partenariats pour avancer de façon créative. Vous êtes saisi par l’incertitude? Cherchez-vous des amis!

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