Le vrai danger du « consommer local »

Le « consommer local » est à la mode. Quoi de plus naturel en effet que de favoriser dans ses achats les producteurs situés dans sa ville et dans sa région? Naturel, peut-être, mais dangereux, certainement. Revue.

Sophie Dubois est productrice de pommes à Dardilly, charmante petite ville à côté de Lyon. Elle vend ses pommes dans toute la France mais a un peu de mal à joindre les deux bouts. La mairie de Dardilly veut l’aider et décide de promouvoir les producteurs locaux, donc Sophie est contente: elle va vendre plus de pommes. Les écologistes et les amis de la nature sont également contents. Au lieu de faire venir des pommes d’Espagne en camion, la Mairie les fera venir du champ d’à côté, ce qui évidemment est excellent pour le bilan carbone. Autre bénéfice, cela renforce l’économie locale: Sophie gagne plus d’argent, paie donc plus d’impôts et, qui sait, songera peut-être à embaucher un apprenti l’année prochaine.

Et puis la mairie de Caen, dans le Calvados, découvre les bonnes pratiques des autres mairies, et décide elle aussi de favoriser les producteurs locaux de pommes pour ses cantines. D’autant que les pommes, à Caen, on en produit un paquet. Mise à jour des contrats. Or Sophie vendait 8% de sa production à la mairie de Caen. Elle perd donc ce contrat au profit des producteurs caennais. Du coup Sophie est beaucoup moins enthousiaste quant au « consommer local ». Et ce d’autant que la mairie de Sarreguemines vient à son tour de décider de favoriser les producteurs locaux, et c’est un nouveau contrat de perdu pour Sophie.

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Pomme de discorde (Source: Wikipedia)

Il en va ainsi du « consommer local » comme de beaucoup d’autres choses en économie: il y a ce qu’on voit, et il y a aussi ce qu’on ne voit pas. Mais il y a surtout la différence entre un gain local, et une réaction systémique qui laisse tout le monde perdant.

Pourquoi tout le monde est-il perdant? Au début nous avons Sophie, qui produit ses 40 tonnes à l’hectare. Mais le développement de la préférence locale lui ferme peu à peu des marchés, et ses ventes diminuent. D’un autre côté, la préférence locale permet bien-sûr à d’autres producteurs de la remplacer. Mais elle les empêche en même temps de grandir en vendant dans d’autres villes. A l’extrême, chaque ville a son producteur de pommes, solidement soutenu localement, mais minuscule et incapable de grandir car les autres marchés « locaux » leur sont fermés. Au lieu d’avoir quelques gros producteurs économiquement efficaces, ce qui permet d’abaisser le prix des pommes pour le consommateur final, on se retrouve avec une myriade de tout petits producteurs, dont beaucoup ne sont pas viables tout simplement parce qu’ils n’ont pas la taille critique nécessaire, sauf s’ils augmentent leurs prix. L’augmentation des prix, qui est un moyen de sous-traiter la conséquence de son inefficacité, pénalise bien-sûr le consommateur. Celui-ci risque alors de diminuer sa consommation de pomme en se tournant vers d’autres fruits.

Ce risque de passer d’un petit nombre de producteurs de taille critique amortissant leurs coûts sur un gros volume à une myriade de petits producteurs non rentables n’est pas illusoire: le verger français moyen fait en effet seulement 12 ha contre… 200 ha en Argentine.

La préférence locale, loin de favoriser les producteurs de pommes, mine donc leur rentabilité et sacrifie la filière française face aux concurrents étrangers. On ne s’étonnera pas que peu après de développement des politiques de préférence locale, les institutions publiques commencent à faire face à des demandes… de subventions, poursuivant un cycle infernal bien connu en France où l’Etat, par ses subventions, essaie d’être la solution aux problèmes qu’il crée. A la pénalisation du consommateur s’ajoute donc la pénalisation du contribuable, qui n’avait rien demandé. On a donc trois perdants de la préférence locale: les producteurs, les consommateurs, et les contribuables. Beau résultat.

Naturellement, l’affaiblissement de la filière française par son émiettement favorise la concurrence étrangère. Place aux pommes Argentines. Qu’à cela ne tienne en ce cas: Interdisons les pommes étrangères! Bonne idée, mais l’effet se reproduira à nouveau, cette fois au niveau international. Si nous interdisons l’importation de pommes étrangères, les autres pays répliqueront en fermant leur marché à nos exportations. On aura donc un gain (substitution des pommes françaises aux pommes importées), mais aussi une perte directe (disparition des exportations) ainsi qu’une perte indirecte, plus insidieuse: une nouvelle baisse de rentabilité liée à l’impossibilité de grandir, qui minera le secteur, et donc la poursuite du cycle infernal évoqué ci-dessus.

Plus généralement la préférence locale pose un autre problème, celui de remettre en cause les bienfaits de la division du travail. Ces bienfaits ont tellement été décrits qu’on est presque embarrassé d’avoir à les rappeler, mais cela reste apparemment nécessaire. En gros, l’échange est créateur de valeur parce qu’il est plus efficace pour chacun de se spécialiser dans ce qu’il sait faire. Par exemple, je peux faire mon pain moi-même. La recette est facile à trouver, les ingrédients disponibles et il y a même des machines spécialisées pour pas trop cher. Mais y ai-je intérêt? Ce n’est pas certain. Une baguette coûte 1€, et si je tiens compte du temps passé, en plus des ingrédients et de la machine, un pain fait moi-même me coûtera beaucoup plus (et sera sûrement moins bon). Pourquoi la baguette coûte-t-elle seulement 1€? Parce qu’elle est produite par un acteur économique spécialisé, le boulanger. Il en produit beaucoup, ne fait que ça toute la journée, son expertise et sa spécialisation assurent sa performance économique, c’est à dire sa capacité à produire une bonne baguette à 1€ seulement. Son four est amorti plus facilement car il produit une grande quantité.

Il en ira de même des pommes. Déplaçons-nous cette fois à Agen. Jacques est un producteur local, et la mairie d’Agen décide de l’aider, car il est inacceptable d’importer des pommes de l’autre bout de la France. Jacques reçoit donc une commande., et il doit augmenter sa production. Mais le sol d’Agen ne convient pas bien à la pomme, et le rendement n’est que de 20 à 27 tonnes à l’hectare. Pour atteindre son objectif de production, Jacques doit investir dans des engrais, travailler plus longuement la terre, bref: produire un kilo de pomme va lui coûter 15% de plus que Sophie à Dardilly. Là encore, la logique de consommation locale amène à soutenir des productions intrinsèquement non rentables. Dans une autre logique, celle de la division du travail, jacques abandonnerait le marché des pommes et ferait des prunes. Agen vendrait donc ses prunes à Dardilly, qui en échange lui vendrait ses pommes. Les prunes d’Agen seraient produites au meilleur coût, les pommes à Dardilly aussi, il en résulterait un gain net pour les deux parties, ainsi que pour la communauté. L’argent ainsi économisé par la mairie de Dardilly grâce au gain en efficacité (prunes moins chère) pourrait dès lors être consacré, par exemple, au ramassage des poubelles.

Il y a naturellement également un argument écologique. Car on pourra rétorquer: « On s’en fiche d’être plus efficace économiquement si ça nous évite un camion de pommes partant à Agen et un camion de prunes pour Dardilly ». Mais là encore l’argument ne porte pas, car l’efficacité n’est pas seulement économique. Adapter les cultures au sol et au climat permet aussi de diminuer l’empreinte écologique.

En conclusion, une nouvelle fois l’enfer est pavé de bonnes intentions: la consommation locale est une aberration économique et écologique, et ignorer les principes de la division du travail, c’est s’exposer à de graves déconvenues. On mentionnera l’exemple historique de l’empire romain, longtemps irrigué par le commerce mondial et qui peu à peu s’est replié dans des villas autarciques, asséchant les échanges commerciaux et s’appauvrissant. La fin est connue.

Note: je ne connais rien à la culture de la pomme, les exemples sont donc fictifs et à but d’illustration seulement. Mes excuses aux experts du secteur.

Sur la même question, on lira mon article précédent « Pourquoi produire français est un slogan stupide et dangereux« .

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79 réponses à “Le vrai danger du « consommer local »

  1. Oziard Philippe.

    Lumineuse explication! Félicitation au pédagogue.

    • Il y a plutôt imposture intellectuelle, le raisonnement de M Sylberzahn est rempli de biais et on voit apparaitre de grosses lacunes en économie. Profiter de la crédibilité qu’il a sur la question de l’innovation pour aller sur des champs où il ne connait rien et affirmer de la sorte me semble un manque de maturité intellectuelle, et non une prestation de pédagogue.

  2. intéressant…

    si on pousse la logique du local, est il vraiment pertinent que Jacques (à Agen) s’évertue à faire pousser des pommes si son terrain ne s’y prête pas ? les agenais mangeront plus de pruneaux que de pommes et ne devraient pas s’en porter plus mal

    en prolongeant, on ne cherchera pas non plus à faire pousser d’ananas à Dardilly ou d’oranges à Agen

    le local, c’est aussi une réduction de la variété de l’offre

  3. Aujourd’hui on parle de « consommer local », en circuits courts, lorsqu’on évoque un mode de consommation entre guillemets militant : les volumes produits restent les mêmes, mais la quantité vendue directement au consommateur augmente en dépit de celle qui était jusqu’alors réservée aux centrales d’achats.

    Consommer local, c’est permettre à producteur de vendre une partie de sa production directement aux consommateurs à un prix plus élevé que ceux pratiqués par les acheteurs. Et donc d’augmenter ses revenus sans produire plus, mais pour pour vivre un peu mieux.

    Si la GD a besoin de plus de pommes parce que celles produites à Dardilly restent à Dardilly sans coûter plus cher aux Dardillois, elle saura où les trouver.

  4. Je pense que l’article fait un raccourcis un peu rapide entre le protectionnisme : je favorise mes amis à côté de moi, et le principe de subsidiarité, qui énonce qu’on devrait systématiquement utiliser les services de la plus petite unité capable de les produire efficacement – et donc privilégier le petit producteur (local).

    Toute la question est de savoir ce que l’on met derrière le mot « efficacement ». Mes connaissances en pommiculture sont bien insuffisantes pour savoir quelle est la taille optimale d’une exploitation. J’imagine que ça dépend au moins des variétés cultivées et des sols. A priori ce doit être ni trop petit (pas d’amortissement du matériel) ni trop gros (risque de dérives monopolistiques, de surexploitation du sol, etc…). Et cette taille varie par ailleurs avec les technologies utilisées pour la récolte et le prix de l’énergie pour transporter les pommes.

    Ce que je veux dire c’est que s’il faut a juste titre se méfier du protectionnisme, il faut tout autant se méfier de la course au gigantisme. La réponse du principe de subsidiarité est simple : si le bien peut être produit aussi efficacement avec une plus petite unité, c’est elle que je doit choisir.

  5. Bonne analyse. Toutefois, en matière alimentaire les bienfaits de la division du travail sont à analyser avec un autre prisme, celui de l’indépendance alimentaire, de ce qu’on appelle « l’arme verte ».
    Ne plus produire de soja et autres protéines parce que c’est fait pour moins cher au Brésil ou au US, c’est s’exposer un jour à être pieds et poings liés face à ces pays.
    On peut se passer des voitures produites en Chine… Pas de l’alimentation que nous ne saurions plus produire!

    • Merci. Argument classique que celui de l’indépendance. j’achète ma voiture à Citroën et mon pain à mon boulanger. Suis-je dépendent d’eux? Certainement. mais eux aussi sont dépendants de moi. Si je n’achète plus à mon boulanger il fait faillite, et il en va de même pour les chinois: nous sommes « dependents » d’eux pour leur production, mais eux de nous pour leurs ventes. C’est une logique d’interdépendance que celle du commerce, ce n’est pas un jeu à somme nulle.

    • Diversifier les sources de productions me semble une bonne chose pour ne pas être dépendant de la Chine, des USA ou même de l’État Français (comme si ce dernier était votre ami…)

  6. Bonjour,

    Interressant, je vois ce que vous voulez démontrer.
    En revanche pour en arriver là, vous considérez que toutes les pommes se valent. (Les pommes d’argentines ou les pommes du petit producteur local). Ce qui est evidemment faux. Ne serais qu’en terme de qualité nutritionelle ou de goût (les pommes d’argentine ont muries sur le bateau). Sans parler du lien social.

    Ce qui est amusant c’est de faire le parrallele entre vos discours sur Uber ou AirBnb (moins de concentration capitalistique) et celui-ci (sur lequel vous pronnez la concentration du capital comme la meilleure solution).
    Peut être que le consommer local n’est en fait qu’une forme d’uberisation.

    Manu

    • Merci pour votre commentaire. Mon raisonnement est bien sûr basé « à qualité de pomme égale ». Cela étant dit il y a un présupposé qui est que l’industriel est moins bon. C’est largement faux. Nous serions horrifiés d’avoir à manger le poulet que nos grands parents mangeaient, et quand aux pommes, quiconque a passé 5 minutes dans le verger de son grand-père se rappelle des petites pommes rabougries. Vive le progrès.

      • Hans Schlierer

        Cher Philippe,
        c’est étonnant qu’un chercheur de ton intelligence peut être si prisonnier de son idéologie pour faire des raccourcis comme tu les fais. Tu dis toi-même à la fin de ton article que tu connais rien à la culture de la pomme. Cela se ressent dans les inepties de ton article. Mais tu connais visiblement pas grande chose de la recherche nutritionnelle non plus. S’arrêter sur l’aspect « rabougri » des pommes d’antan pour « fêter » le progrès de l’industrie alimentaire qui nous livre des pommes « bien beaux » n’est pas digne de toi. Lis au moins un peu la recherche scientifique ! Par exemple les rapports de la FAO ou en France de l’INRA. La recherche montre que les pommes (pour rester sur ce fruit) d’aujourd’hui ont perdu entre 30 à 70% de leur valeur nutritionnelle (une récente étude parle même de presque 90%) comparé aux fruits d’il y a cinquante ans. Tu traites de « présupposé » que l’industriel est moins bon. Moins bon en quoi ? Soyons précis : une pomme issue de l’agriculture bio a entre 40 et 60 % de plus de composés polyphénoliques (c’est-à-dire de micronutriments qui ont des effets bénéfiques pour la santé) comparé à une pomme produit « industriellement (source INRA). J’aimerais bien croquer les pommes rabougries de ton grand-père qu’une Golden bien ronde venue de l’Argentine 😉
        Hans

      • hans tu me parles d’autre chose. Je n’ai jamais évoqué la question du bio. Reste sur le sujet stp, ça t’évitera d’avoir à insinuer des choses désagréables sur mon intégrité.

      • Pas d’accord, les pommes de chez mes parents sont délicieuses. Souvent attaqués par des insectes car ils n’en produisent pas pour vendre, mais absolument délicieuses. J’achète mes légumes et quelques fruits à des producteurs bio locaux, et oui, évidemment, la différence est très nette avec la qualité des légumes et fruits d’un supermarché. Par exemple, connaissant les pommes de chez mes parents, ou d’autres producteurs locaux, je n’ai jamais pu aimer les pommes du supermarché. Sans aucun goût, trop grandes aussi justement, il faut 1/2 heure pour les manger… Et pour la viande, pour moi c’est pareil, pas comparable… Il y a certains producteurs locaux qui sont peut-être pas terrible, mais en général la médiocrité des produits des supermarchés (même si en France on est encore un peu préservé de ça), est difficile à concurrencer. Ok sinon pour certains arguments, je suis d’accord que le protectionnisme à tout prix n’est pas forcément bon.

      • Merci, mais l’objet de mon article n’était pas de discuter des préférences en matière de goût.

      • thierry dudit

        erreur l’industriel est moins bon pour une raison simple : les fruits et légumes sont cueillis trop tot pour faire face à une chaine logistique assez longue. beaucoup de produits finissent dans des murissoirs. inconvénient : la nature n’a pas eu le temps de faire son travail et les produits ont moins de qualité organoleptique et de gout. des études ont été menées sur 30 ans et elle prouvent que les qualités en nutriments des fruits et légumes ont baissé et comme par hasard cela correspond à l’expansion de la grande distribution. pas de hasard, le producteur local travaille en » juste à temps » puisque ses clients sont locaux. les produits sont cueillis au bon moment et distribués rapidement. ne parlons pas des poulets industriels élevés dans des conditions infectes et bourrés d’antibiotiques : cela produit chez les hommes une résistance aux antibiotiques dangereuse pour la santé. renseignez vous les autorités sanitaires ont déjà tiré la sonnette d’alarme sur ce sujet. vive le progrès comme vous dites!

  7. Les monnaies locales nous exposent elles au même non sens ?

    • Très bonne question! Comme il n’y a pas de support physique peut-être pas mais la valeur d’une monnaie, c’est aussi le nombre de gens qui l’acceptent, ce qui milite pour une diffusion large et laisse donc sceptique sur les chances d’une monnaie locale…

  8. Oui c’est intéressant. Sauf que le raisonnement est de type tout ou rien : si Sophie Dubois vend ses pommes à Lyon (grâce aux aides), alors elle n’en vend plus à Rouen ou ailleurs en France. C’est typiquement les simplifications que nous voyons à l’œuvre en ce moment, et qui sont dangereuses : soit on est libéral (et c’est un état de fait, donc qui peut être contre), soit on est locavore. Le monde est complexe, « embrassons » cette complexité. Je suis libéral et locavore (autant que possible).

    De même l’argument priorité au local entraîne la suppression de la division du travail est abusif (c’est pas parce qu’on veut donner la priorité au local qu’on va nécessairement produire des artichauts à Nice et des tomates en Normandie).

    Tiens à propos de tomates, Savéol, qui produit des tomates de manière industrielle en … Bretagne, et inonde le marché de ses tomates insipides est justement dans la logique de spécialisation et de marché global que vous vantez. Donc la division du travail n’est pas pour autant un modèle fondamentalement vertueux en tout cas du point de vue de la qualité.

    Par ailleurs la logique d’augmentation de la productivité par hectare est en train d’appauvrir de manière dramatique les sols, de faire la fortune de certaines entreprises phytosanitaires aux méthodes plus que discutables mais bien spécialisées, elles.
    Cf https://www.youtube.com/watch?v=K7wbDr_P8NU

    Tant et si bien que certaines grandes familles propriétaires en Beauce, Bretagne et Loiret sont en train de réintroduire des petites parcelles, avec des haies pour recréer un écosystème favorable à la diversité du vivant. Il y a aussi ces expériences d’une autre culture possible : la permaculture. C’est exactement le contraire de la spécialisation (en tout cas par la monoculture) et qui montre des résultats de productivité tout à fait intéressants.

    N’est-ce pas justement cette diversité et cette complexité des moyens de production et de distribution qui fait la richesse du marché ? Les consommateurs ne peuvent-ils pas avoir le choix de payer plus cher pour avoir du meilleur ? N’y a t-il pas un déséquilibre essentiel de pouvoir de lobbying entre des grosses sociétés spécialisées, et des petits entrants dans le marché qui essayent des méthodes alternatives ? N’est-ce pas aux politiques de s’assurer que le marché et les méthodes de travail ne soient pas phagocyté par peu de personnes (cf the innovator’s dilemma) ? Ne puis-je pas moi, en tant que consommateur choisir quel mode de production je veux favoriser quitte à payer plus cher ?

  9. FENNEC DES GUARRIGUES

    C’est étonnant ça ! Il y a à peine quelques semaines, le Silberzhan nous fustigeait la productrice de lait parce qu’elle avait investi (à tort évidemment) pour rendre son exploitation plus efficace, en se concentrant sur un produit unique, la malheureuse !
    Ah, que voulez-vous, mon bon Monsieur, les temps changent…

  10. Pingback: Le vrai danger du « consommer local » | Contrepoints

  11. On apprend beaucoup , dans le même ordre d’idée , il faudrait se pencher sur le recyclage de tout , est ce si rentable ?

  12. Ce qui fait le poison c’est la dose ! Toute idéologie poussée à son paroxysme produit des absurdités : consommer local en intégrant aussi les contraintes économiques et d’efficacité ( Ne pas faire pousser des ananas en Normandie par exemple ) est une bonne solution: cela réduit l’empreinte écologique, favorise le lien social, encourage les productions moins « chimiques », etc…. Dans la spécialisation et le partage du travail j’ai apprécié ce fait divers : un camion qui venait livrer en Espagne des tomates produites en Belgique est rentré en collision avec un camion qui venait livrer en Belgique des tomates produites en Espagne.

  13. Votre raisonnement est vraiment intéressant mais ne s’applique que dans certains cas. La plupart des villes françaises (soit 80% de la population) sont suffisamment grandes pour absorber à elles seules la production d’une unique ferme. Et dans ce cas, la propriétaire sera bien contente de vendre toute sa production sans avoir à faire de grand déplacement et à des prix compétitifs puisque limitant aux maximum les intermédiaires.

    La deuxième chose, c’est que les marchés se superpose. Le fait qu’une frange de la population achète local et bio n’empêche pas que d’autres achète simplement bio, ou aille au supermarché. Tout se superpose. Et dans ce type de paradigme, il est avantageux pour une propriétaire de vendre comme variété locale une partie de sa production sur des marchés/petits commerces (qui achètera à meilleur prix) et vendre l’autre partie dans une ville qui n’achète que 20% de sa production en local.

  14. Pingback: Le vrai danger du « consommer local&...

  15. Je ne sais pas trop par où commencer tellement cet article me semble aberrant, simpliste et globalement, de mauvaise foi.

    Selon l’article la préférence locale entraine la diminution de la taille des marchés (chaque localité ayant son propre marché) entraînant la diminution de la taille des parcelles entraînant l’augmentation des coups pour le consommateur et la perte de compétitivité à l’international.

    La division du travail quant à elle serait créatrice de valeur car, se spécialisant, chacun aurait une rentabilité accrue.

    Si tel était le cas, pourquoi même s’essayer au changement ? La division du travail étant très largement adoptée pourquoi certaines personnes s’évertuent encore à chercher un « meilleur » système ?

    Peut être parce qu’aussi idéale que semble être la division du travail, beaucoup n’y trouve pas leur compte.

    Mais revenons en à la mauvaise foi : les exemples qui sont pris ici sont si extrêmes que cela prête à sourire : la commune qui ne désire pas acheter les pommes produites sur les terres de la commune voisine. Est-ce là réellement un problème dont on entend les exploitants régulièrement se plaindre ?

    Étrangement, il me semblait bien plus souvent les voir mentionner les circuits de distribution. Et quelles sont les causes de ces problèmes si ce n’est la division du travail qui, divinement orchestrée, a permis aux exploitants de s’affranchir de l’effort de vente, se concentrant uniquement sur la production. Au début cela semblait être une bonne idée mais se faisant ils ont perdu tout pouvoir de négociation et se voit désormais fixer leur prix de façon unilatérale. Consommer local c’est aussi changer les moyens de distribution classiques qui sont aujourd’hui largement déséquilibrés et injustes pour ceux qui produisent.

    Plus globalement, le système de division du travail, porté à l’extrême a eu d’autres impacts négatifs:

    – Qualité : l’auteur dans les commentaires nous dit je cite : « a qualité de pomme égale ». Comment peut on prétendre avoir une qualité de pomme égale lorsqu’elle doit parcourir la moitié de la planète ? La division du travail, à l’extrême, réduit les coups mais aussi baisse la qualité des produits destinés à l’alimentation.
    – Diversité : pour réduire les coups là encore, on diminue le nombre de produits cultivés. Résultat : nos supermarchés vendent désormais deux espèces de tomates là où mon voisin en cultivent une dizaine aux goûts et couleurs uniques.
    – Bonheur: l’exemple du pain que tout le monde pourrait produire individuellement mais qu’il est fort peu rentable est assez éloquent. Apprendre une nouvelle compétence n’est pas forcément rentable mais rend heureux. Or pris à l’extrême la division du travail favorise exactement l’inverse : on ne sait faire qu’un nombre très limité de choses de façon très efficace, car à répétition. Comme Kundera l’a écrit dans l’Insoutenable légèreté de l’être: tout devient affreusement ennuyeux si constamment répété.

    Nous sommes au bout d’un système de division du travail que nous avons porté à l’extrême. Nous devrions nous réjouir que certaines alternatives existent pour le modérer. Quelle ironie de voir l’auteur les discréditer en prétextant leur côté extrême !

    • Merci de votre contribution. Vus pouvez contester mon argumentation sans m’accuser de mauvaise foi. C’est inutile et amoindrit votre crédibilité. Sur les points que vous mentionnez, à peu près tous sont discutables. Faites un tour à Carrefour et vous y verrez des dizaines de types de fruits et légumes différents, et surtout, cette diversité d’offre est accessible au plus grand nombre, et c’est cela qui différencie une production qui vivote et une production spécialisée. Avec la production spécialisée, tout le monde peut manger plein de tomates. Combien votre voisin nourrit-il de personnes? Probablement même pas sa famille.
      Quant à vos propos sur le bonheur ils me semblent étrange. Une planète mal nourrie ne peut être heureuse. malheurs de riches…

  16. J’entends bien vos arguments, qui sont parfaitement recevables, mais font l’impasse sur une dimension qui n’est pas négligeable : le goût. Personnellement, je n’achète plus que des légumes cultivés localement, non par souci écologique ou solidarité avec leurs producteurs, mais parce que c’est le meilleur moyen de s’assurer qu’il n’ont pas été cueillis verts, avant de « mûrir » dans un frigo et finir par ne plus avoir d’autre goût que celui de l’eau qu’ils contiennent.

    • C’est parfaitement légitime… dès lors que vous acceptez (et avez les moyens) de payer le surplus et que la survie du producteur local ne dépende pas de mes impôts…

      • Avec cette logique, qu’est-ce qui vous empêche de manger des gellules d’oligo-éléments, au lieu de croquer dans une pomme ? La qualité gustative des aliments, et surtout leur qualité sanitaire, ne sont pas à brader. C’est une question de santé publique.

      • Je ne vois pas votre logique. Je compare deux producteurs de pommes. Pour votre histoire de gellule, c’est une question de choix des consommateurs. Si j’ai le choix, j’adorerais, dans certaines circonstances, croquer une gellule. Et puis une autre fois manger une pomme. Ce n’est pas à vous de décider, c’est à moi.

      • thierry dudit

        commentaire qui n’a pas de sens. les producteurs locaux ne bénéficient pas de subventions, vous pouvez etre rassuré pour votre porte monnaie. je connais de nombreux producteur en amap. aucune subvention. ou allez vous chercher un surcout du consommer local? je consomme auprès de producteurs de seine et marne (en direct) et je paye les memes prix que dans la distribution traditionnelle car pas d’intermédiaires. consommer local n’est pas du snobisme. sortez de votre bureau et allez voir les réalités de terrain : elle remettent toujours en cause les théories.

  17. Sur le fond de la question, il y a « local » et « national » : on peut consommer français plutôt qu’espagnol ou argentin, c’est déjà pas mal puisque ça permet de développer de gros producteurs. En fait, l’article propose une longue explication du principe d’économie d’échelle (plus un producteur fait de volume, moins ça revient cher au kg), mais ne va pas au bout du raisonnement. Quelle est la « taille critique » (pourtant mentionnée) qu’il faut atteindre ? Un producteur local francilien, par exemple, aurait tout Paris à alimenter, soit un marché peut-être suffisamment large pour qu’il soit rentable ?

    C’est également une démonstration à la logique purement commerciale. Comme tout modèle économique, il ignore certains paramètres, les externalités, et pêche par omission en ignorant qu’il ignore !
    Ainsi de la qualité des pommes. Le raisonnement suppose implicitement que toutes les pommes se valent. Or, les très gros producteurs peuvent avoir recours à des moyens industriels ou chimiques (cf. les engrais de Jacques) qui peuvent dégrader la qualité. Nos aliments français subventionnés sont ainsi bien meilleurs qu’au Royaume Uni ou en Allemagne, on le sait. Le « coût pour le contribuable », à travers la PAC notamment, est donc pleinement (plainement, même) justifié !

    Et la pollution qu’induit une production à plusieurs centaines de kilomètres ? Une autre externalité. Celle-ci est balayée par l’auteur, qui argumente que les cultures ne sont pas adaptées au sol, comme si c’était toujours vrai.

    Un commentaire précise aussi : Aujourd’hui on parle de « consommer local », en circuits courts, lorsqu’on évoque un mode de consommation entre guillemets militant : les volumes produits restent les mêmes, mais la quantité vendue directement au consommateur augmente en dépit de celle qui était jusqu’alors réservée aux centrales d’achats.

    Bref, ça manque de nuance. Je suis certain que dans bien des cas, on a intérêt à favoriser les producteurs locaux. Toute la question est d’identifier dans quels cas, ce que l’auteur se garde bien d’analyser.

    • Merci de votre commentaire. Il y a évidemment une limite à la taille. Mais pour info, les chinois créent maintenant des fermes avec 100.000 vaches. Cela va effrayer nos malthusien adepte de la vie dans les caves, mais ce sera peut-être d’une redoutable efficacité. Quant à votre phrase « Nos aliments français subventionnés sont ainsi bien meilleurs qu’au Royaume Uni ou en Allemagne, on le sait. » j’avoue qu’elle me fait bien rire, si tard le soir ça détend. En quoi la subvention empêcherait les produits chimiques, mystère.

  18. Le mieux serait de faire son jardin car d’acheter local ça revient plus cher pour le client potentiel et c’est a proximité; que de ce qui est loin coûte moins cher , ce qui devrait être l’inverse, vous ne croyez pas?
    Et parlons pas du bio (ces voleurs) qui en profite pour vendre beaucoup plus cher, mais pour rentabiliser la production , il y a surement des tricheurs dans le lot …

  19. Analyse intéressante et très pédagogue, ce qui me chiffonne néanmoins c’est le lien fort entre les arguments économiques et écologiques….
    Sur la partie économique pure, ça me semble clair et cohérent dans un environnement capitaliste et globalisé : recherche de développement « à tous prix » dans un environnement concurrentiel. Le tout local semble bien montrer ses limites.
    Y mêler des arguments écologiques est un peu rapide, et je pense relève plutôt d’un rattrapage grossier d’une mode du « bio ».
    Le « consommer local » d’un point de vue et écologique est pour moi un raccourci d’autres arguments : utiliser des circuits les plus courts possibles (moins polluants) ; produire de manière plus raisonnée ;…. L’objectif étant de ne pas produire plus que ce que la nature peut fournir comme ressources. Il y a sans doute aucun intérêt écologiquement parlant à produire des ananas à Agen même à une échelle telle qui serait économiquement viable VS les faire venir de loin mais « bien » produits même avec le transport.
    Oui, je pense que le consommer local écologique a un coût pour le consommateur final. Pour le mettre efficacement utilisable il faut sans doute aussi y adjoindre deux « taxes » ou surcoûts sur des éléments qui ont un impact fort sur l’environnement : le transport et les artifices de production à très haut rendement. Quand on voit qu’il coûte moins cher de faire faire le tour du monde à un produit pour le transformer plutôt que de le faire en « local », économie et bon sens ne font tout de même pas bon ménage…
    C’est assez dommage mais finalement je n’arrive pas à réconcilier l’économie dans laquelle nous vivons et l’écologie. J’ai l’impression que chacune ne peut se développer qu’en écrasant l’autre.

    • Merci pour votre commentaire. Du moment que le consommateur est d’accord et a les moyens de payer plus cher pour un produit qui répond mieux à ses critères de choix, je n’ai pas de problème, à condition que la survie du producteur ne repose pas des impôts que je paie. Mais je ne plaçais pas mon argument sur le point de vue du consommateur, mon propos était plus restreint: toute logique protectionniste, qu’elle soit au niveau d’une ville, d’une région ou d’un pays, appauvrit l’ensemble du système, car l’échange est créateur de richesse. Comme il est effectivement aberrant de faire pousser des ananas à Agen (ou à Caen), on a inventé l’échange afin que chacun se spécialise dans ce qui est le plus « logique » et le plus adapté à son terrain. C’est cette logique que la préférence locale tue.

  20. Pas sympa d’avoir censurer mon commentaire et pourtant c’est pas normal de payer moins cher les fruits et légumes qui viennent de loin et que ce qui est acheté à proximité c’est plus cher.
    Je n’aime pas les produits biologiques qui sont cultivez aujourd’hui et encore moins les fruits qui n’ont pas de goûts …
    Votre article a l’avantage de susciter la discussion, merci

  21. Cher Monsieur,

    Un ami vient de m’envoyer le lien de votre article. Je n’ai pas pu m’empêcher de bondir​ et lui répondre alors autant partager ma réaction aussi avec vous.

    Hello Paul

    Je ne suis pas du tout d’accord avec l’article ​C​ontrepoint​s.

    Pénalisation du consommateur par le local ? J’essaie de rentrer dans la logique du discours mais je n’y arrive pas.

    Les critères d’une économie ​agri​cole qui ne pénalise pas le consommateur​ ne peut se limiter au bas coût des produits (via les gros producteurs « économiquement efficaces » souvent dopé de subsides européens) car nous ne payons pas le réel prix des produits.

    Quid du coût écologique de la production (pollution transport, pesticides et conservateurs et leur pollution de l’air, de l’eau, des sols, sur-emballages, … ) du coût social (exploitation d’humains dans des entreprises « bananières » dirigées depuis un paradis fiscal) , du coût santé publique (eczémas, cancers, stress, … Les agriculteurs meurent plus de cancers que n’importe quelles autres professions, aussi un taux de suicide impressionnant en Europe ).

    Si j’additionne tous ces coûts REELS mais occultés, ma main au feu que les pommes d’Argentine ​coûtent beaucoup plus ch​ère​s ​que les pommes de la « petite » productrice de Lyon. Mais l​’​économie ultra-libérale se permet d’oublier certains paramètres ​pour garantir son facsimilé de rentabilité.​

    Et en terme de bénéfices indirects ?

    Quelles sont les conditions de travail et salariale de l’employé de ferme d’Argentine ? Pourquoi Oxfam magasins du monde y développe-il des projets équitables pour la culture du café par exemple afin de garantir un salaire correct au petit producteur.
    Seuls les riches propriétaires terriens d’Argentine se frottent les mains pendant que les actionnaires de multinationale prennent soin de leur obésité croissante (tour de taille ou portefeuille, à toi de choisir).

    Mais pendant ce temps là, l’agricultrice de Lyon organise peut être ponctuellement des auto-récoltes de pommes dans ses vergers, des activités collectives de plantations d’arbres sur une nouvelle parcelle. Les participant-e-s volontaires se reconnectent à la terre, à leurs racines, aux saisons, retissent des liens, retrouvent l’envie de faire la fête, de danser la vie.
    Elle peut expliquer les bienfaits de croquer une de ses pommes par jour plutôt que des fraises d’Argentine en plein mois de janvier sans goût ni qualité nutritionnelle !
    Et faire visiter ses ruches, expliquer aux enfants comment les abeilles fertilisent les fleurs de ses pommiers …. et ce qui les tuent aussi (éducation à l’environnement).
    Elle est valorisée dans son travail parce qu’elle rencontre les personnes qui apprécient ses pommes goûteuses …
    Augmentation du Bonheur National Brut

    ​Ajoutons ce bénéfice sociétal ​en positif au coût de revient réel des pommes locales et elles seront encore moins chères que celles d’Argentine.

    Tout cela pour dire que quand je paie dans une grande surface 20 cents pour ma pomme grammy smith d’Argentine, vert fluo brillante, calibrée, piquée au conservateur et emballée dans deux plastics , que je sois pauvre ou riche, je m’appauvris, je m’empoisonne, j’empoisonne par la même occasion la terre, j’exploite sans doute un humain de l’autre côté de la planète et je ne paie pas, in fine, le réel prix de cette pomme (la facture écologique n’est pas encore chiffrée).

    Comme consommatrice, je veux avoir le choix de pouvoir payer ma pomme le juste prix, pas le plus bas prix ; que ce prix soit déterminé par l’agricultrice et qu’elle ait un salaire correct plutôt qu’un prix (dommages collatéraux compris) imposé par des actionnaires goulus.

    L’argent a une odeur.
    L’alimentation durable a un prix
    L’alimentation non-durable un prix non comparable mais plus élevé

    ​PS pour Monsieur ​Philippe Silberzahn : Tout ce que j’ai décrit plus haut n’est pas une fable. Si vous passez un jour par Bruxelles, faites une halte à la Ferme du chant des Cailles. Vous pourrez constater que des projets novateurs en agriculture urbaine bio-intensive non subsidiés existent, qu’on peut y croquer de bonnes pommes locales bio à coût abordable et recréer du lien dans la cité pour le bonheur de tou-te-s.
    Tout en restant ouvert au monde.

    Cette visite vous permettra, j’espère, de questionner vos croyances sur le « consommé local » en la « rentabilité ».

    Bien à vous,
    Evelyne

  22. Bonjour,
    Merci pour votre article et merci aussi à ceux qui y réagissent. Cela en fait un débat riche et constructif, ce que je trouve assez rare sur le web.
    Pour apporter ma modeste contribution, car il s’agit en partie d’un débat économique et je n’en suis pas un, je dirais toutefois que votre argumentation est typiquement libérale et qu’elle fonctionne effectivement bien si l’on s’en tient à une certaine logique de marché (baisse des prix pour le consommateur, rentabilisation de la production), mais tient, selon moi, moins bien la route si on regarde d’autres aspects que de nombreux commentateurs ont déjà souligné avant moi (du coup, à quoi sert mon commentaire, me direz-vous ;-)).
    Ainsi, votre argumentation me semble évacuer aussi la dimension du lien social (j’ai vu quelqu’un en parler) entre les gens. Pouvoir acheter à son « voisin » est important pour moi. Acheter à mon agriculteur local me permet de me dire que je soutiens probablement quelqu’un dont la situation économique n’est pas simple, mais aussi et surtout de me créer une amitié ou une connaissance avec une personne proche de moi géographiquement. Et je trouve ce point important. Car il me permet de me sentir membre d’une communauté, d’un territoire, et cela compte aussi, même si ça n’est pas quantifiable par le marché. Je ne crois donc pas qu’on ne puisse que raisonner qu’en termes économiques (ce que vous avez fait et votre démonstration est vraie dans ce cadre), car cela écarte d’emblée de nombreux autres facteurs (sociaux, humains) qui ont aussi une réelle valeur à mes yeux. Je suis, comme certains, favorables à une certaine efficacité du marché, mais pas au prix du sacrifice du lien social entre les gens, d’une société unie par les mêmes valeurs, d’une certaine communauté. Or, ce que vous décrivez est finalement typique d’une société ultra-libérale qui finit par favoriser 1) l’enrichissement personnel d’un tout petit nombre via la création d’acteurs mastodontes, ce qui entraîne évidemment de nouveaux problèmes de rapport de force 2) 1 éloignement des consommateurs de ceux qui fabriquent et créent des choses

    Merci à vous.

    • Merci de votre commentaire et ce n’est pas grave s’il répète certaines choses. Votre argument sur le lien avec un agriculteur proche de vous est important, mais cela veut dire que vous ne définissez votre communauté qu’en termes de proximité géographique. C’est avec cela que je ne suis pas d’accord, car il y a là une logique villageoise: mon village avant ma ville, ma ville avant ma région, ma région avant mon pays, etc. Je peux me sentir tout aussi proche d’un producteur de pommes d’une autre région.
      Quant à l’argument du lien social je le trouve difficile à défendre. On ne rend pas service à quelqu’un qui se lance dans une activité peu rentable, voire pas rentable du tout, et qui va dépendre de la charité de ses congènères pour survivre. Je parle en tant qu’ancien chef d’entreprise.

  23. Ce qui me dérange dans cette histoire c’est la « nécessité » pour le producteur de grandir. Consommer local, produir local, fonctionner à taille humaine…

    • Je comprends mais on parle d’économie, là. On ne peut s’affranchir de certaines réalités économiques. Ensuite, il ne s’agit pas tellement de « grandir » que d’avoir une taille minimale permettant la viabilité. Comme plusieurs commentateurs l’on fait remarquer, la capacité à obtenir un prix plus élevé joue également dans l’équation; mais toutes choses égales par ailleurs, la diminution des échanges conduit à l’appauvrissement.

  24. Les circuits courts du « consommer local » ne sont pas nécessairement une aberration économique: une pomme locale en supermarché « classique » sera achetée au producteur par une centrale d’achat régionale, qui la revendra avec de nombreuses petites soeurs aux centrales d’achat de supermarché, qui les achemineront aux supermarché locaux. La pomme aura voyagé trois fois en camion et passé par deux intermédiaire pour atterrir au supermarché à 15Km de l’exploitation. De ce point de vue, les circuits courts permettent effectivement de diminuer le prix des aliments au détriment de la diversité et non plus au détriment du contribuable, pourvu que des clients (et il en existe de plus en plus) soient prêt à se rendre dans des établissements qui proposent moins de diversité dans leur produits mais à des tarifs plus compétitifs.
    De ce point de vue, les circuits courts peuvent parfaitement cohabiter avec les circuits de distribution classique de grande surface sans qu’il existe une phénomène d’exclusion de l’un ou l’autre, puisque ne s’adressant pas forcément à la même clientèle et laissant à l’exploitant la possibilité de vendre en local et par un circuit de distribution classique.
    Le fait que ce mode de fonctionnement du « consommer local »existe dans d’autres pays (dont les USA) devraient rassurer quand à la non-nécessité de l’ingérence de l’état, qui me parait superflue ici.

    • Merci de votre commentaire, et j’en profite pour remercier tous ceux/toutes celles qui ont aussi fait des commentaires, qu’ils soient d’accord ou pas avec mes propos, cela donne une discussion passionnante (je trouve).

  25. A vous lire et en appliquant vos préceptes, il ne restera bientôt plus qu’une seule sorte de pomme à se partager, sans goût et en même temps trop sucrée… venant d’un pays où la main d’oeuvre coûte le moins cher possible, à grand renfort de produits Monsanto, transportée sur 12 000 kilomètres pour être livrée en…Normandie (au hasard)
    J’exagère à peine… J’ai le même exemple en Sologne lorsque la grande surface propose des asperges d’Espagne et du Portugal lorsque le champs d’asperges voisin est à moins de 3 kilomètres…(Salbris pour être précis)
    La maîtrise de l’impact environnement est pourtant aussi l’un des défis du 21 ème siècle… Un autre étant de nourrir la totalité de la population mondiale…
    Lorsqu’on sait (comme vous certainement) que les chinois représentent 20 % de la population mondiale alors qu’ils ne possèdent que 8% des terres cultivables, rien d’étonnant à ce qu’ils rachètent de la terre en France…
    Plutôt que de consommer nos propres produits, nous deviendrons bientôt des ouvriers produisant sur une terre qui ne nous appartiens plus, dont le coût du travail, proportionnellement au regard des enjeux, sera donc bon marché pour nourrir, à l’autre bout du monde, quelques milliards de chinois…
    Ne me dites pas que j’affabule, le modèle existe déjà pour le lin : Nous sommes les premiers producteurs mondiaux, le lin part en Chine comme matière première (valeur ajoutée nulle) et nous revient sous forme de vêtements (produit finis…). Il a donc fait le tour du monde… alors qu’il est presque qu’aux portes de Paris (champs de lin dans le Vexin).
    Il vous manque et c’est normal pour un éminent « sachant » tel que vous, une dimension à vos démonstrations… Celle de l’humain, celle du lien social que préserve la consommation de proximité…
    Il n’est bien sûr pas question de rendre obligatoire la consommation de proximité puisque nos habitudes de consommation nous font acheter des produits d’autres contrées, MAIS il doit être possible d’utiliser notre « pouvoir d’achat » en « pouvoir de DÉCISION d’achat… »

    Ainsi, la productrice de pommes à qui les centrales d’achat achètent de 0.25 à 0.35 €/kg peut voir dans la supérette d’a coté les pommes qui viennent de l’autre bout du monde à 2,95 €/kg ou les siennes…Un peu plus chères… (Carrefour pommes de 2.18 à 5,99 €/kg)
    Figurez-vous que cette productrice, participe à la vie économique et sociale de sa ville, ses 2 enfants sont à l’école, (maintien des services publics), vont chez le médecin, mais sont membres de l’association sportive municipale) Quand à elle, une fois par semaine, elle va à la piscine, de temps en temps commande des pizzas (jours de fête) et va même au cinéma dans la ville d’a coté…. Bien sûr, elle emploie une personne qui, de cette façon, à ouvert un compte bancaire lorsqu’elle à louée un petit studio sur place…Tout cela, parce qu’un jour, le responsable de la mairie qui travaille à la cantine scolaire (celle où vont les 2 enfants de la productrice) a eu l’idée (définitivement excellente) de se fournir à proximité de sa ville….

    Je peux, si vous le souhaitez, aller plus avant dans la contradiction de vos propos. Ce serait certainement inutile, persuadé que vous êtes de vos condamnations économiques… Il vous serait pourtant utile de connaître quelques réalités..
    Celles du terrain par exemple
    Bien amicalement.
    PS : La notion de « proximité » est une valeur variable… Moins de 1000 kilomètres pour traverser la France c’est quand même 12/13 fois moins que pour un trajet Shanghai et Cherbourg…

  26. Bonjour. Beaucoup de choses me viennent à l’esprit en lisant votre article (merci donc pour la stimulation), je n’aurai pas le temps de tout dire ce soir mais donc imaginons: Sophie Dubois est productrice de pommes à Dardilly, charmante petite ville à côté de Lyon. Elle vend ses pommes dans toute la région, vit de son activité (sobrement) et songe à embaucher un apprenti. La mairie de Dardilly décide de promouvoir les producteurs locaux, contacte Sophie pour qu’elle fournisse les cantines scolaires de l’automne au printemps. Sophie est contente: elle engage un apprenti, développe sa production. Comme elle vend ses pommes directement à la mairie, elle en tire un meilleur prix, la mairie y gagne aussi : elle les paie moins cher qu’au grossiste auquel elle les achetait auparavant. Sophie est une entrepreneure sérieuse, elle s’assure de garder une clientèle diversifiées, elle continue de traiter avec le grossiste de Vénissieux et elle vend des fruits et du jus à la ferme le samedi (ça marche du tonnerre, les enfants de la commune débarquent avec leurs parents). Cependant, elle doit arrêter de vendre ses pommes aux maraîchers de Vaugneray, Pollionnay et Saint-Consorce qui s’approvisionnaient chez elles. C’est tout bénéfice pour Pauline et Victor, jeune couple d’agriculteurs de Brindas qui commencent justement à diversifier leur production avec des fruitiers. Une société coopérative d’intérêt collectif qui ouvre un supermarché coopératif à Lyon entend parler du couple, vient les rencontrer et décide de vendre leurs pommes. La scic lyonnaise cartonne, elle atteint 2000 coopérateurs (trop contents de manger des produits d’aussi bonne qualité pour un prix si démocratique) en 1 an. Sur son exemple, plusieurs autres initiatives du genre fleurissent dans l’agglomération, cherchant chaque fois à collaborer avec des producteurs locaux, leur permettant de vendre leurs produits à meilleurs prix tout en proposant un prix bon marché à l’étal. En quelques années, l’alimentation de la région de Lyon est devenue plus résiliente, moins sensible aux variations du coût de l’énergie, plus préparée à affronter un choc éventuel.

    J’ai donc imaginé un scenario. Je suis d’accord, je n’ai pas fait ici oeuvre d’économiste mais – pardonnez-moi cette impertinence- pas beaucoup moins que vous.

    A plus tard pour la suite!

  27. William Warin-Dhavernas

    Article passionnant dont j’ai surtout apprécié la fin : « Note: je ne connais rien à la culture de la pomme, les exemples sont donc fictifs et à but d’illustration seulement. Mes excuses aux experts du secteur. »
    Très classique d’un soit-disant expert donneur de leçon qui prend des exemples fictifs* (et caricaturaux) de trucs auxquels il ne connait rien pour défendre une idéologie déconnectée de toute réalité du terrain.
    Vraiment instructif. Merci.

    * Fictif : Qui n’est pas réel, qui n’existe que dans l’imagination ; imaginaire : Un nom fictif. (Larousse)

    • L’utilisation d’un exemple fictif, ou semi-fictif réaliste est une méthode pédagogique* aussi ancienne que l’humanité. Mais sans doute est-ce trop subtil pour vous.

      * Pédagogie: Pratique éducative dans un domaine spécialisé (Larousse)

  28. Ca y est, c’est l’article de trop! l’imposture intellectuelle d’un homme qui ayant une crédibilité sur l’innovation et l’effectuation, se croit omniscient et publie à tout va sur des questions économiques qui lui échappent. Vous venez de faire la démonstration de vos lacunes en économie, M Sylberzahn, cet article est bourré de simplisme, de méconnaissance de la filière en question et de ses mécanismes. J’aimais vous suivre sur les questions entrepreneuriales, aujourd’hui je me désabonne pour ne plus avoir à subir votre tendance à vouloir être un Mr-je-sais-tout !

  29. Magnifique.

    Dans un prochain numéro, Mr Silberzahn nous démontrera (avec des arguments tout aussi percutants) que se déplacer en vélo en ville est une aberration, qu’il vaut mieux reprendre sa voiture (de marque coréenne, de préférence à motorisation diesel, et à une personne par véhicule).
    Et dans le suivant, qu’il est urgent de (re)développer l’énergie nucléaire, parce qu’elle est propre et peu chère.
    😦

    Mais on pourrait lui poser la question, en prenant l’exemple de la filière « pommes » justement, ou celui de la filière lait ou viande porcine, dont on parle pas mal en ce moment : où sont les « gros producteurs efficaces » ?
    On pourrait aussi lui rétorquer que, dans son raisonnement, il y a quelques coûts qu’il ne prend pas en compte (ou qu’il refuse de voir : ce qu’on appelle les « externalités négatives » des systèmes agricoles « industriels » = intensifs en intrants, en énergie, en capital …).
    Lui dire que la soi-disant « compétitivité » des gros producteurs masque souvent des pratiques qu’on voudrait bien voir disparaitre (dumping social, fiscal, désastre écologique).
    A-t-il la moindre idée, par exemple, du nombre de traitements (fongicides, insecticides …) pratiqués dans les vergers argentins pour que leurs pommes puissent nous parvenir à un coût défiant toute concurrence (entre 20 et 30).
    En suivant son raisonnement, on pourrait aussi considérer qu’il est stupide de (tenter de) développer une agriculture vivrière dans les pays africains (par exemple), dans la mesure où, la plupart du temps, il est plus « efficace » (c’est à dire moins coûteux à court terme) d’importer les surplus européens ou américains (produits de façon plus « efficace »).
    Qu’il est largement préférable pour eux de se spécialiser dans les cultures d’exportation (cacao, café, coton …) … ce qu’ils on fait …
    Mais on sait malheureusement les désastres induits par cette politique, en vigueur depuis si longtemps.
    On pourrait même aller jusqu’à considérer que les produits alimentaires n’ont pas qu’une valeur « marchande ».
    L’agriculture n’a pas comme seul rôle de produire de la « bouffe ».
    Il faudrait que Mr Silberzahn considère aussi dans son analyse l’ensemble des services écosystémiques fournis par ce qu’il appelle les « petites unités peu efficaces » (voir par exemple, pour ce qui concerne l’élevage les travaux du GIS Elevage Demain sur cette question : https://www.gis-elevages-demain.org).
    On pourrait lui dire que le modèle de développement qu’il prône est (malheureusement) celui qui s’est quasiment généralisé au cours des 30 à 40 dernières années.
    On a donc du recul pour en analyser les « performances » : économiques, sociales, environnementales.
    En ce qui me concerne, et comme M. de Schutter (entre autres), le bilan que je fais est plutôt mitigé (et je pèse mes mots).
    Comme lui, j’ai l’impression que le système alimentaire mondial (produit du modèle de développement tant vanté par M. Silberzahn) est vraiment à bout de souffle.
    Extrait :
    « L’accueil qu’a reçu mon rapport final, que j’ai présenté en mars au Conseil des droits de l’homme des Nations unies, montre un consensus qui aurait été inimaginable il y a six ans. En premier lieu sur le fait qu’il faut aider chaque pays à se nourrir lui-même et que la question de l’alimentation ne pourra pas être résolue par la concentration de la production dans les régions les plus efficientes, l’aide alimentaire et le commerce international. C’est un premier changement de paradigme. »

    En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/planete/article/2014/04/29/olivier-de-schutter-notre-modele-agricole-est-a-bout-de-souffle_4408689_3244.html#IG1tlOq8fHiWRSvK.99

    Bon, je pourrais continuer comme cela encore longtemps.

    Mais je sais que je ne ferai pas vaciller M. Silberzahn d’un mm dans ses certitudes.
    Il est convaincu des bienfaits de la division du travail comme d’autres (et peut être lui-même aussi) sont convaincus que les marchés sans entrave sont efficaces et stables …

    En dépit de tout ce qui s’est passé …

    Alain Ducos

    • Formidable, vous m’avez compris. Je suis impressionné! Je me permettrai, avec votre accord, de reprendre plein d’extraits de votre texte pour de prochaines contributions (sur le nucléaire, les voitures coréennes, les nations unies, etc.) Merci!

  30. Bonjour,
    Merci pour votre article. Je pense cependant qu’à l’échelle d’un producteur il faut se poser la question de la diversification. En effet la diversification des cultures, des produits d’élevages ou autre, permet de limiter l’exposition du producteur au risque (conditions météo, agressions biologiques, variations de prix). Tout comme une entreprise mono produit s’expose plus qu’une société proposant une gamme de produits. En ce sens une production globalisée mono-produit me semble moins pérenne qu’une production relativement locale et diversifiée et ou les retours du consommateurs sont plus proches.

    • Voilà un point tout à fait intéressant. Il s’agit d’un argument différent du mien sur la taille, mais pertinent. Merci (et tiens je ne me fais pas insulter pour le coup)

    • Sans oublier les bienfaits apparents en productivité de la permaculture, tout à fait conciliable avec une digitalisation performante des flux entre producteurs et consommateurs, sans oublier non plus que réduire ses choix nutritionnels en fonction des saisons n’est qu’une faible contrainte…hormis pour les enfants gâtés que nous sommes !

  31. Un raisonnement logique basé sur beaucoup d’hypothèses dangereuses, qui me donne une impression de manipulation informationnelle non désirée par l’auteur (j’ose espérer). L’histoire des pommes industrielles vs pommes du verger.. tout est compliqué aujourd’hui, les réponses évidentes se font rares.. on ne peut plus comparer les pommes que l’on mangeait hier à celles qu’on mange aujourd’hui. Néanmoins au niveau du goût, le verger reste gagnant pour le moment.

  32. Ridicule.
    Les fruits et légumes de la cueillette ou je vais sont moins cher qu’à lidl… Et en plus c’est des vrais fruits et légumes, pas les succédanés habituels de supermarché. Et pour se garer devant c’est l’enfer, tellement y a du monde.
    Bref encore une théorie qui ne dépassera pas le stade papier…

  33. Exactement !! L’industrie alimentaire est si bien organisée, si à l’écoute de ses salariés, si préoccupées de la santé des consommateurs, si précautionneuse de notre environnement, bref… tout est si bien pensé ! Ne prenons surtout pas le risque de déstabiliser notre belle économie avec des filières locales alors qu’elle fonctionne si bien !

    Bravo ! Il en faut des gens avangardistes comme vous !

  34. Sérieusement, résumons votre article de la façon suivante : toute évolution même globalement positive induit des effets négatifs localisés. Mais en disant ça on ne fait pas avancer le monde.

    Je pourrais écrire le même type d’article sur les personnes qui font du vélo plutôt que de prendre la voiture. Bah oui ! Quand on prend son vélo, c’est écolo certes mais c’est dangereux puisqu’il y en a d’autres qui continuent de prendre leur voiture ! Conclusion, ya un bel article à écrire qui s’appellerait : »les effets pervers des cyclistes »

  35. Une « pomme », ça n’existe que sous forme de vision statistique, celle des soviétiques, des économiste et des acheteurs publics. Ce dernier point explique que l’exemple fonctionne. Plus ou moins.
    L’acheteur public respecte une politique d’achats de « pommes », et se fiche éperdument que cela convienne ou non aux acheteurs de ces pommes.
    Alors que dans une logique de libre choix, « non Stalinienne », le caractère « local » est un critère parmi d’autre.
    Quand au producteur dont le « plus produit » est d’être « local », il n’est pas stupide au point de, par une croissance mal ciblée, perdre cet avantage. Sauf si un incompétent ou un égoïste (acheteur de grande surface p. ex.) l’y force. Mais faire croitre les volumes « à l’identique », c’est nécessairement suicidaire. Il a bien plus intérêt à diversifier son offre par des produits transformés (qui ne feront pas nécessairement appel à l’argument « local »). Soit dit en passant, jouer sur les 2 tableaux, les bretons sont champions pour ça… mais pas avec des pommes (ni des cochons).

    Prenons encore l’exemple du vin : jusqu’au XIXème siècle, chaque paroisse produisait forcément un peu de vin… Dès que l’on remontait un tant soit peu au nord, c’était une infecte piquette, mais il en fallait pour la messe. Point barre. Et ce à une époque où, hormis quelques grand crus (trop cher pour le curé de campagne), la durée et les conditions du transport interdisait tout commerce ou presque. Un mur au sud et Basta !
    Il existe une théorie pataphysique selon laquelle, entre boire le pinard local et devenir parpaillots, les habitants du nord de l’Europe ont vite fait leur choix ;-))
    Le phylloxéra et les chemins de fer, plus ou moins concomitants, ont réglé la question, et le replantage de la vigne sur porte greffe américain s’est limité aux régions favorables.
    De nos jour, entre prix et qualité, nulle personne « économiquement sensée » n’imaginerait de planter de la vigne, disons, dans le Nord. Et pourtant, il s’est trouvé des gens pour le faire, et c’est viable ! Et pourtant, aucune cantine scolaire ne leur a passé le moindre marché >;-/
    Mais l’argument « achat local militant » (teinté d’une bonne dose de snobisme, ce « moteur marketing » éprouvé ; plus les progrès de la chimie, « bio » ou pas) leur fournit un « parapluie marché ». Il faut juste qu’ils n’en sortent pas, qu’ils contrôlent leurs circuits de distribution (et n’exagèrent tout de même pas trop coté prix)

    • Ah j’aime bien votre argument. Au moins il est facile à comprendre et il est juste.

      • Pour dire d’enfoncer le clou, je suis allé sur le site de la commission de Bruxelles, ou j’ai découvert (avec ravissement mais sans que ce soit une totale surprise) un texte intitulé : « RÈGLEMENT (CEE) N°920/89 DE LA COMMISSION du 10 avril 1989 fixant des normes de qualité pour les carottes, les agrumes et les pommes et poires de table et modifiant le règlement n°58 ».
        Ce texte liste une petite centaine de variétés de pommes « de table », ainsi que les critères permettant de les répartir entre 3 ou 4 catégories de qualité, sachant que :
        1) ça ne traite que les pommes « de table » ; les pommes « pour tarte », « pour compote » etc ont droit, je présume, à un document à part. Les pommes à cidre aussi.
        2) depuis 1989, il faut compter minimum 1 ou deux modifications par ans. Non pas qu’il apparaisse des nouvelles variétés chez nous à ce rythme, mais les « nouveaux pays » ont leurs propres coutumes. Si la Poldévie Orientale a une espèce de pommes bleues à rayures vertes, et que les plus petites sont les plus recherchées, il va falloir un document en plus, avec des critères particuliers (taille et régularité des rayures, etc.

        Moralité : pas besoin d’être un expert en pomme, les eurocrates savent tout pour vous !
        Et les « simplifications » sont condamnées à l’échec.

        PS rectificatif : il fallait lire « L’acheteur public respecte une politique d’achats de « pommes », et se fiche éperdument que cela convienne ou non aux mangeurs de ces « pommes » »

  36. L’article a le mérite de battre en brèche l’idée toute faite que manger local c’est forcément bien, bon pour la planète, moins cher et que tout le monde y gagne à tous les coups vu que les méchants intermédiaires industriels, transporteurs et grande distribution ne peuvent plus y prendre leur marge. Mais il ne fait que reprendre les théories des avantages comparatifs de Ricardo du début XIXe qui ont depuis été largement critiqués et remis en cause même par les libéraux les plus acharnés. Les dérives de ce mode d’économie qui ne fonctionne que sur les avantages comparatifs de prix sont nombreux et bien connus.
    Bref cet article mérite d’exister pour chatouiller les intégristes des circuits courts qui entraînent effectivement parfois des producteurs, de nouveaux distributeurs militants, dans des situations précaires et sans avenir. Mais il fait planer une fausse menace au dessus des circuits longs qui eux-aussi s’adaptent et ne se privent pas de s’emparer du marché local. Par ailleurs, il rejette trop rapidement ces circuits courts qui présentent de réelles perspectives en terme d’équilibre et d’aménagement des territoires, de goût, de développement d’entreprises agricoles, sous réserve que le travail qui n’est plus réalisé par les intermédiaires industriels, de la distribution ou du transport, soit réalisé de façon suffisamment efficace et bien partagé entre les acteurs.

  37. Bonjour,
    Le vrai danger du « manger » international, l’enfer est pavé de bonnes intentions
    Quel cohérence y a t-il à favoriser le « manger » international?
    Je suis adhérent d’une amap. Le mouvement crée en 2000 compte maintenant 2300 associations et plus de 100000 familles adhérentes. Contrairement à ce que vous affirmez, le consommer local c’est avant tout du produire local (avec les variétés de la région) et non adapter des variétés d’une autre région. Quel bilan pour les amap? On achète des produits fraichement cueillis à maturité (donc plus gouteux et avec de meilleures qualité organoleptiques) pour un prix équivalent à celui de la grande distribution qui, elle, fait venir ses produits d’autres pays. Résultat : des produits de meilleures qualité pour un impact carbone nettement plus faible et un producteur heureux d’avoir une meilleure marge ( car pas d’intermédiaires) et des consommateur satisfaits de savoir ce qu’il consomme et comment cela est produit (des réunions avec l’exploitant sont tenus régulièrement) : Ou est l’inconvénient du consommer local ? Je crains que vos développements relèvent plus de spéculations intellectuelles que de vrais connaissances de terrains.
    Examinons maintenant les gros inconvénients d’une spécialisation des productions par régions.
    Dans les années 60, il a été décidé de spécialiser les régions par productions, fini la polyculture.
    Résultat, la Bretagne est spécialisée dans l’élevage de porc et ne recycle plus ses déjections et rejets de nitrates. Dans la production traditionnelle, ni nitrate (car engrais auto produits), ni déjections car celles-ci étaient réutilisées pour enrichir la terre. Résultat pour le système actuel des rejets polluants produisant des algues vertes que les collectivités locales doivent évacuer au grand bonheur des contribuables qui voient leurs impôts augmenter. Une externalité négative qui est absente de votre schéma de pensée comme d’ailleurs tous les impacts environnementaux. Autre inconvénient dans le système actuel, les couts. L’exploitant agricole se voit contraint d’utiliser des engrais chimiques (issus du pétrole) et des insecticides/ fongicides car les cycles naturels sont ignoré ce qui affaiblit les plantes. Une course achats de nouveau moyen/endettement qui ruine le producteur.
    Il ne s’agit pas de revenir 50 ans en arrière mais simplement de voir sans complaisance les limites de l’agriculture productiviste. Ils deviennent chaque jours plus évidents (pollution, pesticides, cancers, système fou qui ruine les producteurs au bénéfice des intermédiaires etc…)
    Autre externalité négative que vous ignorez, l’impact carbone. Si on tenait compte du réchauffement climatique en instituant une taxe carbone sur les transports, quel serait le vrai prix des denrées issues du commerce international ? Assurément nettement plus élevé. Croyez vous que nous pourrons longtemps ignorer le vrai prix carbone de nos produits ? J’en doute étant donné l’accélération du réchauffement climatique que nous observons jour après jour. Le mouvement de la taxe carbone a commencé et rien ne l’arrêtera même pas les lobbys.
    Il est déplorable que les économistes « mainstream » soient incapables de sortir de leurs bulles. L’économie néo-classique est née dans un siècle où les contraintes physiques étaient absentes de l’analyse économique. Cela se comprenait quand nous étions 300 millions à surconsommer mais maintenant que nous sommes 1.5 milliard cela devient totalement incongru. Cette économie « hors sol » (comme l’agriculture productiviste !) n’a plus aucun sens. Parlons maintenant d’une autre contrainte physique qui ne tardera pas à sonner à la porte, le pétrole. Nous avons atteint le pic pétrolier : cela a été masqué par la crise qui a provisoirement ralenti la demande mais la baisse de production de pétrole ne tardera pas car beaucoup de pays ont atteint leur pic de pétrole conventionnel (Algérie, Venezuela, Etats-Unis, Mexique, Russie, GB notamment). Quel en seront les conséquences ? La fin du pétrole bon marché. Le commerce international sera en parti condamné car il repose sur un pétrole bon marché pour faire marcher navire avions et camions (et aussi engrais et agriculture mécanisée). Il deviendra absurde d’acheter des crevettes en Thaïlande, de les faire décortiquer au Maroc pour les vendre en suède. Je vous invite à ce sujet de lire le site de jean-marc jancovici, manicore. Cet ingénieur energie –climat écrit de nombreux livres bien documentés avec Alain Grandjean :
    https://www.manicore.com/documentation/petrole/pic_futur_petrole.html
    Si vous voulez creuser le sujet du pic pétrolier, je vous conseille l’excellent livre (fort bien documenté) d’Yves cochet « pétrole apocalypse ».
    Un peu de physique, cela devrait être obligatoire.
    L’économie classique ne pourra pas éternellement ignorer ces externalités car la vérité c’est que les prix actuellement pratiqués par les marchés ne reflètent pas les contraintes environnementales et physiques. Cela ne durera pas quelque soit les technologies que nous espérons et qui ne sont bien souvent que des leurres. Ce qui compte à la finale c’est les ressources physiques et pas les prix de marché. Comme vous le dites si bien, il y a ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas.
    Au passage, je ne donne pas cher de la spécialisation internationale que vous affectionnez tant. Du reste cette spécialisation est elle toujours souhaitable ? Appliquée à la lettre, elle enfoncerait les pays pauvres dans leur pauvreté. Les émergents qui s’en sont sorti sont ceux qui ont fait des entorses à ce principe. Si le Portugal était resté à une spécialisation sur le vin (comme l’expliquait Ricardo) il serait resté très pauvre. Heureusement qu’il n’a pas écouté Ricardo !
    Encore une objection dans votre conclusion : vous expliquez la chute de l’empire Romain par l’effondrement du commerce international. D’où cette explication ? Vous confondez cause et conséquence : aucun historien n’a mis en avant cette thèse. C’est le déclin de l’empire romain qui a rétrécie le commerce international et non l’inverse.
    Bien cordialement, Thierry Dudit

  38. Bonjour Philippe,
    Vous aimerez peut-être lire le billet que j’ai fait en réponse au vôtre : colsnoirs.com. Très cordialement, Miguel Aubouy.

  39. Pourquoi les réactions s’attachent-elles à décrire des comportements d’acteurs sensés et des agencements d’échanges économiques concrets? La publication n’est pas sur ce terrain, elle déroule une fable enfantine qui ne nous parle que de concepts. Un concept de « pomme » y côtoie le concept d’ « échange.créateur de valeur » pour aboutir à la morale lapidaire : « la consommation locale est une aberration économique et écologique, et ignorer les principes de la division du travail, c’est s’exposer à de graves déconvenues. ».Les acteurs de cette fable, Sophie et Jacques, sont manifestement très limités intellectuellement, incapables d’adaptation, n’ayant pas trouvé parmi les 20.000 variétés de pommes celle qui les démarque de la pomme argentine, ne pouvant imaginer diversifier leur production ou la transformer ne serait-ce qu’en jus ou compote histoire de capter encore plus de valeur dans le circuit court. Pourtant la publication ne mérite pas ces réactions outrées puisque son auteur nous a prévenus précédemment en déclarant que « (…) la recherche en management moderne est menacée du même syndrome que la scolastique à la fin du moyen-âge: une éblouissante puissance intellectuelle consacrée à ne rien produire d’intéressant, ni en théorie, ni en pratique(…) ». Nous y sommes.
    J’invite les contempteurs de la publication à compléter leur information en se tournant du côté des économistes, par exemple ceux de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture), qui voient d’un tout autre œil la spécialisation des pays subsahariens dans des cultures exportées (notamment le soja) au détriment des cultures vivrières de circuit court:
    • Les pays qui n’ont pas réussi à diversifier leurs économies et à réduire leur dépendance aux cultures d’exportation enregistrent une croissance bien inférieure à la moyenne.
    • L’agriculture, l’économie dans son ensemble et la sécurité alimentaire de plusieurs pays en développement continuent de dépendre de plusieurs cultures pour lesquelles les conditions du marché mondial sont non seulement erratiques mais tendent, globalement, à la baisse des prix en termes réels.
    L’exploitation de 200 ha en Argentine contre 12 ha en France (la moyenne pour la Pomme serait d’ailleurs plutôt de 5 ha selon le Service de la statistique et de la prospective du ministère de l’Agriculture) ne les fait pas rêver non plus puisqu’ils constatent que dans les systèmes extensifs d’agriculture l’érosion des sols, leur épuisement et la déforestation, conduisent à une baisse des rendements. Tandis que dans les systèmes de culture irriguée intensive, on observe des phénomènes de salinisation, d’engorgement des sols par l’eau et de pénurie d’eau.
    Non seulement la théorie du jeu à sommes positives du libre-échange formulée par Ricardo ne trouve pas à s’appliquer du fait qu’elle méconnait les externalités comme l’on noté la plupart des commentateurs ci-avant, mais surtout, elle n’a jamais été autre chose qu’une théorie puisqu’à aucun moment les hypothèses qui la sous-tende n’ont été observables :
    • la valeur du travail n’est pas égale au prix multiplié par la quantité de travail (pierre d’achoppement de la construction européenne entre autre)
    • la concurrence n’est pas parfaite (multitude de biais)
    • Il n’y a pas immobilité des facteurs de production au niveau international (seules les marchandises devraient circuler pour cela et non comme on l’observe les travailleurs et le capital immatériel qui n’a jamais circulé autant et aussi vite tout en représentant une part croissante parmi les facteurs de production)
    • la productivité n’est pas constante.

    L’impossibilité de ces 2 dernières hypothèses, le spécialiste de l’innovation que vous êtes, nous les démontre article après article.

  40. gros probleme sur l’hypothèse de départ : le consommer local reposerait sur l’idée fausse que cela conduirait à produire tout dans une aire géographique délimitée dans des conditions de sous efficacité. les maraichers ne produisent que des produits agronomiquement adaptés à leur zone de production et dont ils maitrisent les techniques de production. hors de question de produire des agrumes en alsace ou des ananas dans le pas de calais. vos problèmes de sous efficacité n’ont pas de sens. dés lors pas de subventions à envisager. au passage qui touche le plus de subventions de la Pac ? Ce sont les gros producteurs de céréales de la brie et de la bauce. Ce ne sont pas les maraichers et producteurs de fruits qui menaceraient nos porte monnaie. vous devriez adopter une démarche de terrain en observant les réalités. elles remettent toujours en cause les approches théoriques.

  41. Acteur digital permettant de favoriser le développement des circuits courts et filières de proximité, nous nous sommes intéressés à votre article. Le problème de ce genre d’analyse, c’est que la théorie économique et la réalité ne sont souvent pas alignées.

    Entre défendre la division du travail et la spécialisation pour créer des filières longues d’une part et défendre bec et ongles la consommation 100% locale, il n’y a un juste milieu.

    Si vous vous étiez intéressé de plus près aux initiatives de création de projets alimentaires territoriaux, vous auriez pu remarquer que contrairement à vos exemples, les acteurs publics diversifient leurs approvisionnements pour justement pouvoir pallier à ce genre de biais (faibles rendements, favoriser des acteurs 100% locaux)

    Faites la différence entre filière de proximité, ventes directes & circuits courts, regardez ce qui se passe sur le marché ….

    En tous les cas, votre publication est intéressante

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