Pourquoi « Produire français » est un slogan stupide et dangereux

En cette période électorale, l’ère est aux sophismes et nous ne sommes guère épargnés en la matière. Celui qui fait fureur en ce moment, c’est « Il faut produire français ». Et tous les candidats de visiter une usine en cours de fermeture pour affirmer leur attachement à l’industrie. L’ironie, ou plutôt la tristesse, de voir l’Amérique célébrer Apple et Facebook et l’Allemagne Volkswagen, tandis que la France pleure sur Lejaby, Florange et Petroplus, semble leur échapper. En effet nous ferions face à une invasion de produits chinois qui détruirait notre industrie et donc nos emplois.

Le raisonnement est simple: les chinois fabriquent des produits moins chers, donc nous les leur achetons. Ce faisant, nous n’achetons plus ces produits à des entreprises qui fabriquent en France, ce qui amène à la fermeture d’usines et au chômage. Donc, acheter des produits à l’étranger entraîne l’augmentation du chômage. Ceci d’autant que les pratiques commerciales chinoises sont mises en doute. L’argument avancé est donc souvent celui de la naïveté, un de ceux préférés du député Arnaud Montebourg notamment. On entendait ainsi récemment le commissaire Européen au commerce indiquer « Je suis pour la liberté du commerce, mais je ne suis pas naïf. » Un peu comme certains disent « Je ne suis pas raciste, mais… » L’idée est que nous aimerions bien être libre échangiste, mais les chinois eux ne le sont pas, alors, que voulez-vous, il faut bien défendre nos emplois. S’ensuit alors une nouvelle proposition de restriction et de contrôle. Or l’argument « acheter des produits à l’étranger entraîne l’augmentation du chômage » est faux, mais comme tous les sophismes, le raisonnement semble ‘imparable. Démontons-le. Le raisonnement sera le même que celui que j’ai utilisé pour montrer que la baisse des prix est bonne pour l’emploi.

D’abord, on commencera par noter que l’expression « Produire français » ne signifie rien. Une Renault fabriquée en Slovénie ou une Toyota fabriquée à Valenciennes sont-elle françaises? La question est encore plus complexe si l’on sait en outre qu’une large partie des composants de cette Toyota est fabriquée à l’étranger, tandis que ceux de la Renault, donc fabriquée en Slovénie, proviennent en majorité de France. Ainsi dans la voiture d’une entreprise française fabriquée en Slovénie, nous aurons un siège fabriqué en France avec du tissu italien, lui-même fabriqué avec des machines japonaises. Même le poulet de Bresse peut être nourri avec des graines achetées à l’étranger. Ça devient compliqué le protectionnisme…

Mais de manière plus profonde, ce que les mercantilistes ont du mal à comprendre, encore de nos jours, c’est que le commerce est toujours basé sur une réciprocité qui fait gagner les deux parties. Quand nous achetons les produits que les chinois fabriquent, ils gagnent de l’argent. Que font-ils avec leur argent? Et bien ils achètent, entre autres, des produits fabriqués chez nous. Prenons l’exemple du luxe, un secteur où la France est très présente. On estime que 44% des ventes mondiales de produits de luxe seront réalisées en Chine d’ici 2020, contre 15% actuellement; il y a plus de 1.500 chinois à la tête d’une fortune de plus de 100 millions d’Euros (Le Figaro). Selon le cabinet Bain & Cie, les Chinois ont dépensé près de 11 milliards d’euros en produits de luxe, dont 56% achetés à l’étranger, donc en partie chez nous. Ainsi le groupe de luxe français LVMH réalise plus de 700 millions d’euros de chiffre d’affaire en Asie et ne craint pas d’expliquer qu’il compte sur ses ventes en Chine, en pleine explosion, pour sortir plus vite de la crise. Oui vous avez bien lu: grâce à l’argent que les chinois gagnent en nous vendant des t-shirts et des ordinateurs, ils nous achètent plus de produits de luxe et permettent à nos entreprises de sortir de la crise. Ça s’appelle le commerce.

Nous achetons des t-shirts à la Chine pour la même raison que nous achetons notre pain au boulanger plutôt que le faire nous-mêmes: nous y trouvons intérêt, et notre boulanger aussi. Cela s’appelle la division du travail. Nous échangeons notre temps et notre énergie contre de l’argent et de l’expérience: ce n’est pas juste que le boulanger fait ce que nous pourrions faire stricto sensu, c’est qu’il le fait beaucoup plus efficacement. C’est cette efficacité qui est à la base du gain à l’échange. Le boulanger se spécialise dans la fabrication du pain, moi dans la fabrication du vin, et il faudra moins de travail au global pour produire une même quantité de pain et de vin grâce à cette spécialisation, ce qui entraînera une baisse des coûts, donc des prix. Remettre en cause l’achat de t-shirts à la Chine, c’est donc contester les bénéfices de la division du travail; cela revient exactement à vouloir que chaque français fasse son pain et cultive sa vigne. Ou si ce n’est pas cela, alors c’est de la xénophobie: la division du travail serait acceptable entre français, mais pas entre français et chinois.

Personne donc ne nous force à acheter un t-shirt chinois. Il s’agit d’une relation librement consentie entre adultes: Nous le faisons parce que nous y trouvons intérêt, et les chinois aussi. Bien sûr, à cela on rétorque immédiatement: oui, mais ce qui peut être bon pour l’individu (un t-shirt moins cher) est mauvais pour la collectivité (plus de chômage car nous ne fabriquons plus de t-shirts en France). A cela il faut répondre la chose suivante (ce que Frédéric Bastiat a fait il y a 150 ans, mais apparemment ça vaut la peine de le répéter en le paraphrasant) à partir d’un exemple simple: Imaginons que fabriquer un t-shirt en France coûte 40€, et que nous devions le vendre à 60€ pour faire un profit. Fabriquer un t-shirt en chine coûte 20€ et nous est vendu 40€. En achetant le t-shirt chinois, le consommateur français économise 20€, qu’il peut consacrer à acheter autre chose (place de cinéma, glace, etc.). Son pouvoir d’achat augmente donc; il gagne relativement plus sans travailler plus. Le chinois, lui, a empoché un bénéfice de 20€. Mais ce n’est pas tout. Les 40€ qu’aurait dépensés une entreprise française pour fabriquer le t-shirt sont désormais consacrés à fabriquer autre chose, mais de manière plus efficace. Quoi donc? Des parfums par exemple. Chez LVMH. Pour des chinois, par exemple. En effet, il vaut mieux, avec ces 40€, fabriquer un parfum vendu 70€ qu’un t-shirt vendu à 60€: dans le premier cas, la valeur ajoutée (richesse créée) est de 30€, dans le second cas de seulement 20€. En France, les 40€ sont donc plus efficaces chez un parfumeur que chez un fabricant de t-shirt, comme le boulanger est plus efficace que moi pour faire le pain. Cette efficacité se traduit au cours du temps par des salaires, des revenus des fournisseurs de parfumeurs, et des rémunérations d’actionnaires (qui achètent de maisons et des services) qui enrichissent le pays. Certes, le commerce avec la Chine entraîne un effet négatif immédiat, la perte d’emploi chez le fabricant de t-shirt, tandis les effets bénéfiques de ce commerce sont progressifs. Mais le bilan global est positif, l’absence de commerce appauvrirait les deux parties. Dès lors, la question ne doit pas être d’interdire ou de limiter ce commerce, mais éventuellement d’accompagner le secteur du t-shirt en facilitant sa reconversion (ce que Bastiat admettait volontiers).

En conclusion, nous avons tout intérêt à développer le commerce avec la Chine, et plus généralement l’étranger. Directement parce qu’importer des produits moins chers (t-shirts) améliore le pouvoir d’achat des français, et indirectement parce que la spécialisation induite sur des industries où nous créons plus de valeur ajoutée renforce nos secteurs d’excellence et donc notre industrie et donc notre emploi. Le slogan « produire français » est donc stupide parce qu’il ramène la pensée économique au mercantilisme qui voit l’économie comme un jeu à somme nulle alors que les deux parties tirent généralement avantage d’une une transaction commerciale équilibrée. Ce slogan est aussi dangereux parce qu’il nous détourne des vraies questions que sont les sources de la faiblesse du tissu industriel français et son inadaptation à la concurrence internationale, à de notables exceptions près, comme LVMH. De nombreux pays profitent de la mondialisation parce qu’ils savent en tirer les avantages, nous semblons n’en subir que les inconvénients. Défendre des secteurs en déclin et des entreprises non concurrentielles est une manœuvre tactique et médiatique peut-être payante à court terme, mais sans espoir à long terme. Soixante ans après, l’observation de Léon Blum reste ainsi vraie: « Tandis que la règle du capitalisme américain est de permettre aux nouvelles entreprises de voir le jour, il semble que celle du capitalisme français soit de permettre aux vieilles entreprises de ne pas mourir. »

Sur le protectionnisme, voir mon billet sur l’affaire Ingenico.

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20 réponses à “Pourquoi « Produire français » est un slogan stupide et dangereux

  1. Pingback: Les motivations suspectes de la campagne pour relancer l’industrie en France « Le blog de Philippe Silberzahn

  2. Bonjour,

    vous défendez ici pour l’essentiel la thèse de l’avantage comparatif théorisée par Ricardo, qui commence à dater (début 19e siècle). Le point de vue est simplifié voire parfois simpliste, il a été plusieurs fois amendé par les penseurs économistes du 20e siècle. Certains disent justement que nous arrivons aux limites de l’efficacité du libre échange, justement de part l’imperfection de la concurrence, et d’autre part par l’atteinte cycliques de limites de productivité.

    L’efficacité avec laquelle les chinois peuvent produire des iPhone, démontrée lors d’un récent article du NY Times à propos d’une conversation entre Jobs et Obama, nous montre qu’Apple sous-traite sa production aux gigantesques ateliers chinois où des milliers d’entre eux peuvent être réveillés en plein milieu de la nuit, nourri d’un bol de soupe et de riz, pour se mettre immédiatement à assembler les composants. Autrement dit, la compétition (et l’efficacité) se joue ici sur les normes sociales, et pas seulement sur la gamme de produit.

    Les Etats Unis, à la pointe mondiale de l’innovation technologique, montant en gamme dans des produits comme l’iPhone ou l’iPad, ne profitent donc pas du tout de ses retombées en terme d’emploi. Ceci fausse complètement la vision de l’avantage comparatif qui a été inventée sur la base d’échanges commerciaux et de produits beaucoup plus simples.

    Les monnaies (taux de change chinois, QE américain et dissymétrie du rôle du dollar) ne sont pas totalement libéralisées elles, vous omettez de parler de cet aspect important dans les équilibres du libre échange.

    Ainsi, la division du travail a pleinement du sens dans un bassin d’emploi soumis peu ou prou aux même règles normatives. Elle se trouve biaisée dans le cas contraire. Reste à analyser en détail la pertinence du biais en terme de création de valeur globale.

    Par ailleurs, vous êtes vous posé la question du lieu de fabrication de nos parfums et nos objets de luxe que vous proposez comme compensation des emplois perdus sur les T-shirts produits en Asie ? Equilibre en trompe l’oeil… Nos seules productions strictement non délocalisables sont l’agriculture AOC et le tourisme. Et bien sur la distribution locale (mais celle ci ne crée pas de valeur d’échange au niveau du commerce mondial).

    Le libre échangisme mondialisé montre des déséquilibres continus et gigantesques (actuellement USA fortement déficitaires, Europe globalement neutre (mais mêmes déséquilibres structurels à l’intérieur), Asie fortement bénéficiaire), qui ont été réglés par l’endettement du coté occidental jusqu’à maintenant.

    Ces déséquilibres se sont accentués fortement depuis 30 ans,au fur et à mesure de la libéralisation mondiale des échanges.

    Le laissez-faire laissez-aller a tout de même subi un petit retour de boomerang concernant la finance voici plus de 3 ans…

    Il est peut être temps de se poser la question de régulations optimisées pour tous au 21e siècle ?

    • Bonjour
      Merci de votre long commentaire. Plusieurs points en vrac: la théorie du libre échange date effectivement du XIXème siècle, mais l’âge, que je sache, ne discrédite pas une théorie, seulement sa valeur. Vous n’ignorez pas que les théories protectionnistes datent de la même époque, c’est à elles que Bastiat réagissait… Quant à la compétition, elle ne se fait pas du tout sur les normes sociales dans le cas de l’iPhone: les marges d’Appelle sont telles qu’elle pourrait aisément augmenter la qualité des conditions de travail en restant profitable. Il est regrettable qu’elle ne le fasse pas, mais ce n’est pas un facteur de compétitivité. Quant aux retombées en termes d’emplois de l’iPhone, détrompez-vous: elles sont énormes, notamment pas l’écosystème créé autour des applications mobiles. Je suis d’accord que les différences de règles peuvent biaiser la concurrence, mais certaines règles favorisent un acteur, d’autres règles en favorisent d’autres. Quant à affirmer que nos seules productions délocalisables sont l’agriculture AOC et le tourisme, je trouve cela tellement drôle – non plutôt regrettablement pessimiste, et faux. Bon allez on ne va pas tout égrener.
      Bonne journée.

      • Bonjour,

        une théorie n’est effectivement pas discréditée par son seul âge, mais dans le cas présent les conditions d’opérations ont fondamentalement changé la perspective d’application de la théorie originale, de nombreux experts en ont discuté depuis, il faut quand même le rappeler aussi. Ricardo n’est plus applicable au premier degré depuis longtemps.

        Concernant l’iPhone et l’idée qu’Apple puisse faire revenir les emplois, je vous invite à lire l’article du NYC relatant l’échange Jobs/Obama. Ce n’est pas une question de marge. Le business model d’Apple (de plus en plus copié de par son succès), se fonde sur le secret de fabrication d’un produit, qui lui permet d’obtenir une exposition médiatique gigantesque et gratuite lors de son annonce, tout en pouvant approvisionner les magasins au plus vite pour profiter de l’effet d’annonce et ne pas laisser le désir du consommateur s’émousser. Or la seule manière de réussir ce tour de force est d’être capable de lancer la fabrication du produit au dernier moment en très grande quantité pour pouvoir gérer les flux tendus de distribution sur la planète entière. Seuls des ouvriers chinois extrêmement nombreux et malléables permettent cet état de fait aujourd’hui.

        Je connais de plus en plus de développeurs d’applications mobiles qui sous-traitent en chine pour les mêmes raisons de flexibilité et de coût. Les indiens et les chinois ne sont pas de moins bons développeurs que les occidentaux.

        Pour les productions non délocalisables autres que l’AOC et le tourisme, je suis curieux que vous me donniez au moins un bon exemple plutôt que de rire tout seul 🙂

      • Que cherchez-vous à démontrer? Zara travaille aussi à flux tendus et la majorité de sa production est faite en Europe. Tous les secteurs ne travaillent pas avec les mêmes impératifs qu’Apple. Je connais bien l’industrie du logiciel et les limites de la sous traitance en Inde…
        Merci

      • Zara, que vous citez, est effectivement plutôt un contre-exemple. Je pourrais aussi parler de Bolloré et ses Blue Car dont les batteries sont fabriquées en Bretagne. Mais ce sont des arbres qui cachent la forêt.

        Ce que je cherche à démontrer ? Que la théorie de l’avantage comparatif que vous décrivez avec enthousiasme est globalement biaisée, et que le libre échange nécessite des stabilisateurs. Le laissez-faire laissez-aller appliqué strictement, s’il s’accommode de forts différentiels de normes de travail, verra la tendance à la délocalisation fortement se concentrer, dans un résultat sociétalement contre productif.

        Pour votre information, j’ai aussi travaillé dans le domaine high tech sur 4 continents, j’en ai une certaine expérience.

        PS: J’attends toujours un exemple de production échangeable non délocalisable hors notre AOC et notre industrie du tourisme.

  3. Anne-Caroline Tanguy

    En adulte libre et souhaitant des relations commerciales librement consenties , je prefere pour ma part acheter des T-shirts, vetemements, jouets et autres biens qui soient produits dans des conditions décente tant du point de vue humain qu’écologique, plutot que du made in China dont j’ignore tout des processus de fabrication (tissus, teintures, composantes…) utilisés et où je sais qu’une grande majorité des enteprises pratiquent des conditions de travail inhumaines. Oui je prefere payer plus cher un produit de qualité fabriqué par des gens traités correctement. Et je suis gagnante car en en général mon produit dure bien plus longtemps par rapport à un zoom zoom chinois qui très souvent finit vite à la poubelle . Le jour où la Chine et d’autre pays dit à bas salaires produiront plus proprement et appliqueront des regles sociales acceptables; on en reparlera.

    • Bonjour
      Merci de votre commentaire. Vous soulevez un point important, qui est un grand classique de l’argumentation protectionniste. Toute industrialisation nouvelle se fait dans des conditions difficiles au début, en particulier pour les ouvriers, mais aussi pour l’environnement. Il en a été de même. A supposer que notre pays soit un modèle social, cela n’a pas toujours été ainsi. Il est intéressant cependant de noter que les salaires chinois sont désormais en très forte augmentation, à tel point que l’avantage « coût du travail » dont a bénéficié la Chine durant près de trente ans a pratiquement disparu. Se développe désormais une classe moyenne à pouvoir d’achat croissant. Certes inférieur au nôtre, mais peu d’entre eux serait prêt à retourner dans la ferme de leurs parents. Quant à l’idée que systématiquement les produits français sont plus respectueux de l’environnement, et plus durables, elle me paraît à tout le moins bien optimiste. En outre, c’est oublier que le plus souvent, les chinois – en particulier les sous-traitants, fabriquent ce que leur demandent leurs clients, et ils fabriquent comme le leur demandent leurs clients occidentaux. Vous n’iriez pas dire que les iPhones et iPads sont des « zoom zoom » qui finissent à la poubelle, ils sont au contraire d’excellente facture. Quant aux conditions sociales du sous-traitant d’Apple, elles ont justement été critiquées et il est regrettable qu’Apple s’en satisfasse, mais là encore, la faute est chez Apple, pas (en tout cas pas exclusivement) chez son fournisseur.
      Bien à vous

  4. Bonjour,

    Votre argumentaire tourne principalement autour de considérations économiques et de transferts de masses financières. Or, ce que l’on entend dans la compagne présidentielle, au début chez Bayrou puis chez les autres candidats, ne tournent pas vraiment autour de l’argument économique, stricto sensu. Il est avant tout politique et se veut une idée fédératrice, un projet commun. Par exemple, aujourd’hui, vous avez de plus en plus de personnes qui achètent du Bio. Par delà l’aspect santé et durable, il s’agit avant tout d’un état d’esprit orienté vers une idée du mieux vivre et d’une meilleure relation à son environnement. Je ne parle pas là de la réalisation de cette idée, mais bien du principe moteur premier qui se trouve réalisé.

    De plus, en approfondissant votre argumentaire sur la division du travail, on aboutit à une spécialisation non plus des individus mais des pays. Et là, on se retrouve face à un écueil non plus économique, mais politique – encore – puisqu’il arrivera à un moment où l’indépendance même du pays pourra être remise en oeuvre : dépendance énergétique, dépendance alimentaire, dépendance technologiques. Bien sûr certaines – spécifiques – existent déjà. Mais ce n’est pas une raison.

    Donc, en reconsidérant ce « produire en france » non plus sous l’angle économique, mais en tant que projet de société, le slogan n’est plus si dangereux. Cette vision fédératrice inclut autant notre production de luxe que des ouvriers qui fabriqueraient de T-Shirt. Pour la capacité de production, là, il faudra s’adapter au marché. Je ne pense pas que tout le monde souhaite acheter chinois. Je pense qu’une partie du marché pourrait se tourner vers la production française.

    Cordialement,

  5. Bonjour,

    Tout d’abord, merci pour votre article. une belle plume, qui résume clairement les théories du libre-échange. Cependant, je crois que le sujet initial est au sujet du « Produire Français », et des bénéfices du libre-échange. Ce n’est pas tout à fait la même chose et en tout cas pas contradictoire.
    Ce n’est pas parce qu’on défend le « Made in France » qu’on est nécessairement protectionniste (même si dans certains cas, je pense au programme de Marine Le Pen, c’est bien de cela qu’il s’agit). Il peut tout aussi bien être question du thème de la compétitivité française. Alors oui, dans l’idéal le Chinois aura sa spécialisation sur les T-Shirts, le Français sur les parfums et tout le monde y a gagné. Sauf que la réalité n’est pas si simple d’une part parce que la concurrence pure et parfaite n’est l’est justement pas (je me réfère aux messages précédents) et d’autre part parce que les domaines de spécialisation ne permettent pas forcément d’équilibrer les échanges et c’est bien pour cela que l’on creuse notre déficit commercial.

    Pour résumer « Produire Français » ne signifie pas nécessairement « TOUT produire en France » (stratégie de substitution aux importations ?) mais bel et bien « ETRE COMPÉTITIF sur nos domaines de compétences ». Si possible sur des secteurs à haute valeur ajoutée.

    Or, c’est là que le bât blesse : notre avantage compétitif est remis en cause dans de nombreux domaines. Le nucléaire, par exemple. Et peut-être bientôt…la Chine sur l’aéronautique ?
    Si on l’envisage sous cet angle, il est bien possible que le « produire Français » ait un sens.

    Mais tout cela, c’est si on reste dans une optique « défendre notre niveau de vie ». Personnellement, je ne suis pas scandalisé qu’il existe un phénomène de développement dans toute une partie du monde qui jusqu’alors en était exclue. Il faudra peut-être qu’on apprenne à vivre autrement et c’est là que les concepts de développement durable ou de consommation collaborative prennent tout leur sens, selon moi.

    Cordialement,

    • Bonjour
      Merci de votre commentaire. Je partage votre point de vue. La compétitivité de notre industrie est bien évidemment un sujet de toute première importance. En revanche je ne suis pas d’accord lorsque vous dites: « les domaines de spécialisation ne permettent pas forcément d’équilibrer les échanges ». En effet, une faiblesse soulignée depuis longtemps de l’industrie française est précisément son manque de spécialisation.
      Enfin, l’augmentation du niveau de vie dans les pays autrefois pauvres ne peut que nous servir. Au contraire du mercantilisme, les théoriciens du libre échange montrent que le commerce est bénéfique aux deux parties. Si les chinois s’enrichissent, cela nous profitera, même si nous devons pour cela modifier la structure de notre industrie.
      Merci

  6. Pingback: Patriotisme économique et marine à voile, l’absurde affaire ‘Ingenico’ « Le blog de Philippe Silberzahn

  7. Ça n’est pas toujours avantageux pour la société dans son ensemble d’échanger. En particulier, « l’inégalité des termes de l’échange » existe souvent. On peut penser à l’inondation du marché indien par les textiles anglais dès le XIXème siècle qui a tué la production locale en Inde. A l’inverse, on peut penser l’achat à bas prix de la production européenne de lin par les chinois qui, après tissage, nous revendent le produit fini. On peut aussi penser à l’exportation des pommes de terre irlandaises vers l’Angleterre en pleine grande famine (les anglais ayant plus d’argent, ils pouvaient les acheter plus cher que les irlandais, même si ces derniers mourraient de faim).

    En tout cas, que la théorie de l’avantage comparatif soit juste ou fausse dans le cas de la France et de la Chine, cet article n’explique pas comment réduire le déficit de la balance commerciale française :
    – réduire le coût du travail ?
    – augmenter la productivité ?
    – relancer l’industrie ?
    – « innover » plus ?

    • Merci pour votre commentaire. L’Inde et l’Irlande sont deux exemples de volonté politique de distordre le commerce. En Irlande, si les pommes de terre rapportaient plus en étant vendues, en bonne logique l’argent gagné aurait du permettre d’acheter PLUS de quoi se nourrir en Irlande, si cet argent n’avait pas été détourné. Il est exact que mon article n’indique pas comment résoudre le commerce extérieur, car ce n’était pas son propos.

  8. Messieurs, je me régale! CN, je suis fan!

  9. Pierre-Olivier Malaterre

    Tout n’est pas faux, mais tout n’est pas juste non plus.
    Il faut quand même être conscient du fait que si j’achète un produit made in China ou made in India qui est fabriqué dans des conditions sociales (cout, horaires, age, liberté d’expression, etc), environnementales (déchets, pollutions), industrielles (non respect des brevets) très différentes que celles en Europe ou USA, et que je fais cela pour des raisons de cout (et pas d’innovation) alors je cautionne ce système.

  10. Pingback: Best of articles de l’année 2012 | Le blog de Philippe Silberzahn

  11. Echange très intéressant, notamment entre l’auteur de l’article et le très pertinent « CN ». Je note surtout que l’auteur fait preuve d’une tendance, très répandue me semble-t-il chez les partisans du libre-échange, à raisonner en des termes extrêmement théoriques, en illustrant ensuite ces raisonnements par des exemples simples au point d’en être simplistes. Il est vrai bien entendu qu’une théorie (philosophique) ne perd pas de sa pertinence à cause du passage des années voire des siècles, mais on peut quand même émettre de sérieuses réserves sur la capacité prétendument illimitée de la fameuse image ricardienne (le drap anglais vs le vin portugais) ou de ses avatars modernisés (le t-shirt chinois vs le parfum français) à expliquer le fonctionnement du commerce mondial à travers les âges…
    Le problème des inégalités de conditions de travail est ici évacué de façon assez bizarre : parlant de l’exemple de l’Iphone, il est affirmé qu’Apple pourrait maintenir son efficacité (et son leadership sur le marché ?) tout en assurant aux ouvriers de ses sous-traitants des conditions que nous trouverions dignes, et qu’il est simplement « dommage » (sic !) qu’il ne le fasse pas… C’est tout. Bon…
    La question de la réciprocité des conditions d’accès aux marchés de part et d’autre, quant à elle, est tout simplement escamotée, on dirait qu’elle n’intéresse pas l’auteur (mieux encore, celui-ci se contente d’un sous-entendu douteux qui rapproche le raisonnement de toute personne se méfiant d’un libre échange asymétrique des structures de la pensée raciste… – beau raisonnement !). Cette question est pourtant décisive à l’heure actuelle, et conditionne le degré de « réalisme » qu’on peut trouver aux différentes approches de la question du protectionnisme récemment relancée. Peut-on raisonnablement continuer dans la voie de la « naïveté » (je cite) consistant à abattre unilatéralement ses barrières douanières en attendant un hypothétique retour ? Voilà qui mérite plus qu’une pirouette si on veut débattre sérieusement.
    Je ne vois hélas rien dans cet article qui me convaincrait que le libre-échangisme représente autre chose qu’une belle construction théorique (intemporelle, celle-là, en effet !) mais qui ne brille que tant que l’on prend soin d’en écarter toutes les éclaboussures d’un réel si mal fichu et illogique qui vient toujours la contrecarrer par la politique, la législation, les réalités sociales etc. Méchant réel !

  12. Pingback: Le vrai danger du « consommer local  | «Le blog de Philippe Silberzahn

  13. Les protectionnistes prétendent que la théorie ricardienne du libre échange n’est plus valide aujourd’hui … parce que les conditions économiques auraient changées. Deux choses « nouvelles » changent complètement la donne et remettent en question toute la théorie de Ricardo :

    – les écarts en matière de normes
    – la non réciprocité d’accès au marché

    OK … c’est bien gentil de nous présenter des choses soit-disant « nouvelles » qui remettent en cause la validité de la théorie mais encore faudrait-il le démontrer.

    En réalité, peu importe qu’il y ait des différences en matière de normes, ça ne change absolument rien. La théorie de Ricardo est valable quelle que soit le prix des produits et quelques soient les normes des pays. Si les normes laxistes des pays émergents font baisser les prix, tant mieux pour les autres. Ils peuvent acheter leurs produits moins chers.

    Idem pour la non-réciprocité. Les droits de douanes des autres pays renchérissent nos exportations, et alors? Si on exporte moins, on importe moins mais la théorie ricardienne est toujours valide. N’oubliez jamais que le commerce est un échange. Les exportations financent les importations. Ricardo l’avait bien compris avec son exemple du drap et du vin. Manifestement les pseudo-économistes modernes l’ont oublié. Ils s’embrouillent parce qu’ils incluent l’argent dans leurs raisonnements. La confusion monétaire est la source de la plupart des confusions économiques. A vous lire, on dirait qu’on pourrait acheter la totalité de nos consommations à la Chine sans rien leur donner en échange (ou alors des billets de monopoly). Les Chinois ne sont pas si charitables au point de travailler gratuitement. S’ils prennent nos euros c’est pour les dépenser. Si un pays ne faisait qu’acheter des produits sans rien vendre en échange, à moment donné, il serait à court d’argent. Pour que l’argent revienne, il a besoin de vendre. Ce qui est vrai pour un individu est vrai pour un ensemble d’individus. Notre balance commerciale est déficitaire uniquement parce que nous achetons nos produits à crédit. La balance des paiements est toujours équilibrée.

    Protectionnistes, vos pseudo-arguments ne réfutent pas Ricardo. Ils ne prouvent qu’une chose : que vous êtes ignares en économie.

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