Internet Explorer: le dilemme de Microsoft face à Firefox

Dans un billet précédent, j’expliquais pourquoi je pense que Firefox n’a pas grand chance de réussir face à Internet Explorer. Je ne m’attarde pas sur les réactions hystériques de quelques intégristes qui par leur excès et leurs insultes déshonorent la cause qu’ils défendent. Malgré eux, et heureusement, un débat de fond passionnant a pu être engagé, mais la question reste entièrement posée. Pour résumer, mon raisonnement est que Firefox, malgré ses qualités, n’apporte par d’énormes avantages par rapport à Explorer. Il suffira donc à Microsoft, qui s’était clairement endormi sur ses lauriers, de se remettre au travail pour produire une version améliorée du produit pour que l’avantage de Firefox soit annulé. Hormis la démarche militante forcément limitée, que restera-t-il comme avantage à Firefox? Je concluais donc que, à mon grand regret, Firefox n’a guère de chance de réussir face à Explorer, sauf dans quelques niches.
Toutefois, Microsoft se trouve avec Explorer face à un dilemme intéressant, et l’avenir de Firefox pourrait bien dépendre de la façon dont la firme de Redmond le résoudra.

L’avenir d’Explorer peut en effet être vu de deux façons:

  • Ou bien Microsoft le considère comme un produit à part entière, auquel cas elle devrait décliner des versions d’Explorer pour les principales plates formes (Windows, Mac et Linux);
  • Ou bien Microsoft considère Explorer comme un produit au service de la plate forme Windows, auquel cas seule une version pour cette plate forme sera disponible.

On comprend dès lors le dilemme: dans le premier cas, Microsoft, sur la base prévisible d’une remise à niveau technique et ergonomique, reprend l’avantage sur Firefox et bénéficie de son approche multi-plate forme pour espérer (re)devenir l’outil universel. Si sur Linux, on peut douter de son succès, il n’en va pas de même sur Mac, bien qu’Apple ait développé son propre navigateur. Mais dans cette approche, Microsoft accepte de mettre Windows au second plan de sa stratégie, pour adopter une stratégie Internet Explorer propre, ce que l’entreprise s’est toujours refusée à faire.
Dans le second cas, Microsoft s’arc-boutte sur Windows au dépend d’Explorer. C’est d’ailleurs la position qu’a toujours défendue Microsoft, présentant Explorer comme une partie intégrale et indissociable de Windows, notamment lors du procès anti-trust. Dans ce cas, Microsoft laisse le champ libre aux concurrents sur les autres plates formes.
Ce débat n’est pas nouveau, il a même agité Microsoft durement entre 1997 et 2000, comme le raconte David Bank dans « Breaking Windows », voyant s’opposer les « durs » (défenseurs de Windows) et les « modérés », partisans d’une ouverture multi-plateforme conforme à l’esprit Internet. Finalement, ce sont les durs qui ont gagné, et les modérés se sont dispersés.
Toutefois, le débat reprend son intérêt avec l’offensive Firefox, et le choix stratégique se repose à Microsoft avec acuité. Lutter contre Firefox sur Windows ne sera pas très difficile, les utilisateurs de cette plate forme n’auront pas de difficulté à rester ou revenir sur Explorer dès lors qu’une version moderne aura été mise à disposition. La question est donc de savoir si Microsoft souhaite porter le combat sur les autres plates formes, où la situation est nettement moins favorable. J’ai tendance à pencher pour la première approche, la défense de Windows, car c’est ce que Microsoft a historiquement toujours fait, en qu’en plus j’imagine mal une version Linux d’Explorer. En seraient-ils capables? Il est intéressant de noter que la même question – le même dilemme – se pose pour la suite Office.
Un élément vient toutefois nuancer l’importance de ce choix : si, en 1997, le navigateur était vu comme un élément stratégique d’une plate forme, notamment suite à l’ambition de Netscape de remplacer l’interface graphique de l’ordinateur par celle du navigateur, il n’en est plus de même aujourd’hui. Le navigateur est redevenu une simple application – importante certes, mais une application quand même – et l’interface au niveau du système d’exploitation reste d’actualité. Est-ce donc si grave si l’on consulte le Web depuis Explorer ou depuis Firefox? Probablement pas, y compris du point de vue de Microsoft. Dès lors que son « coeur stratégique » (Windows) n’est plus menacé par le navigateur, celui-ci perd son importance. L’enjeu n’est donc plus ce qu’il a pu être il y a dix ans. C’est en ce sens aussi que l’espoir mis dans Firefox de faire vaciller Microsoft est peut-être illusoire. La bataille est épique, passionnante, et populaire, mais l’enjeu est faible.

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5 réponses à “Internet Explorer: le dilemme de Microsoft face à Firefox

  1. Je partage ton analyse. Microsoft a d’abord développer IE pour combattre Netscape, en donnant gratuitement un outil qui apportait 70 % des revenus de Netscape. Une fois Netscape éliminé, Microsoft a figé IE pour éviter que le web ne remplace les client riches, et donc limite l’intérêt d’utiliser Windows.
    Car depuis longtemps l’objectif de Microsoft est d’offrir de manière intégré tous les logiciels : OS, outils de développement, serveurs, etc. Et chacun de ses produits s’intègre très bien avec les siens et peu avec ceux des concurrents.
    La décision d’investir à nouveau sur IE ne se fait que parce que Microsoft a constaté qu’un majorité de développeurs/techniciens était partisan de Firefox et que Microsoft a compris qu’ils étaient des prescripteurs importants pour sa plateforme.

  2. Pas tout à fait d’accord :
    1 / Il y a bien un vrai enjeu pour certains acteurs (et pour de plus en plus d’acteurs) à conserver en vie une alternative à IE : l’exemple type Google dont 90% des revenus viennent de la séquence « j’ouvre mon browser – ma page par défaut – une recherche dans mon moteur préféré ou dans via ma barre d’outil par défaut ». S’il n’y avait que IE, Microsoft aurait tôt fait par de petites ruses dont il a le secret de favoriser sa solution de recherche préférée… et vu les revenus de Google il y a bien un vrai enjeu
    2 / (excusez moi je me répête) mais FF apporte bien une vraie innovation (je ne parle pas des onglets…) : c’est le lien de confiance entre les utilisateurs et les concepteur, autrement dit la marque, la réputation (ceci étant fondé sur qq paramètres objectifs : qui développe, qui finance, le code est-il disponible, comment sont choisis les évolutions, etc.). Et ce n’est pas du tout anodin : quelques acteurs y sont et y seront très sensibles : les administrations, quelques grandes entreprises en particulier de secteur « sensibles », etc…
    Je ne prétends pas que ces 2 facteurs sont suffisants pour remplacer IE mais à mon avis ils sont suffisants pour permettre à FF d’exister avec pérennité

  3. attention il y a des rumeurs qui courent selon lesquelles firefox serait chahuté, suite à de nombreux départs de développeurs vers google. et qu’en fait c’est plus les ptits internautes qui se la jouent rebelles qui le soutiennent, pas les développeurs à cheveux longs.
    ils vont finir par s’autodétruire .. trop fort …

  4. Stéphanie, attention, tu vas te faire insulter!

  5. Pingback: Pourquoi Firefox avait, quand même, une chance « Philippe Silberzahn

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