Airbus: l’arbre qui cache la forêt

C’était donc, la semaine dernière, la "semaine de l’aviation", avec le lancement en grande pompe de l’Airbus A380. Après le concert de lamentation sur le retard français, et européen, évoqué à la suite de la publication du rapport Beffa, ce lancement éait l’occasion d’une légitime fierté. Il faut dire que l’avion comporte un festival d’innovation, et représente lui-même un pari ambitieux. Le Monde indiquait que le vieux continent "possède donc encore les moyens de rivaliser avec les Etats-Unis, dans tous les domaines, y compris les plus pointus". L’A380 n’est donc pas une opération industrielle et commerciale, mais un outil dans notre rivalité avec les Etats-Unis! Et Le Monde d’ajouter malicieusement, toutefois, qu’il faudra veiller aussi à "lancer les futurs Airbus de l’Europe de 2020 dans l’électronique, dans la biotechnologie". Et si, en effet, l’A380 était l’arbre qui cache la forêt?

L’A380 est probablement le dernier avatar d’une ère révolue: celle des grands projets technocrates, pilotés – quoiqu’on en dise – par l’Etat, au service d’une politique industrielle nationaliste (le nationalisme européen remplaçant le nationalisme français). Car derrière le triomphe aéronautique se cachent quelques vilaines réalités. Dans l’aviation tout d’abord: le pari de l’A380 est risqué, de nouveaux concurrents appararaissent: vous volerez bientôt dans un avion brésilien, canadien ou japonais. En effet, Airbus a choisi l’opposition frontale à Boeing à grand coup d’innovations incrémentales, alors que des acteurs plus petits on investi des champs laissés vacants par les deux grands, hypnotisés l’un par l’autre. Mais surtout, on pourrait parler de l’A380 et du désert européen. Car alors que nos dirigeants paradent à Toulouse, quid des secteurs où la France est dangereusement absente? La micro-electronique, les bio-technologies, l’infiniment petit, le logiciel? Ces secteurs ne se prêtent pas à une démarche de grand projets pilotés par l’Etat (en un sens, c’est une chance), et dans ces domaines, les victoires se construisent petit à petit, trop petit pour que cela intéresse un politique, qui veut du grand et du grandiose.
Airbus reste donc une exception dans le ciel européen, qui accumule les retards dans l’innovation. Un ami chasseur de tête spécialisé dans l’industrie pharmaceutique me faisait part récemment de son dégoût de voir un pays – le nôtre – payer des docteurs en biologie moins cher que sa secrétaire, le même pays versant ensuite des larmes de crocodiles et se lamentant de les voir partir, un à un, vers les Amériques.

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