Archives de Tag: éthique

Ni saint, ni héros, ni victime: et si on revendiquait la figure bourgeoise de l’accomplissement?

Quelles figures devons-nous prendre pour modèle? L’historien Arnold Toynbee montrait que toute civilisation s’inspire de figures symboliques pour définir ses valeurs dominantes et structurer ainsi sa vie sociale. À côté des figures traditionnelles de saint et de héros s’ajoute aujourd’hui celle de la victime. Aucune des trois pourtant ne traduit l’essence de notre société moderne, celle de l’accomplissement, c’est-à-dire de l’individu qui se réalise par son travail créatif. Et si il était temps de remédier à cette absence?

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Et si le capitalisme était moral après tout?

Que le capitalisme soit immoral est une idée qui semble aller de soi. L’image des fabricants de vaccin anti-Covid tirant profit de la pandémie faisait ainsi encore recette récemment. L’idée qu’il soit plutôt amoral, c’est à dire qu’il fonctionne en dehors de la morale, séduit aussi. Et pourtant ces deux idées sont fausses. Elles traduisent des modèles mentaux anciens mais démentis par les faits. Il ne peut y avoir de capitalisme sans morale.

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Homo Speculans: ce que l’économiste Frank Knight nous apprend sur l’incertitude et la nature humaine

Que peut nous apprendre l’ouvrage d’un économiste presque inconnu, paru il y a exactement un siècle? Beaucoup. Nous est-il utile face aux questions actuelles? Oui, très. Il se trouve que Risk, Uncertainty and Profit, écrit par Frank Knight en 1921, est un ouvrage qui, même s’il est difficile à lire, est essentiel. C’est le premier à véritablement formaliser l’incertitude et à montrer ce que cette notion implique dans la prise de décision. Et ce faisant, il nous dit aussi beaucoup sur qui nous sommes en nous révélant comme fondamentalement spéculateurs.

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Réglementation de l’IA: La logique de mort industrielle de la Commission européenne

La Commission européenne vient de dévoiler un projet très ambitieux de réglementation des usages de l’intelligence artificielle (IA). Les plus de cent pages (!) de règles proposées couvrent un large éventail de sujets. Si les risques liés à des utilisations non éthiques de l’IA existent réellement, cette volonté de réglementation repose cependant sur une conception erronée de l’innovation technologique et pose un grave danger à l’industrie européenne en compromettant les chances que nous disposions d’acteurs majeurs dans le domaine. Si ce projet était adopté, il constituerait un formidable cadeau à la Chine et aux États-Unis.

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Raison d’être des entreprises: Spinoza reviens, la France a peur!

La France a peur. Peur de l’avenir, peur de son passé et peur du présent. Peur des autres et peur d’elle-même. Les entreprises en particulier ont peur. Peur de ceux qui exigent qu’elles justifient de leur raison d’être et qu’elles expient leurs péchés de cupidité en faisant de bonnes actions. Peur de ceux qui ne voient dans leurs usines qu’une source de pollution ou d’aliénation. Peur du prochain scandale qui révélera tel ou tel comportement inacceptable, ou devenu tel, et peur du micro-événement insignifiant monté en épingle par des médias aux aguets. Peur d’être montrées du doigt pour ce qu’elles ne font pas dans un pays qui ignore désormais largement ce qu’elles font. Peur d’exister tout simplement. Dans ce climat dans lequel chacun doit choisir son camp, et où la seule certitude est qu’à un tel jeu tout le monde sera perdant au final, il devient urgent de redécouvrir un philosophe essentiel, Spinoza. Que nous dit-il? Que c’est la joie, et non la peur, qui doit nous guider. Étrange et en apparence naïf, ce message est pourtant d’une actualité brûlante, et d’une portée très pratique.

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Le rôle social du commerçant

Nous sommes prisonniers de modèles mentaux profonds et invisibles. L’un de ces modèles est l’opposition très française entre l’économique et le social, le premier étant moralement suspect tandis que le second est noble. Cette séparation est illustrée en particulier par l’image négative du commerçant considéré comme égoïste, asocial et motivé uniquement par des considérations jugées bassement matérielles. Parce qu’elle repose sur une méconnaissance de l’économie, et en particulier du lien intime entre l’économique et le social, cette opposition est contre-productive et coûteuse. Non seulement le commerçant a un rôle économique important mais il a également un rôle social essentiel. Et ces deux rôles sont les deux faces d’une même pièce.

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Le militant et le politique: Les deux logiques pour changer le monde

Tout le monde sera d’accord sans doute pour dire que notre monde a besoin de changement, même si personne ne sera d’accord, passé les unanimités de façade temporaires durant une crise aiguë, sur ce qu’il faudrait changer. Mais ce dont on parle moins, et qui compte plus, c’est comment changer le monde. Or c’est là la clé de tout bien-sûr. Deux événements récents, parmi tant d’autres, ont mis en lumière l’importance de cette question. Ces deux événements sont très liés, il s’agit du redémarrage des centrales à charbon en Europe et des coupures d’électricité en Californie.

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Tech for good: Et si c’était une très mauvaise idée?

Le monde de la technologie est sur la défensive; ses abus sont largement exposés dans les médias (Facebook), ses contributions à peine évoquées comme évidentes, négligeables ou pire, contre-productive. Ses bénéfices sont questionnés (à quoi bon la 5G?) et ses dangers potentiels mis en avant (OGM). Des voix s’élèvent pour qu’elle soit mieux contrôlée et qu’elle contribue au bien commun, ce que traduit l’expression Tech for good (la technologie pour le bien). Mais qu’est-ce qu’on entend par ‘good’? C’est une question fondamentale parce qu’y répondre montre que derrière la noblesse de l’intention, Tech for Good est en fait une très mauvaise idée.

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Leçon de crise: Le consumérisme s’oppose-t-il à la vie?

Avec la crise du coronavirus, chacun s’affaire à penser le « monde d’après ». Dans une tribune publiée par le Monde, Juliette Binoche, Robert de Niro et deux-cent artistes et scientifiques appellent à refuser un « retour à la normale » après la crise, estimant que « le consumérisme nous a conduits à nier la vie en elle-même: celle des végétaux, celle des animaux et celle d’un grand nombre d’humains ». La tribune est intéressante parce qu’elle oppose consumérisme et vie, alors qu’en général on produit et on consomme pour vivre. Que traduit cette opposition? En fait elle n’a rien de nouveau et cela fait bien longtemps que les artistes et les intellectuels méprisent ce qu’ils appellent le « consumérisme » (sans le définir) hier au nom de la morale, aujourd’hui au nom de la sauvegarde de la planète. Pour le comprendre, on peut faire un détour par La Bohème, le célèbre opéra de Puccini.

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Le colibri a toujours tort: pour changer le monde, faire sa part ou faire le nécessaire?

Dans un article précédent j’évoquais la légende du colibri, qui « fait sa part » pour lutter contre l’incendie de la forêt. Je montrais pourquoi je pensais qu’il est loin d’être un exemple à suivre pour résoudre les grands problèmes que nous connaissons. L’article a suscité pas mal de réactions et une série d’échanges très intéressants dans les commentaires. Ces échanges m’ont inspiré un certain nombre de réflexions complémentaires que je partage ci-dessous, à propos de la question que se pose chacun d’entre nous: que puis-je faire pour changer monde?

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