Pourquoi les robots créeront des emplois

Nouvel épisode dans l’hystérie anti-moderniste française, la peur des robots. Chaque fois que je présente les récents développements en matière de science et technique dans un cours d’innovation, et quelle que soit l’audience, la première réaction de celle-ci est toujours celle de l’inquiétude. Les promesses de la biologie synthétique? On va nous fabriquer des Frankenstein. Les miracles de l’informatique? C’est Big Brother. Les développements incroyables de la robotique? Ils vont nous piquer nos emplois. Revenons spécifiquement sur la question des robots.

Les progrès récents de la robotique couplée à l’intelligence artificielle sont très rapides et font légitimement penser que de nombreux métiers seront à terme plus ou moins automatisés. Cela ne va pas sans traumatisme: On a tous en tête la révolte des Canuts de Lyon. Il existe toujours une substitution en matière de travail et de capital avec ses impacts sur l’économie: lorsqu’une filature s’automatise, il y a quatre impacts:

  1. Elle abaisse ses coûts, ce qui lui permet de vendre ses produits moins chers. Cela bénéficie donc aux consommateurs. Les progrès humains des deux derniers siècles sont au moins autant dus aux inventions scientifiques qu’à la baisse considérable des coûts des produits qu’elles ont permises. Cet aspect essentiel de la démocratisation des produits n’avait pas échappé à Schumpeter.
  2. Elle emploie moins de travailleurs à production constante, ce qui les rend disponibles pour d’autres industries.
  3. L’abaissement de ses coûts lui permet de vendre plus, donc d’augmenter sa production, et donc au final peut l’amener à employer plus de travailleurs (c’est notamment ce qui s’est passé dans le textile)
  4. Elle achète des machines, ce qui alimente la croissance du secteur de la machine-outil (et de la robotique).

Evidemment, une économie sans croissance ne sait quoi faire des travailleurs « libérés » et ils finissent au chômage. C’est le problème français: l’Allemagne a deux fois plus de robots que la France et un taux de chômage pourtant deux fois inférieur. Mais les deux autres impacts restent importants, et potentiellement plus importants celui-ci. En tout état de cause, la clé pour cette transition est l’émergence de nouvelles industries et de nouveaux marchés.

La révolte des canuts de Lyon en 1831

Mais il y a un quatrième impact qui n’est que rarement mentionné et qui pourtant est fondamental: c’est que l’innovation permet la création de nouveaux marchés. Prenez l’exemple de l’automobile. Elle a mis les maréchaux ferrants au chômage, mais elle a créé un nombre incroyable de métiers et de marchés: chauffeur de taxi, location de voiture, station essences, assureurs, équipementiers, constructeurs de routes, auto-écoles, coureurs automobiles, campings, fabricants d’auto-radio, parkings payants, etc. De même, Internet a créé les Webmasters, les sociétés spécialisées en optimisation de moteurs de recherche, les designers Web, les spécialistes du big data, et nombre d’autres. Une innovation génère d’autres innovations en cascades qui sont autant d’opportunités économiques et sociales qui changent notre société et créent de l’emploi: l’économiste Tyler Cowen indique ainsi que pour faire voler un drone (avion sans pilote embarqué), il faut 168 hommes au sol, que l’armée US a du mal à recruter car les compétences sont nouvelles, alors qu’il n’en faut que 100 pour un chasseur F16 avec pilote.

Il ne faut donc pas commettre l’erreur de raisonner à propos de l’impact des robots sur notre économie en imaginant celle-ci immuable, en utilisant le terme horriblement trompeur des économistes « toutes choses étant égales par ailleurs ». Car les choses ne sont jamais égales par ailleurs. Au contraire, les robots, comme toute innovation, vont permettre de créer des marchés inimaginables aujourd’hui, et ce sont ces marchés qui créeront de l’emploi. Lesquels? Je ne sais pas. Mais des milliers d’entrepreneurs sont déjà en train de travailler sur la question pendant que nous pleurons. Faites l’exercice et essayer d’imaginer ces nouveaux marchés. Ca vous semble impossible? Ridicule? Sachez que chaque génération a été incapable d’imaginer l’impact économique et social des inventions de son époque. Le téléphone était un gadget. Le train un danger. Le phonographe servirait à écrire des lettres dictées. Le laser un gadget scientifique inutile (laser à rien!). Etc.

A moins de souscrire à une vue malthusienne de l’économie, fausse depuis 200 ans, et à l’idée également fausse selon laquelle nous avons atteint les limites de la croissance, c’est en tout cas sur cela qu’il faut miser: la capacité d’imagination de l’homme, sa seule vraie ressource, et inépuisable celle-ci.

Sur la façon dont une industrie créé des emplois parce qu’elle commence par en supprimer, lire mon article « Comment l’automatisation crée des emplois en en supprimant: Exemples du textile et de la banque« . Sur la démocratisation des produits permise par l’innovation, lire mon article Le low-cost c’est le coeur du capitalisme. Sur Malthus, lire mon article « 200 après Malthus a toujours tort: vers une société d’abondance durable. »

Voir sur le même sujet l’article de Robin Rivaton: L’offensive des roboptimistes. Sur le marché de l’emploi du futur, voir le livre « Average is over » de Tyler Cowen.

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16 réponses à “Pourquoi les robots créeront des emplois

  1. Bonjour

    Il me semble qu’un des problèmes est que du fait du chômage élevé la création d’emploi est devenue un objectif en soi. Dès lors l’opinion publique tend à privilégier la stratégie des « ateliers nationaux » et ses variantes modernes (emplois subventionnés ou publics répondant à des besoins peu avérés) et plus généralement refuser toute adaptation à la la baisse – qu’elle due à l’évolution des technologies de production ou à la diminution de la demande.
    Il faut revenir à l’idée que la croissance c’est produire plus de biens ou de services ayant une véritable valeur pour leurs clients/usagers. Que le progrès technique est un fort levier pour cette augmentation, qu’il modifie la structure des emplois et que les biens et services que l’on souhaite consommer sont ceux que l’on doit produire. Et que l’emploi est une ressource pour cette production.

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  3. Jaron Lanier, qui n’est pas n’importe qui, n’est pas du tout d’accord avec cette analyse, comme il l’a développé dans deux ouvrages que je recommande : Who owns the future (qui vient d’être traduit aux éditions Le Pommier) et You’re not a gadget. Schumpeter ne parlait pas de la loi de Moore, or celle-ci change tout. L’accélération de la robotisation est exponentielle et détruit les emplois par milliers, dans le journalisme, la musique, la traduction, etc. Si l’industrie n’a pas su créer de jobs de musiciens, de journalistes ou de traducteurs ces 10 dernières années, pourquoi en créerait-elle ces 20 prochains années ? Invoquer Malthus est un peu simpliste et ne tient pas compte des réalités que nous constatons aujourd’hui. Le chômage est bien plus élevé que les gouvernements veulent nous le faire croire, que ce soit en Allemagne ou aux Etats-Unis, les nouveaux emplois sont ultra-précaires, et l’Internet actuel ne crée pas de valeur pour la population car il n’y a pas de droit de propriété sur l’information et les données personnelles, pétrole du 21è siècle. J’ai créé une start-up pour tenter d’inverser la tendance mais Google, Facebook, Twitter et les autres géants maoïstes de l’Internet (pour citer Lanier) ont déjà formaté les esprits. Hors du gratuit, point de salut. On va dans le mur.

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  5. Les robots détruiront les emplois les plus basique et créeront des emplois à forte valeur ajoutée.
    Mais bon on a dit ça aussi de l’informatique

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  8. @Anthony: et Philippe Silberzahn
    Quid des emplois peu qualifiés ? Tous le monde aura un bac + et sera ingénieur ?
    Qu’adviendra-t-il des personnes ne pouvant pas prétendre (pour plein de raisons) à des emplois à forte valeur ajoutée ?

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  10. Ce à quoi nous assistons est que c’est la’place de l’humain qui est remise en cause et qui tendrait à disparaître. Et pas du tout comme au début du siècle dernier les emplois ouvriers, considérés comme peu qualifiés généralement.
    Un exemple serait Watson, cet logiciel (peut être pas le bon terme…) mis au point par IBM. Impliqué dans de nombreux projets médicaux, l’objectif est que Watson aide au diagnostic de certaines pathologies grâce à sa capacité de compiler l’énorme masse de publications médicales existante et renouvelée constamment, ce qu’aucun humain ne peut faire. Or, à terme, des systèmes analogues ne remplaceraient ils pas nos médecins pour poser les bons diagnostics pour tout un chacun ? Toujours à jour, au fait de la dernière étude épidémiologique faite à l’autre bout du monde ! Ce ne sont plus des « basses qualifications » qui sont en danger mais des bacs+++. Ce ne sont plus les humains entre eux qui sont en concurrence, mais la machine « pensante » contre l’humain. Je crains fort que nous ne sortions perdants de cette confrontation. Et ceci est valable pour de très très nombreux métiers.
    Pour produire des machines à tisser, il fallait des hommes. On est dans le materiel. Pour concevoir des logiciels, certes il en faut aussi, mais pas pour les reproduire. Zéro coût de fabrication.
    Pour finir, je conseillerais la lecture d’un récent ouvrage « Confucius et les machines ».
    Je ne suis pas sûr que les bouleversements auxquels nous assistons soient de même nature que les précédents et puissent être analysés avec les mêmes outils.

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  12. Rectification concernant l’ouvrage cité. Il s’agit de « Confucius et les automates » de Charles-Edouard Bouée et François Roche.

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