Archives de Tag: schumpeter

La croissance inclusive, ça s’obtient (aussi) en baissant les prix

Ainsi donc, plusieurs grandes entreprises internationales viennent de s’engager à lutter contre les inégalités et à promouvoir la diversité en leur sein et dans leurs chaînes d’approvisionnement dans le cadre d’une initiative (Business for Inclusive Growth – B4IG) lancée sous l’égide de la Présidence française du G7, et coordonnée par l’OCDE. Sans surprise l’initiative a reçu un écho très important dans la presse, tant la question des inégalités est sensible aujourd’hui et tant la prise de conscience que les entreprises peuvent jouer un rôle dans la création de ce qu’elles appellent une croissance inclusive. Or, en soulignant qu’il fallait désormais « veiller à ce que les fruits de la croissance économique soient plus largement partagés », les entreprises signataires semblent oublier leur propre histoire: ce sont certainement les institutions qui ont le plus fait, et continuent à faire, pour lutter contre les inégalités, au travers d’un mécanisme simple: la baisse des prix.

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Pourquoi les robots créeront des emplois

Nouvel épisode dans l’hystérie anti-moderniste française, la peur des robots. Chaque fois que je présente les récents développements en matière de science et technique dans un cours d’innovation, et quelle que soit l’audience, la première réaction de celle-ci est toujours celle de l’inquiétude. Les promesses de la biologie synthétique? On va nous fabriquer des Frankenstein. Les miracles de l’informatique? C’est Big Brother. Les développements incroyables de la robotique? Ils vont nous piquer nos emplois. Revenons spécifiquement sur la question des robots.

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Les mineurs chiliens sauvés par l’innovation

Le monde vient de célébrer le sauvetage des mineurs chiliens dans la joie. Tout le monde n’a toutefois pas conscience que si l’accident s’était produit il y a vingt ans, aucun n’aurait survécu. Que s’est-il passé entre-temps? En un mot, l’innovation. Cette innovation a notamment pour nom Center Rock. Center Rock est une petite société de 74 employés basée en Pennsylvanie qui fabrique un foret ultra sophistiqué qui a permis de creuser le trou. L’appareil de forage provient lui de la société Schramm Inc., elle aussi située en Pennsylvanie. Ayant pris connaissance de l’accident, le président de Center Rock a immédiatement offert son aide aux Chiliens qui ont accepté. En fait, le sauvetage des mineurs a mis en jeu un nombre incroyable d’innovations, petites et grandes, fournies par des entreprises dynamiques venues des quatre coins du monde. Samsung, un conglomérat sud-coréen, a fourni un téléphone équipé d’une lampe pour permettre aux mineurs de rester en contact avec leur famille, ce qui fut naturellement essentiel pour qu’ils gardent le moral. Cupron, inc, petite société américaine, a fourni des chaussettes high-tech fabriquées avec du fil de cuivre, qui permettent de résister aux bactéries. Le câble à haute résistance  était allemand, la fibre optique qui a permis de maintenir la communication était japonaise. Le ministre de la santé Chilien Jaime José Mañalich a exprimé sa surprise devant un tel afflux: « Je n’avais jamais réalisé que de telles choses existaient. » Et c’est bien normal. Les millions d’entreprises qui innovent de par le monde ne peuvent pas être connues d’un seul homme, ni même d’un seul ministère. Le miracle du système est qu’elles soient capable de se trouver là quand on en a besoin.

L »économiste Schumpeter remarquait que l’innovation n’est pas la caractéristique distinctive du système capitaliste; d’autres systèmes ont innové (l’URSS dans le domaine spatial par exemple). Ce qui le distingue des autres systèmes cependant, c’est qu’il impose aux entreprises une innovation incessante, dans tous les domaines, pour garantir le profit car rester immobile signifie la mort, et que cette innovation est inexorablement démocratisée, amenée au plus grand nombre. Schumpeter concluait « Le moteur capitaliste est avant tout un moteur de production de masse, ce qui signifie aussi nécessairement production pour les masses. »

L’explosion de joie de la semaine dernière témoignait de ce que Schumpeter avait vu juste il y a déjà 80 ans.

Billet tiré d’un article du Wall Street Journal ici.

L’innovation, ça sert aussi – d’abord? – à réduire les prix

Une conception très répandue de l’innovation est qu’elle consiste à créer de nouvelles offres ou de nouvelles méthodes. Dans le management de l’entreprise, il y aurait donc le domaine noble, celui de l’innovation, et le domaine de l’intendance, celui de la réduction des coûts. Rien n’est plus faux. L’un des apports fondamentaux du système capitaliste consiste à innover pour réduire les coûts, et donc les prix.

Pour reprendre ce que disait Schumpeter dans son monumental Capitalisme, Socialisme et Démocratie, la force du système capitaliste ce n’est pas l’innovation; d’autres civilisations et d’autres systèmes politiques ont innové également dans certains domaines (par exemple, l’URSS dans les technologies de l’espace). La vraie force du système capitaliste c’est de démocratiser l’innovation en la rendant accessible au plus grand nombre à la fois par la logistique qu’il met en œuvre mais aussi et surtout par la baisse continue des prix que son efficacité induit. Le symbole du système capitaliste, ce n’est donc pas tant la startup que Wal-Mart, le supermarché low-cost dont on estime qu’il permet chaque année aux américains d’économiser 50 milliards de dollars. Ce n’est pas rien pour ceux qui veulent boucler un budget chaque semaine. Schumpeter résume ainsi l’argument: « Le moteur du système capitaliste est avant tout un moteur de production de masse, ce qui signifie production pour les masses. Ce qui est typique de la production capitaliste, c’est le tissu à bas prix, le coton à bas prix, ainsi que les bottes, les voitures, etc. et non des amélioration qui profitent aux plus riches. La reine Elizabeth avait des bas en soie. Le succès du système capitaliste ne consiste pas à lui en fournir plus, mais à les rendre accessibles aux ouvrières. »

Contrairement à ce qu’estime The Economist dans son remarquable article « The Silence of the Mammon », je ne pense pas que défendre ce système au nom de la formidable création de richesse qu’elle permet, et surtout de sa capacité à rendre accessible au plus grand nombre des biens et des services, soit une forme d’apaisement envers ses détracteurs. Au contraire, c’est s’appuyer sur sa force sans prétendre lui faire endosser d’autres responsabilités.