Le GPS fait-il de nous des handicapés? Oui, mais tant mieux.

Je me suis récemment complètement perdu dans la banlieue de Lyon en rentrant chez moi; j’avais loué une voiture à cause des grèves, et il n’y avait pas de GPS. J’ai navigué au feeling, et, bon, disons que le feeling ça ne suffit pas toujours. Mon père ne m’a pas raté. « Ah, avec ton GPS, tu ne sais plus lire de carte, d’ailleurs tu n’en n’as même plus, le GPS a fait de toi un handicapé moteur, sans jeu de mot. » Mon père est un technophile, du haut de ses 77 ans. Il a acheté l’un des premiers PC à la fin des années 70, et pleins d’autres premiers « trucs » technos. C’est dire si l’argument a fait mouche, car il ne venait pas d’un technophobe.

Indéniablement, le GPS nous évite de lire une carte. Aujourd’hui, il est courant de voir des plaisanciers incapables de faire le point sur une carte: ils sortent le bateau et allument le GPS, et il en va de plus en plus de même pour les automobilistes. Le danger est évident: que le GPS tombe en panne, et l’on se perd rapidement. Pour le bateau c’est encore plus dangereux, le bateau ne rentrera jamais à bon port, et il faudra envoyer un hélicoptère aux frais de la princesse. Cependant les GPS tombent rarement en panne, et le problème est ailleurs. Le GPS nous permet d’oublier une compétence que nous avons développée, la lecture de carte, et déléguer la fonction d’orientation à une machine. On peut le regretter, mais on peut aussi remarquer qu’il en a toujours été ainsi, et que c’est même ainsi que l’homme a progressé: en se libérant de certaines tâches pour se consacrer à d’autres. La délégation de tâches par oubli de compétence est même la condition du progrès. Après tout, nul ne regrette le temps où chacun cuisait son pain, allait chasser le bison dans la forêt ou construisait lui-même ses meubles. La délégation, condition du progrès, passe par une spécialisation des individus dans certaines tâches – fabriquer des meubles, du pain, ou réparer des tuyaux – et par le développement de machines spécialisées qui sont en quelques sorte notre prolongement externe. Alors oui, le GPS nous rend bêtes comme le téléphone nous évite d’écrire et la machine à laver nous dispense de savoir laver du linge à la main, mais c’est tant mieux.

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