Renault, la Clio et la Turquie: l’Etat pillard

Depuis la crise, les industriels sont sur la défensive, comme s'ils avaient tous quelque chose à se reprocher, et les pillards en profitent. Ainsi, l'Etat – qui lui n'a jamais rien à se reprocher, en particulier pas en ce qui concerne la crise actuelle – ne veut pas que Renault fabrique sa future Clio en Turquie. On imagine – sans nécessairement être d'accord- que si Renault a choisi la Turquie, c'est pour des raisons précises, de coût certainement: La Clio sera moins chère à fabriquer en Turquie qu'en France. Christian Estrosi, notre Ministre de l'Industrie, explique que l'Etat possède 15% de Renault, et donc qu'il a le droit, en tant qu'actionnaire, d'influer sur de tels choix. En dehors de toute considération morale, cela pose deux problèmes. D'une part, M. Estrosi n'a pas demandé leur avis aux 85% autres actionnaires, qui ne sont peut-être pas d 'accord. Clairement, l'Etat ici n'agit pas en tant qu'actionnaire (car il est minoritaire) mais en tant que partie prenante agissant pour ses intérêt propres, et tirant partie de sa puissance. En bref, cela a tout d'une une voie de fait industrielle.

Le deuxième problème concerne les conséquences de long terme de la décision si elle est obtenue. Imaginons que Renault ait raison, c'est à dire que fabriquer la Clio en Turquie lui coûte moins cher que la fabriquer en France. Il ne semble pas que M. Estrosi ait contesté ce calcul. Le rapatriement en France augmentera le coût de fabrication, et donc le prix de vente. Cela aura donc pour effet de diminuer les ventes de Clio. Renault perdra des parts de marché, qui seront gagnées par ses concurrents, pour la plupart étrangers, qui fabriquent, eux, à l'étranger de toute façon. En conclusion, M. Estrosi préfère que ce soient des fabricants étrangers qui vendent en France des voitures fabriquées à l'étranger, plutôt qu'un fabricant français. Renault y perdra, et donc la France y perdra, mais s'appuyer sur des conceptions mercantilistes dépassées pour mener une politique ne semble pas perturber notre ministre, qui a probablement des préoccupations politiques bien plus pratiques. Il aurait sans doute mieux valu se demander comment on pouvait produire de manière concurrentielle en France, mais ce débat sera pour une autre fois… Les pillards sont à l'œuvre.

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