Citizen Game: l’histoire de Kalisto, pionnier français disparu du jeu vidéo

Citizen Game est l’histoire de Kalisto, startup bordelaise spécialisée dans les jeux, de sa naissance en 1990 à sa liquidation en 2002, racontée par son fondateur et dirigeant, Nicolas Gaume. Nous avions mentionné une conférence très intéressante que Nicolas avait donnée à l’Ecole des Mines dans un billet précédent. L’aventure est édifiante et mérite d’être relatée. Créée en 1990, Kalisto connaît très vite un succès fulgurant, produisant quelques best-sellers mondiaux et travaillant avec les plus grands éditeurs et acteurs de monde du jeu et du multimedia. Pour soutenir sa croissance, l’entreprise est cotée en bourse. En 2000, l’effondrement des valeurs Internet l’empêche de faire un nouvel appel au marché, alors que contrairement à ses collègues de la nouvelle économie, son modèle économique et son activité sont fondamentalement sains (produits, chiffre d’affaire, clients, réputation, etc.) Sans cet apport d’argent, la société est asphyxiée.
L’histoire de Kalisto, jusque-là conte de fées, se transforme rapidement en cauchemar où l’absurde le dispute au tragique. De héro, Gaume passe comme il le dit lui-même au stade de zéro, de tocard. La presse, qui l’avait encensé, le descend désormais en flamme (grand classique, à méditer pour les impétrants). Il y a quelque chose de tragique dans la disparition de Kalisto. Dans n’importe quel pays normalement constitué, l’entreprise aurait rapidement trouvé un investisseur pour la recapitaliser, sur la base de ses fondamentaux en bêton armé. Mais pas en France. Le livre dépeint l’amateurisme désinvolte et pétochard de la COB, les banquiers ne valent guère mieux et l’auteur reconnaît volontiers sa naïveté de novice dans un univers, la finance, qu’il découvre à marche forcée, mais toujours semble-t-il avec un temps de retard.
L’histoire de Kalisto est celle d’un gâchis absurde, d’une mort qui n’aurait pas du se produire. Le livre montre bien qu’il ne suffit pas d’avoir de superbes produits pour réussir, mais qu’il faut savoir s’entourer et que la stratégie de financement devient primordiale lorsque la croissance de l’entreprise démarre vraiment. Il montre également le manque crucial d’experts et de culture entrepreneuriale dans notre pays à l’époque (les choses se sont un peu améliorées depuis heureusement). Enfin, il montre aussi la difficulté spécifiquement française d’accepter la prise de risque: l’entrepreneur qui échoue est forcément un escroc et un salaud: Gaume fut publiquement insulté dans les médias et traîné en justice par des actionnaires, alors qu’il s’était endetté lourdement dans les derniers mois de la vie de l’entreprise pour essayer de la sauver et payer les salaires de ses employés (il a été blanchi depuis). Le livre devient franchement émouvant lorsque Gaume apprend la mort de son père au plus fort de la crise de Kalisto puis, quelques jours plus tard, de son grand-père. Un jour peut-être, l’échec honnête sera reconnu en France pour ce qu’il est, le prix à payer pour réussir à créer des entreprises, des emplois et de la richesse. Si ce livre, passionnante histoire entrepreneuriale, peut y contribuer, ce sera beaucoup.

Le livre sur Amazon: Citizen Game.

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