Archives de Tag: Arnold Toynbee

Le mimétisme, un modèle mental essentiel pour construire l’avenir

Il y a fort longtemps, j’étais en classe de première je crois, j’ai eu à rédiger un devoir d’histoire dans lequel on nous demandait de comparer les deux discours successifs du Maréchal Pétain le 17 juin 1940 demandant l’armistice et de Charles de Gaulle lui répondant depuis Londres le lendemain, et qui invitait les français à poursuivre le combat. Je n’avais pas bien saisi alors la différence profonde entre les deux discours; ma réponse était médiocre, même si elle était érudite, et j’ai rendu mon devoir avec un sentiment mitigé. Je crois avoir saisi depuis cette différence, et elle est importante. Pétain s’adresse aux français et leur parle du passé. De Gaulle s’adresse aux français et leur parle du présent, et explique pourquoi ce présent peut permettre un avenir de victoire.

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Le dilemme créativité – discipline en innovation: le cas de 3M

Un thème récurrent de l’entrepreneuriat est celui de l’équilibre difficile entre créativité et discipline. Très souvent et par définition, les startups font preuve de créativité mais éprouvent des difficultés à traduire cette créativité en création de valeur, et ont du mal à se structurer lors qu’elles grandissent. Un manque de discipline compromet alors leur croissance à long terme. Les entreprises établies, au contraire, ont des systèmes de gestion relativement bien établis et clairement définis. Elles disposent d’une bonne capacité de management opérationnel et à l’amélioration continue de leurs lignes de produits, mais elles éprouvent des difficultés à maintenir, voire à renouveler, leur capacité créative, pourtant seule source de croissance à long terme.

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La disparition de la capacité créative comme cause du déclin des organisations

La question toujours d’actualité de la dynamique d’innovation des entreprises se prête assez bien à un exercice auquel je souhaitais me livrer depuis pas mal de temps, celui d’essayer d’appliquer les théories de l’historien des civilisations Arnold Toynbee au monde de l’entreprise.

Toynbee est l’auteur fameux de l’Histoire, un livre monumental sur l’histoire des civilisations. L’ouvrage compte 6.000 pages. Heureusement, un universitaire a décidé d’en faire une version abrégée, qui vous permet de capturer l’essence de l’érudition et de la virtuosité de l’auteur en… 1.200 pages seulement. Que dit Toynbee? Selon lui, une civilisation croît lorsque son élite suscite l’adhésion interne et externe grâce à sa capacité créative. Elle cesse de croître lorsqu’une cassure se produit et que cette élite cesse d’être créative et se transforme peu à peu en minorité dominante fonctionnant sur une logique de contrôle. Lorsque la logique passe de l’adhésion au contrôle, l’unité de la civilisation se brise et apparaissent deux types de prolétariat, c’est à dire deux groupes qui ne se sentent plus comme faisant partie du tout: un groupe interne (dissidence), et un groupe externe (les barbares). De manière intéressante, Toynbee observe que les effets de cette « cassure » ne sont pas visibles immédiatement: la civilisation peut continuer pendant assez longtemps sur sa lancée, en quelque sorte, bénéficiant même au contraire de l’efficacité résultant de la domination de l’élite. Nous avons donc ainsi les trois points essentiels de la thèse de Toynbee:

  1. La source du déclin (cassure) est la perte de capacité créative de l’élite
  2. Les effets de la cassure en termes de performance ne sont pas visibles immédiatement
  3. L’élite créative fait progressivement place à une élite dominante, c’est à dire que la civilisation passe d’une logique d’adhésion à une logique de contrôle.

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