Archives de Catégorie: Transformation

Petite victoire et transformation: Déjouer la rationalisation de l’impuissance

Une notion cruciale dans le processus de transformation, qu’il s’agisse de transformer sa vie, son organisation, la société ou même le monde, est celle de contrôle. Le mot « contrôle » a parfois une connotation péjorative ; ici il ne s’agit pas de contrôler le monde, mais simplement celui qui nous entoure, notre monde à nous, notre milieu. Contrôle s’oppose ici à passivité et impuissance, au sentiment qu’il n’y a rien que nous puissions faire pour changer ce qui ne nous convient pas. La rationalisation de l’impuissance, le fait que les membres d’un collectif aient conclu qu’ils ne pouvaient rien pour faire changer celui-ci est un obstacle important à la transformation.

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Petite victoire et transformation: Pourquoi il faut partir de l’expérience vécue

Une des plus grandes frustrations ressenties par ceux qui veulent faire bouger un collectif (organisation ou société) est que, bien qu’ils soient persuadés d’avoir raison, ils ont du mal à entraîner les autres dans l’action. Penser ainsi qu’il suffit d’avoir raison pour que tout le monde soit d’accord avec nous et nous suive est malheureusement faire preuve de naïveté, et surtout ignorer les enseignements de la sociologie pourtant déjà anciens. L’engagement dans l’action n’est en effet que très partiellement une question d’idée avec laquelle nous sommes d’accord. Nous ne comprenons en général les choses qu’en fonction de notre expérience vécue, c’est-à-dire de ce avec quoi nous sommes familiers. La prise en compte de cet aspect de la transformation est clé.

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Sortir de l’ordinaire: face à la crise, puiser notre énergie dans le quotidien et non dans l’idéalisme

Comment un collectif – famille, entreprise ou société toute entière – peut-il résister à un choc aussi profond et durable que celui de la Covid-19 sans se disloquer? Comment peut-il se reconstruire en évitant la polarisation entre extrêmes? La question n’est pas simple, mais elle n’est pas nouvelle. Des années 20 aux années 50, dans un monde transformé par la révolution et la guerre, les idéologies extrêmes de gauche et de droite ont alimenté des espoirs utopiques et des craintes dystopiques. Durant cette période en Grande-Bretagne, un groupe informel d’écrivains, d’artistes, de photographes et de cinéastes parmi lesquels George Orwell s’est efforcé de répondre en forgeant une politique résistant aux idéalismes vides et aux abstractions totalisantes de leur époque. Leur conviction était que les gens qui vaquent à leurs occupations quotidiennes possèdent la perspicacité, la vertu et la détermination nécessaires pour construire une bonne société. Dans leurs poèmes, romans, essais, films, peintures et photographies, ils ont témoigné de la capacité des gens ordinaires à surmonter les contradictions supposées insolubles entre tradition et progrès, patriotisme et diversité, droits et devoirs, nationalisme et internationalisme, conservatisme et radicalisme. Ce mouvement ne s’étant jamais structuré, il a fini par se disperser mais a gardé une influence durable. A l’heure où les extrêmes menacent à nouveau, sa pensée mérite d’être redécouverte et il offre une piste pour échapper à l’impuissance.

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Éduquer pour un monde incertain: et si la clé, c’était la capacité à donner un sens?

Aujourd’hui professeur dans une école de commerce, il m’arrive régulièrement d’être sollicité par des amis, ou des amis d’amis, sur les études que leurs enfants devraient faire. Impossible bien-sûr de répondre directement par tel ou tel diplôme, mais la vraie question qui se pose derrière, en fait, est celle de savoir pourquoi on fait des études. Et elle n’est pas aussi simple qu’elle en a l’air. Elle a pris une importance particulière dans le monde incertain, caractérisé par l’obsolescence rapide des connaissances, des industries et des métiers.

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Mensonges publics, vérités privées: pourquoi rien ne change quand tout le monde est mécontent

Des situations socialement insatisfaisantes persistent parfois très longtemps alors qu’individuellement, nombreux sont ceux qui en sont insatisfaits. Ce phénomène d’inertie a toujours étonné les chercheurs mais aussi ceux qui vivent de telles situations. Cela tient à une distinction très importante entre l’opinion publique et les préférences privées, et à l’observation, contre intuitive, que la première n’est pas la simple addition des secondes. Pour comprendre pourquoi rien ne change même quand tout le monde est mécontent, il est très important de comprendre la dynamique entre les deux.

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Petite victoire deviendra grande: Comment le monde change et ce que ça implique pour les activistes

Comment le monde se transforme-t-il? Lorsque Charles Darwin a proposé sa théorie de l’évolution des espèces, il a imposé l’idée pour longtemps d’une évolution continue, par petites touches. Un papillon noir devient un papillon jaune en passant par toutes les couleurs intermédiaires, au travers de multiples générations. Les progrès de la science ont montré cependant que l’évolution se fait de façon beaucoup plus brutale que cela, avec des mutations très importantes d’une génération à l’autre; en fait, dans l’évolution des espèces, la majeure partie du changement se fait par sauts brutaux. Cette opposition entre un changement continu et un changement brutal, entre un monde linéaire et un monde non linéaire, masque une réalité plus nuancée pour ce qui concerne les systèmes sociaux que sont les collectivités humaines, comme les marchés, les nations ou les organisations; la compréhension de cette réalité représente un enjeu important pour les activistes qui veulent changer le monde.

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Faire la peau à la bureaucratie: Et si c’était la mauvaise question?

J’étais interrogé il y a quelques jours par une journaliste au sujet de la bureaucratie qui, semble-t-il se développe beaucoup dans les grandes entreprises et empoisonne leur existence, ralentissant leur fonctionnement et démobilisant leurs collaborateurs. Certes, l’enjeu est d’importance à l’heure de la crise où tout le monde doit être sur le pont dans un environnement qui change rapidement. Mais je ne crois pas qu’attaquer la bureaucratie soit la bonne approche.

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Est-il nécessaire de vouloir bâtir une cathédrale pour donner un sens à son travail?

C’est entendu, notre époque est en recherche de sens, du moins c’est ce qu’on répète à l’envi aussi bien dans les entreprises que dans la société dans son ensemble. L’absence de sens conduit au désengagement et les directions des ressources humaines des grandes entreprises sont lancées dans une grande course pour « recréer du sens » sous la houlette de dirigeants visionnaires. L’idée est qu’une vision ambitieuse, une noble raison d’être, un grand récit, donneront un sens aux âmes en errance. Cette idée est bien traduite par une fable fameuse, celle du tailleur de pierre qui construit une cathédrale, motivé par quelque chose de plus grand que lui. Toute séduisante qu’elle soit, cette fable joue pourtant sur des ressorts très contestables et le fait qu’elle soit devenue une référence obligée des séminaires de motivation est regrettable. Non, il n’est pas nécessaire de bâtir une cathédrale pour donner un sens à son travail.

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Entreprise à mission et profit: le « en même temps » est-il possible?

La question de la mission de l’entreprise semble être sur toutes les lèvres. Elle a surgi avec éclat au premier plan de l’actualité lorsque Danone, la première entreprise du CAC40 à avoir adopté le statut d’entreprise à mission, en juin 2020, a annoncé quelques mois plus tard un plan social pour améliorer sa compétitivité, suscitant ainsi les critiques de tous bords. Gagner de l’argent ou changer le monde, il semble plus que jamais qu’on ne puisse faire les deux et qu’il faille choisir. Et pourtant ce n’est pas nécessairement vrai. Le modèle mental qui oppose les deux nous enferme dans des controverses stériles et nous empêche de moderniser à la fois notre économie et notre système social.

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Incertitude et modèles mentaux: pourquoi le monde devient fou

Quiconque sort un peu la tête de son confinement ne peut être que frappé par la violence du débat public (quand il y a débat). Il semble que nous partagions de moins en moins de choses collectivement. Même des sujets qui faisaient autrefois relativement consensus, comme la laïcité, l’action de l’Etat ou les sapins de Noël, sont désormais l’objet de divisions profondes et il semble que pas un seul sujet, quelque trivial qu’il soit, n’échappe à une polémique. Mais cette tension se ressent aussi au sein des organisations, grandes et petites, confrontées à des défis qui vont bien au-delà de la gestion d’une situation très incertaine et très complexe, dans laquelle personne n’arrive à se projeter. Face à l’incertitude, les modèles actuels ne fonctionnent plus, et c’est ce qui nous rend fous.

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