Archives de Catégorie: Société

C’est l’économie, stupide! Le dilemme stratégique de l’Europe après l’Ukraine

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L’invasion de l’Ukraine constitue un réveil brutal pour une Europe qui s’était endormie depuis de nombreuses années dans un idéalisme naïf. Si la réponse à l’invasion a été rapide, l’Europe reste très affaiblie. Au-delà des prochaines semaines, sa stratégie doit impliquer un changement profond de modèle mental sur son développement économique.

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Le marché comme une institution vivante: Pourquoi il faut réhabiliter Adam Smith

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Interrogez n’importe qui ayant quelques connaissances en économie sur Adam Smith, et on vous dira probablement que le grand économiste est le symbole du capitalisme débridé et déshumanisé, avec sa fameuse « main invisible », qui semble nous transformer en machines à la merci d’un mécanisme qui nous échappe, et sa promotion de l’égoïsme. C’est l’idée que j’en ai moi-même eu pendant longtemps. Et pourtant, cette vision ne reflète pas ses écrits qui ont au contraire promu le marché comme une institution vivante gouvernée par une éthique. Compte tenu de son importance dans la pensée économique, et à l’heure où le rôle sociétal de l’entreprise et du marché est en question, il est important que le débat ne soit pas basé sur une caricature de sa pensée.

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Faut-il créer un ministère de l’innovation ?

Il faut se pincer pour le croire. Dans une interview récente, Valérie Pécresse, candidate à l’élection présidentielle, indiquait vouloir créer un « grand ministère de l’industrie et de l’innovation ». La situation est en effet préoccupante : notre pays n’a créé aucun acteur mondial dans les nouvelles industries et le fiasco du vaccin Covid français reste dans toutes les têtes. Le retard de nos PME, notamment en matière de digital, est évident. S’il veut rester une grande puissance, notre pays doit réagir. La solution est-elle pour autant un grand ministère ? Loin s’en faut…

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Les vilains petits modèles mentaux français ou la (vraie) leçon de l’affaire Orpéa

Dans un livre paru le 26 janvier, l’auteur et journaliste Victor Castanet accuse Orpéa, leader européen des maisons de retraite, de maltraitance sur des résidents de ses établissements et de rationnement de soins et de fournitures médicales pour réduire les coûts. L’affaire connaît un retentissement considérable. Elle donne surtout à la France l’occasion de se livrer à son sport favori, le bashing du profit. Car la cause semble être entendue: c’est sa recherche effrénée qui explique les maltraitantes dénoncées dans l’ouvrage. « Orpéa, les profits et le malaise », titre ainsi l’émission C dans l’air. Et si on allait un peu vite?

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Ni saint, ni héros, ni victime: et si on revendiquait la figure bourgeoise de l’accomplissement?

Quelles figures devons-nous prendre pour modèle? L’historien Arnold Toynbee montrait que toute civilisation s’inspire de figures symboliques pour définir ses valeurs dominantes et structurer ainsi sa vie sociale. À côté des figures traditionnelles de saint et de héros s’ajoute aujourd’hui celle de la victime. Aucune des trois pourtant ne traduit l’essence de notre société moderne, celle de l’accomplissement, c’est-à-dire de l’individu qui se réalise par son travail créatif. Et si il était temps de remédier à cette absence?

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Le contrat social pour l’âge entrepreneurial: un programme pour la gauche?

L’importance de certains ouvrages ne se mesure ni à leur volume de vente, ni à l’écho médiatique qu’ils reçoivent, mais au fait qu’ils ont mis le doigt sur quelque chose d’important. L’ouvrage de Nicolas Colin, Un contrat social pour l’âge entrepreneurial, est de ceux-là. Fin connaisseur de l’univers entrepreneurial européen et américain, Colin réfléchit depuis longtemps aux implications sociétales des ruptures numérique et entrepreneuriale, notamment dans le domaine du travail. À partir du tableau qu’il brosse des transformations que vit notre économie, il défend la nécessité d’un nouveau contrat social pour que tout le monde profite pleinement de celles-ci, dont devrait se saisir une gauche en mal d’idées.

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Déclin organisationnel: Florange, le « moment Kodak » du Parti socialiste

Le déclin des organisations s’étale souvent sur de longues périodes, ce qui contribue à rendre sa perception difficile, mais il arrive qu’un événement particulier le rende évident aux yeux de tous. Cet événement n’est pas nécessairement important, mais sans qu’on sache vraiment pourquoi, il cristallise tout ce qui était en germe depuis longtemps. Pour le Parti socialiste, alors au pouvoir, il semble bien que cet événement soit la gestion calamiteuse de la décision par le groupe ArcelorMittal d’arrêter les hauts-fourneaux de Florange en 2012.

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Et si le capitalisme était moral après tout?

Que le capitalisme soit immoral est une idée qui semble aller de soi. L’image des fabricants de vaccin anti-Covid tirant profit de la pandémie faisait ainsi encore recette récemment. L’idée qu’il soit plutôt amoral, c’est à dire qu’il fonctionne en dehors de la morale, séduit aussi. Et pourtant ces deux idées sont fausses. Elles traduisent des modèles mentaux anciens mais démentis par les faits. Il ne peut y avoir de capitalisme sans morale.

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Homo Speculans: ce que l’économiste Frank Knight nous apprend sur l’incertitude et la nature humaine

Que peut nous apprendre l’ouvrage d’un économiste presque inconnu, paru il y a exactement un siècle? Beaucoup. Nous est-il utile face aux questions actuelles? Oui, très. Il se trouve que Risk, Uncertainty and Profit, écrit par Frank Knight en 1921, est un ouvrage qui, même s’il est difficile à lire, est essentiel. C’est le premier à véritablement formaliser l’incertitude et à montrer ce que cette notion implique dans la prise de décision. Et ce faisant, il nous dit aussi beaucoup sur qui nous sommes en nous révélant comme fondamentalement spéculateurs.

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Management: Faut-il être gentil?

Dans l’une des tables rondes du forum Peter Drucker qui s’est tenu à Vienne la semaine dernière, et alors qu’elle était invitée à conclure son propos, l’une des intervenantes a déclaré que dans le monde actuel, difficile et incertain, il fallait absolument être plus gentil les uns envers les autres. Je ne pense pas du tout qu’elle a raison, et cet impératif entre selon moi dans la catégorie des fausses bonnes idées.

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