Archives de Catégorie: Société

Tech for good: Et si c’était une très mauvaise idée?

Au cours d’une conférence, quelqu’un m’a interrogé sur comment on pouvait développer le « Tech for Good » (sic). J’ai été surpris de la question; j’ai répondu que, de toute évidence la tech avait eu et contribuait d’avoir un impact incroyablement positif sur l’humanité, que ce soit en termes de richesse et de santé, mais c’était un peu facile; surtout, ce n’était pas vraiment la question. La vraie question, c’est qu’est-ce qu’on entend par ‘good’? Et c’est une question fondamentale parce qu’y répondre montre que derrière la noblesse de l’intention, Tech for Good est en fait une très mauvaise idée.

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Souveraineté et politique industrielle: les questions que pose la relocalisation du paracétamol

Le gouvernement français veut donc relocaliser toute la chaîne de production de paracétamol en trois ans. Médicament le plus vendu en France avec 500 millions de doses par an, il est utilisé comme antalgique. Annoncé en fanfare, le plan de relocalisation est une réponse aux ruptures d’approvisionnement durant la crise du coronavirus, mais il pose des questions fondamentales sur la notion de souveraineté et sur les croyances qui sous-tendent la conception qu’en a la France.

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Innovation et société: La dangereuse tentation des moratoires

Il ne se passe pratiquement pas une semaine sans qu’une personnalité française n’exige un moratoire. Moratoire sur la 5G, moratoire sur les OGM, moratoire sur les vaccins, ou encore moratoire sur les entrepôts Amazon, accusés d’être destructeurs pour l’emploi et pour l’environnement et de constituer une concurrence déloyale pour les commerces de proximité. Beaucoup de commentateurs se moquent, mais c’est une réaction profonde et il faut la comprendre car elle touche beaucoup de nos concitoyens. Que traduit ce souhait des moratoires? Et surtout, quelles en sont les conséquences?

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État stratège: coûteuse rhétorique ou idée d’avenir?

Certaines idées ne meurent jamais et l’idée d’un État stratège refait surface à l’occasion de la crise du coronavirus. Après le fiasco des masques dans la crise du coronavirus, il y a quelque chose d’étrange à défendre une telle idée, mais la question est plus subtile qu’elle en a l’air; l’idée n’est pas absurde en soi, à condition que l’on s’entende bien sur ce qu’on appelle stratège et sur ce que ça recouvre comme sens.

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Leçon de crise: Et si le grand soir du « monde d’après » n’avait pas lieu?

Et si le grand soir n’avait finalement pas lieu? Et si, après le coronavirus, on revenait simplement au monde d’avant? Et si une grande occasion avait été perdue? C’est la crainte que partageait avec moi une cadre d’une grande entreprise française encore choquée d’avoir vu les parisiens se précipiter chez Zara dès la fin du confinement le 11 mai. Elle n’est pas la seule à s’inquiéter. Alors que le choc des premières semaines de confinement s’estompe et que la reprise devient une réalité, il semble bien que l’espoir d’un « grand soir », d’un bouleversement radical de l’ordre économique et social existant, s’amenuise. Mais le retour au « monde d’avant » n’est cependant pas inéluctable; il est encore temps de tirer parti de la crise pour réinventer les organisations et la société, mais cela suppose d’adopter une posture reposant sur deux principes: accepter la réalité et agir maintenant.

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Leçon de crise: Le consumérisme s’oppose-t-il à la vie?

Avec la crise du coronavirus, chacun s’affaire à penser le « monde d’après ». Dans une tribune publiée par le Monde, Juliette Binoche, Robert de Niro et deux-cent artistes et scientifiques appellent à refuser un « retour à la normale » après la crise, estimant que « le consumérisme nous a conduits à nier la vie en elle-même: celle des végétaux, celle des animaux et celle d’un grand nombre d’humains ». La tribune est intéressante parce qu’elle oppose consumérisme et vie, alors qu’en général on produit et on consomme pour vivre. Que traduit cette opposition? En fait elle n’a rien de nouveau et cela fait bien longtemps que les artistes et les intellectuels méprisent ce qu’ils appellent le « consumérisme » (sans le définir) hier au nom de la morale, aujourd’hui au nom de la sauvegarde de la planète. Pour le comprendre, on peut faire un détour par La Bohème, le célèbre opéra de Puccini.

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Raison d’être des entreprises: tout ça pour ça!

On allait voir ce qu’on allait voir. La définition d’une raison d’être, article phare de la nouvelle loi PACTE, allait enfin fournir aux entreprises le compas moral dont elles ont tant besoin dans un monde qui change pour qu’elles prennent en compte les enjeux sociaux et environnementaux. Et bien on a vu… La montagne a accouché d’une souris, et les accusations de cynisme fusent. Les entreprises n’auraient pas joué le jeu. Mais le jeu avait-il un sens? Faut-il une raison d’être pour être? Rien n’est moins sûr.

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Une petite minute: Les modèles mentaux bien sombres qu’exploite la nouvelle pub de Super U

Je regarde rarement la télévision, mais j’ai tort et je m’en suis rendu compte vendredi soir en tombant par hasard sur la publicité de Super U qui s’appelle une petite minute. Je l’ai trouvée remarquable. Comme toute bonne publicité, elle exploite avec habilité les modèles mentaux sociétaux, c’est à dire nos croyances profondes qui façonnent comment nous voyons le monde. Malheureusement les ressorts qu’elle exploite ainsi sont dangereux. Elle peut néanmoins être l’occasion d’une prise de conscience sur ce qu’il ne faut pas faire si on veut vraiment changer le monde.

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L’Occident comme idéal: un modèle mental fragile

Les périodes de ruptures et d’incertitude comme celle que nous vivons actuellement amènent immanquablement à se poser la question de nos modèles mentaux, c’est à dire de nos croyances sur le monde, et au-delà, de notre identité: qui sommes-nous? Comment nous définissons-nous? C’est vrai pour les individus et pour les organisations, mais c’est également vrai pour les sociétés et même les civilisations. C’est ce qu’illustre l’ouvrage From Plato to Nato (de Platon à l’OTAN), écrit par un historien Danois, David Gress, à propos de l’Occident.

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Le pari perdant de la collapsologie

Les inquiétudes fortes liées au changement climatique et aux défis de l’écologie en général ont développé une forte crainte d’un effondrement possible de notre civilisation industrielle à relativement courte échéance, entraînant tout un courant de pensée regroupé sous le terme de « collapsologie » (de l’anglais collapse, effondrement). Emblématique de ce courant, l’ancien ministre Yves Cochet vient de publier un ouvrage retentissant où il explique comment il se prépare à l’effondrement en organisant une vie autarcique à la campagne. Si les prédictions apocalyptiques ne sont pas nouvelles (elles étaient courantes au Moyen-Âge), et si les propos semblent parfois ridicules, la collapsologie pointe cependant le doigt sur une question importante liée à notre civilisation même si, au final, elle représente un pari perdant.

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