Archives de Catégorie: Innovation

Éduquer pour un monde incertain: et si la clé, c’était la capacité à donner un sens?

Aujourd’hui professeur dans une école de commerce, il m’arrive régulièrement d’être sollicité par des amis, ou des amis d’amis, sur les études que leurs enfants devraient faire. Impossible bien-sûr de répondre directement par tel ou tel diplôme, mais la vraie question qui se pose derrière, en fait, est celle de savoir pourquoi on fait des études. Et elle n’est pas aussi simple qu’elle en a l’air. Elle a pris une importance particulière dans le monde incertain, caractérisé par l’obsolescence rapide des connaissances, des industries et des métiers.

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Un enjeu français: Le pari de Pascal de l’innovation

« Nous les Français, nous savons faire des fusées, des satellites, nous savons tout faire. Alors comment se fait-il qu’il y a 8 expéditions sur Mars et que les Français soient seulement spectateurs ? » Ainsi s’exprimait Jean-Luc Mélenchon récemment juste après le succès de la mission Perseverance. Bonne question en effet! En fait, le député n’a pas bien choisi son exemple car il y a de la technologie française dans le robot, mais il n’en reste pas moins que sa déclaration exprime un malaise assez largement partagé sur le déclassement de notre pays en matière de science et d’industrie. La France qui tombe, ce n’est pas un thème nouveau, mais c’est une réalité sur de nombreux plans, et les explications les plus diverses fusent. Il ne s’agit pas de réduire un problème complexe à une seule explication, mais dans ce qui suit je défends l’idée de la nécessité d’un changement fondamental de notre attitude face à l’avenir, qui me semble la clé d’un sursaut qui devient urgent si notre pays ne veut pas être définitivement déclassé.

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Katalin Kariko sauveuse de l’humanité: cinq leçons d’innovation pour la France

Retenez bien ce nom, si vous ne le connaissez pas déjà: Katalin Kariko. De façon sans doute un peu exagérée par des journalistes qui aiment les belles histoires, elle a été qualifiée de « femme qui allait sauver l’humanité », mais il y a beaucoup de vrai néanmoins. Car son histoire n’est pas banale. Chercheuse brillante, elle fuit sa Hongrie natale en 1985 car elle manque de moyens et atterrit aux États-Unis. Aujourd’hui à l’Université de Pennsylvanie, c’est l’inventeuse du vaccin à ARN messager (ARNm), celui qui va probablement sauver des millions de vies menacées par la Covid. C’est une belle histoire comme on aime à les conter, celle de l’inventeur parti de rien, seul contre tous, qui manque de tomber plusieurs fois mais qui se relève et réussit finalement à triompher et connaît enfin la gloire. Mais plus prosaïquement, c’est aussi une histoire dont nous pouvons tirer des leçons utiles pour l’innovation, et singulièrement pour notre pays, qui en a bien besoin.

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Petite victoire deviendra grande: Comment le monde change et ce que ça implique pour les activistes

Comment le monde se transforme-t-il? Lorsque Charles Darwin a proposé sa théorie de l’évolution des espèces, il a imposé l’idée pour longtemps d’une évolution continue, par petites touches. Un papillon noir devient un papillon jaune en passant par toutes les couleurs intermédiaires, au travers de multiples générations. Les progrès de la science ont montré cependant que l’évolution se fait de façon beaucoup plus brutale que cela, avec des mutations très importantes d’une génération à l’autre; en fait, dans l’évolution des espèces, la majeure partie du changement se fait par sauts brutaux. Cette opposition entre un changement continu et un changement brutal, entre un monde linéaire et un monde non linéaire, masque une réalité plus nuancée pour ce qui concerne les systèmes sociaux que sont les collectivités humaines, comme les marchés, les nations ou les organisations; la compréhension de cette réalité représente un enjeu important pour les activistes qui veulent changer le monde.

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Incertitude et modèles mentaux: pourquoi le monde devient fou

Quiconque sort un peu la tête de son confinement ne peut être que frappé par la violence du débat public (quand il y a débat). Il semble que nous partagions de moins en moins de choses collectivement. Même des sujets qui faisaient autrefois relativement consensus, comme la laïcité, l’action de l’Etat ou les sapins de Noël, sont désormais l’objet de divisions profondes et il semble que pas un seul sujet, quelque trivial qu’il soit, n’échappe à une polémique. Mais cette tension se ressent aussi au sein des organisations, grandes et petites, confrontées à des défis qui vont bien au-delà de la gestion d’une situation très incertaine et très complexe, dans laquelle personne n’arrive à se projeter. Face à l’incertitude, les modèles actuels ne fonctionnent plus, et c’est ce qui nous rend fous.

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Tout entrepreneuriat est social: l’histoire de Josiah Wedgwood

Lors d’une intervention il y a quelques semaines, j’évoquais le rôle très important joué par les grandes surfaces dans la période de crise de mars-avril et je montrais qu’il était allé bien au-delà du simple rôle économique. « Vendre des carottes, ça a aussi un impact social » évoquant même, horresco referens, la notion d’éthique marchande. La réaction n’a pas traîné naturellement et l’une des participantes s’est exclamée : « Vendre des carottes c’est purement économique; ce n’est pas motivant en soi; il faut un supplément d’âme, il faut donner du sens. » Voilà, une nouvelle fois nous sommes victimes d’un fameux modèle mental qui veut qu’on découpe toujours le monde en deux, ici l’économique et le social, pour les opposer. Le social étant le domaine noble, et l’économique, le domaine ignoble de la simple contingence (nous sommes en France!), incapable de donner un sens en lui-même, avec une stricte séparation entre les deux. Ce dualisme, cette thèse de la séparation comme l’appellent certains chercheurs, ne correspond pas à la réalité, et surtout est profondément contre-productif. Regardons-le au travers de l’exemple de Josiah Wedgwood, le fondateur de la poterie éponyme.

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Le stratège et la technologie: drôle d’endroit pour une rencontre

Il existe un modèle dominant de la stratégie dans lequel les buts sont déterminés, puis les moyens nécessaires sont rassemblés et déployés. Ce modèle, très cartésien, repose sur une séparation nette et unidirectionnelle entre la conception, noble, et la mise en œuvre, subordonnée. Or la révolution technologique que nous vivons depuis plusieurs années fait voler en éclat cette distinction: de plus en plus, ce sont les moyens qui permettent des buts. Tirer parti de cette révolution nécessite un intérêt sincère et profond des stratèges pour la technologie et ce qu’elle permet. Dans beaucoup d’entreprises, nous en sommes loin.

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Tech for good: Et si c’était une très mauvaise idée?

Au cours d’une conférence, quelqu’un m’a interrogé sur comment on pouvait développer le « Tech for Good » (sic). J’ai été surpris de la question; j’ai répondu que, de toute évidence la tech avait eu et contribuait d’avoir un impact incroyablement positif sur l’humanité, que ce soit en termes de richesse et de santé, mais c’était un peu facile; surtout, ce n’était pas vraiment la question. La vraie question, c’est qu’est-ce qu’on entend par ‘good’? Et c’est une question fondamentale parce qu’y répondre montre que derrière la noblesse de l’intention, Tech for Good est en fait une très mauvaise idée.

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Innovation et société: La dangereuse tentation des moratoires

Il ne se passe pratiquement pas une semaine sans qu’une personnalité française n’exige un moratoire. Moratoire sur la 5G, moratoire sur les OGM, moratoire sur les vaccins, ou encore moratoire sur les entrepôts Amazon, accusés d’être destructeurs pour l’emploi et pour l’environnement et de constituer une concurrence déloyale pour les commerces de proximité. Beaucoup de commentateurs se moquent, mais c’est une réaction profonde et il faut la comprendre car elle touche beaucoup de nos concitoyens. Que traduit ce souhait des moratoires? Et surtout, quelles en sont les conséquences?

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Choisis ton camp camarade! Pourquoi diviser le monde en deux nous empêche de le transformer

J’étais interrogé il y a quelques jours par une journaliste sur la notion de collapsologie. Je reviendrai dans un futur article sur les réflexions que m’ont inspirées cet échange mais ce qui m’a frappé c’est que la question initiale a consisté à me demander dans quel camp je me situais: les optimistes ou les collapsologues? J’ai refusé de choisir mon camp, et je crois que dans le monde de plus en plus polarisé qui est le nôtre, un tel refus est de plus en plus nécessaire. Cela ne signifie nullement s’interdire d’agir pour le transformer, bien au contraire. Alors, comment changer le monde sans choisir de camp?

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