Le pari perdant de la collapsologie

Les inquiétudes fortes liées au changement climatique et aux défis de l’écologie en général ont développé une forte crainte d’un effondrement possible de notre civilisation industrielle à relativement courte échéance, entraînant tout un courant de pensée regroupé sous le terme de « collapsologie » (de l’anglais collapse, effondrement). Emblématique de ce courant, l’ancien ministre Yves Cochet vient de publier un ouvrage retentissant où il explique comment il se prépare à l’effondrement en organisant une vie autarcique à la campagne. Si les prédictions apocalyptiques ne sont pas nouvelles (elles étaient courantes au Moyen-Âge), et si les propos semblent parfois ridicules, la collapsologie pointe cependant le doigt sur une question importante liée à notre civilisation même si, au final, elle représente un pari perdant.

Notre civilisation: interdépendance, richesse et fragilité

Notre civilisation industrielle est le produit d’un arbitrage entre efficacité économique et robustesse. L’efficacité économique nécessite une division du travail. Chacun se spécialise dans ce qu’il sait faire de mieux, et « achète » le reste aux autres. C’est aussi ancien que l’humanité. Celui qui restait à la grotte pour peindre sur les murs ou fabriquer des flèches était nourri par le reste de la tribu même s’il n’était pas parti à la chasse. Il était dépendant des chasseurs pour sa nourriture comme eux dépendaient de lui pour leurs armes. C’est ainsi que les deux traits fondamentaux de notre civilisation industrielle représentent les deux faces d’une même pièce, celle de notre richesse: une division du travail et une interdépendance aujourd’hui poussée à l’extrême (on ne fait quasiment plus rien soi-même). C’est ainsi que pour toute activité imaginable, chacun est amené à se poser la question suivante: devrais-je le faire moi-même, et ainsi être indépendant, ou devrais-je l’acheter à un tiers, et ainsi être plus efficace?

En ayant poussé la dépendance à son extrême, notre civilisation est devenue riche, mais elle a également développé une certaine fragilité. Une grève dans un dépôt d’essence et ma voiture ne roule plus. Sans mon boulanger, plus de pain. Sans EDF plus d’électricité. La division du travail ne peut fonctionner que dans le cadre d’un ordre politique et social relativement stable permettant les échanges. Si cet ordre n’existe plus, les échanges deviennent difficiles, et le retour à une certaine forme d’autarcie est assez naturel. Dès lors que ses tenants anticipent précisément l’effondrement de cet ordre politique et social en raison de l’évolution du climat et des ressources naturelles, la collapsologie n’est pas dénuée de fondement. Son retard industriel a ainsi servi la France durant la seconde guerre mondiale car il restait une large base paysanne pour nourrir le pays; mais on peut aussi estimer que ce retard a facilité la victoire allemande en premier lieu…

Viens avec moi si tu veux vivre (Photo: Wikipedia)

Les limites de l’autarcie

L’autarcie, cependant, a ses limites: une première limite est qu’elle n’est jamais complète. Je peux faire mon pain moi-même pour me passer du boulanger, mais je dois acheter mon blé. Je dépends donc de l’agriculteur, ou plutôt du meunier pour me le fournir. Sauf à le cultiver moi-même? Mais ça commence à devenir compliqué parce que pour faire cela, il faut une grande surface et des outils, ce qui nécessite de travailler avec d’autres. Il y a toujours un moment où l’indépendance s’arrête et où la dépendance commence. Je peux me déplacer à cheval, mais si celui-ci tombe malade, je dois bien appeler un vétérinaire. Ce couple peut décider d’accoucher seuls dans la forêt, mais si ça se passe mal, ils prendront leur téléphone et ils appelleront le SAMU. Tôt ou tard on finit par faire appel à cette civilisation industrielle à laquelle on cherche pourtant à échapper. On peut même avancer l’idée que l’autarcie n’est aujourd’hui envisageable que parce qu’il existe une sorte de police d’assurance fournie par cette fameuse civilisation industrielle qui est que quand ça se passe mal, je peux « sortir de l’autarcie », un peu comme les enfants qui crient « pouce » pour suspendre le jeu. Une seconde limite, évidemment cruciale, de l’autarcie est qu’elle est intrinsèquement inefficace. Si chacun fait son pain, cultive ses légumes et fabrique ses habits, nous sommes condamnés à une économie de subsistance très improductive telle qu’elle existait jusqu’à la fin du Moyen-Âge. Cela signifie consacrer la majeure partie de sa vie à des tâches alimentaires et ménagères. Cela signifie se priver de très nombreuses choses qui ne peuvent exister que grâce à la division du travail (un hôpital, une armée ou un orchestre symphonique, par exemple) à un coût potentiellement très important.

De quelle fragilité parle-t-on?

Notre civilisation est-elle cependant si fragile que ça? Effectivement, une grève dans un dépôt d’essence et ma voiture ne roule plus. Mais cette fragilité de court-terme masque en fait une solidité intrinsèque de notre système, celle qui lui permet de s’adapter à pratiquement toute circonstance imprévue. Je l’ai évoqué dans un article précédent, notre civilisation est un système complexe qui possède une propriété appelée quasi-décomposabilité. En gros, cela signifie que ce système possède une identité propre (civilisation), mais qu’il est constitué d’une myriade de sous-systèmes qui peuvent évoluer presque indépendamment. Qu’un de ces sous-systèmes vienne à défaillir (mon boulanger ferme, l’essence vient à manquer) et le système est capable de recréer un nouveau sous-système alternatif. Cela s’est toujours produit. Cette capacité « locale » d’évoluer peut fonctionner à grande échelle, comme en témoigne le succès du site de partage automobile BlaBlaCar durant les grèves de la SNCF. Elle traduit la robustesse du système car celui-ci peut survivre et conserver son identité propre malgré des échecs partiels même nombreux.

Un pari de Pascal inversé

Le débat entre autonomie et efficacité ne sera bien-sûr jamais terminé car il représente une tension à gérer, pas un choix binaire, mais il correspond néanmoins à un pari nécessaire. Le mathématicien et philosophe Pascal estimait qu’il fallait croire en Dieu, parce que cela représentait un bon pari: si Dieu n’existe pas, nous ne perdons rien, mais s’il existe, nous avons eu raison de croire en lui. Les collapsologues font un pari de Pascal à l’envers: ils essayent de se protéger contre un effondrement qu’ils estiment inéluctable, mais cette protection est largement illusoire, et ils se condamnent à une vie misérable si l’effondrement ne se produit pas: c’est le pari d’un faible gain avec une perte importante. On peut envisager le pari inverse: imaginer des approches permettant de renforcer la robustesse du système actuel sans dégrader sa capacité à évoluer et à produire de la richesse. Plutôt que de se retirer du monde comme les romains se retirèrent dans leur villa, rester dans le monde pour le faire évoluer. C’est le pari de tous les réformistes: une conscience des fragilités du système actuel, mais une posture de confiance dans l’ingéniosité humaine et sa capacité à continument résoudre les difficultés auxquelles nous sommes confrontés. Cela semble un pari beaucoup plus raisonnable que de se retirer dans sa ferme pour y cultiver 15 carottes.

Sur le même sujet, à propos des limites de l’autarcie, lire mon article Le vrai danger du « consommer local ». Sur la notion de quasi-décomposabilité et pourquoi elle est importante pour comprendre la dynamique de systèmes complexe comme une société ou une organisation, lire Quasi-décomposabilité: ce qu’une idée entrepreneuriale peut apporter à la construction européenne ainsi que La quasi-décomposabilité, un concept important pour l’innovation et l’entrepreneuriat. Lire également mon article écrit avec Dominique Vian publié dans HBR France: Pour changer le monde, visez petit.

13 réponses à “Le pari perdant de la collapsologie

  1. Bonjour,
    Je ne suis pas certain que le peintre rupestre n’était pas lui même un chasseur cueilleur, l’indépendance étant alors trop vitale et l’humanité pas assez développée pour nécessiter élevage/agriculture à rendements croissant avec la population à nourrir. C’est donc AMHA un aussi mauvais exemple que Cochet jouant au survivaliste (ces derniers faisant plutôt passer l’armement avant la permaculture, pas sans raisons en cas d’écroulement réel d’ailleurs)!
    L’optimum de répartition des tâches selon les compétences prends par ailleurs un coup avec l’uniformisation (vers le bas) des salaires d’un pays qui tape trop ceux qui ont encore un peu de gras tous les mois sans pouvoir payer un fiscaliste: L’ingé que je suis se charge désormais de sa plomberie, après l’électricité, car l’artisan est si cher qu’acheter l’outillage est largement rentable même pour un seul chantier: Le sien.
    Nous sommes en pleine remise en cause des postulats du développement, ou cela ira-t’il? Bien malin qui peut le prévoir…
    Car, au fond, l’énergie peu chère est le véritable fondement de nos vies!
    Cdt.

  2. Bonjour, bien audacieux celui qui pourrait commenter efficacement face à un tel article mêlant tant d’amalgames, d’ignorances, de raccourcis et de préjugés, en si peu de lignes… pardon donc.

    Une proposition concrète sera ainsi de vous rapprocher de l’énorme travail scientifique d’Emmanuel Prados sur l’effondrement qui permettrai de corriger les ignorances et amalgames du présent article :

    Pour corriger les raccourcis, il y a le travail de sosmaires.org.

    Pour corriger les préjugés, et remettre à sa place la vraie cause des problèmes actuel, laquelle est la création monétaire par la dette / preuve de la cause, c’est avec de la monnaie créée par le dette, le crédit, qu’on achète le pétrole, et est donc en amont causal /. Et pour corriger cette cause historique et conséquemment catastrophique de toute les civilisations depuis 5000 ans (cf. Dette, 5000 ans d’histoire, David Graeber), il existe pour la première fois de l’histoire de l’humanité, une monnaie égalitaire et résiliente dans sa création qui a la puissance d’éviter l’effondrement futur qui vient si on ne change pas de paradigme, une monnaie libre basée sur la théorie relative de la monnaie de Stéphane Laborde, mathématicien Français.
    En espérant ne pas avoir été trop violent dans mes propos liminaires.

  3. Arthur Keller

    Anticiper la survenue d’un possible effondrement se limiterait donc à « se retirer dans sa ferme pour y cultiver 15 carottes » ? Je ne saurais que vous recommander de mieux étudier un sujet avant d’écrire des articles critiques sur ce sujet.

    Il existe de multiples approches de l’effondrement, et de la préparation à l’effondrement. Qui a dit que cette préparation ne pouvait être qu’individuelle, et pas collective à l’échelle territoriale ? C’est là-dessus qu’il faut travailler, et cela règle la question du juste positionnement de curseur entre autonomie et efficacité, que vous soulignez à juste titre.

    Je vous invite à regarder cette conférence récente, vous y verrez qu’on peut considérer qu’une série d’effondrements sociétaux est plus que plausible… tout en travaillant à mettre en place des stratégies intercommunautaires de résilience qui rendent à la fois plus autonome (collectivement) sans sombrer dans une perte d’efficacité qui nous ramènerait au Moyen-Âge.

    > https://www.youtube.com/watch?v=5eAAEtDJa0s

    Bien à vous,
    Arthur Keller

  4. Vous vous attaquez à l’autonomisation qui n’est qu’une des réponses à l’effondrement. Vous sautez allègrement les raisonnements étayant les probables effondrements.

    Division du travail plus échange là je suis d’accord, les échanges impliquant transports et voyages.

    En s’adossant aux cours de Jancovici et aux rapports du GIEC.
    Je tiens pour acquit le réchauffement possible à relativement court terme, 3 à 5 degrés en 2100.
    Simultanément l’énergie pas cher qui permet prioritairement les échanges (et les voyages), à savoir le pétrole depuis 2006 (AIE) a passé son maximum. Le seul espoir serait la fusion nucléaire. Pour une fois tous les grands pays industriels s’unissent dans le projet ITER. Cette union semble signifier qu’ils ont tous conscience du problème.

    Jancovici montre bien la relation entre production, PIB, et quantité d’énergie utilisée.
    Si toutes les classes moyennes des nouveaux pays industriels s’équipent en véhicules individuels plus les transports collectifs en 2040 il y aurait 2,000,000,000 de véhicules pour 1 milliard aujourd’hui. Dans le ciseau épuisement des matières premières, dont l’énergie et le réchauffement climatique, l’effondrement ou en tous cas des problèmes sérieux sont inéluctables.

    Certains collapsologues proposent un TOP-DOWN pour des agglomérations autour de 20,000 habitants. Alphonse Allais déjà voulait transporter les villes à la campagne, j’ajouterai de les disperser . Les collapsologues, là, anticipent le post-effondrement et donnent un espoir à ceux qui survivront, c’est prévoyant.
    Au lieu de vous gausser des collapsos dites-nous plutôt comment échapper à la première étape, à savoir
    La pénurie d’énergie pas cher accompagné du réchauffement à plus cinq degrés.

    • Iter est en effet un signe de la conscience d’un problème passé enfin du monde des chercheurs (qui savent depuis les conclusions du Club de Rome dans les années 70 ou nous allons, à quelques décennies près liées aux approximations rendues nécessaires par les moyens de calcul de l’époque) à l’internationale politique: La voie actuelle de la fission (et ses déchets) ne devrait être qu’une transition vers la fusion, il en va de la survie de l’humanité.

      Mais on risque de regretter les 30 ans de retard entre le constat et les premières décisions de se coller sérieusement au défi d’industrialiser un soleil en boite.

      Un autre signe, aussi récent que préoccupant, est cette poussée à marche forcée vers la mobilité électrique (combinée aux restrictions croissantes de circulation), malgré les régressions qu’elle implique en matière d’autonomie (surtout cumulé à la durée du « plein ») et son bilan global réel: Cela peut signifier que l’on commence à se précipiter pour lisser, sans oser le dire, une chute de production pétrolière pas indéfiniment compensée par le bitumeux (que les USA finiront, les infra en place payées par des cours hauts, par se garder pour des raisons stratégiques évidentes).

      Ce n’est en tout cas pas un problème réel de qualité de l’air, qui s’est plutôt améliorée ces dernières décennies chez nous et pour l’impact mondial, tant que Chine/USA/Inde ne changeront pas nos efforts ne produiront aucun effet: On est donc forcément dans la manipulation d’opinion et le prétexte!

      Surtout que c’est aussi un bon moyen de motiver les gens à redemander du nucléaire, dans une époque post-Fukushima, quand les moyens de production ne tiendront plus (c’est prévu pour 2022) et que la Zoé subventionnée quelques années auparavant devra de plus en plus souvent rester au garage… a côté du diesel de plus en plus interdit de sortir!

      C’est aussi sans doute aussi pourquoi on ne part pas à fond dans l’hydrogène, qui résout tous les gros problèmes côté consommation mais pose des problèmes de rendement de production qui font passer les pertes liées au stockage sur batterie pour une bonne affaire… surtout si on cumule avec la vaste blague du renouvelable, hors hydro-électrique, et ses ratios de production réelle vs installée totalement désastreux qui ne servent qu’a faire flamber nos factures.

      Pour la suite, se rappeler qu’une agriculture peu mécanisée nécessitait pas loin de la moitié de la main d’œuvre d’un pays. Forcément, si on devait en revenir là par manque d’énergie, cela va secouer. Si on ajoute les retards de l’EPR tête de série (et de ceux qui devaient suivre), principalement à cause des pertes de compétences dans un pays globalement en voie de désindustrialisation avancée, il n’y a en effet de quoi être pessimiste.

      L’énergie est LE sujet fondamental et il est totalement ignoré par l’article!!! Est-ce bien sérieux?

  5. Epecas Gerard

    En cas de effondrement il y aura 2 types de reactions sociales :
    La premiere , sans doute majoritaire , sera le retour a la lutte pour la survie , donc la violence incontrolee
    La 2° sera la realisation de solidarites et d’interdependance localisees . On ne reviendra a ce qui a existait instinctivement : des communautes se regroupent dans un « chateau fortifie » (physique ou moral) , pour resister aux hordes sauvages
    …… et c’est reparti comme en l’an Mille …………….

  6. Christophe Thomas

    Développement durable, respect de l’environnement , démocratie, droits de l’homme, regardez les éléments qui compose notre quotidien et leurs provenances…
    La solution locale est la meilleure réponse au désordre global

  7. Guillaume Mandil

    Cher Philippe,

    Dans le dernier paragraphe de votre texte vous indiquez : »C’est le pari de tous les réformistes: une conscience des fragilités du système actuel, mais une posture de confiance dans l’ingénuité humaine et sa capacité à continument résoudre les difficultés auxquelles nous sommes confrontés. »

    Pourriez vous appliquer le concept du pari de Pascal à votre Pari ? Pour ma part, les options se posent dans ces termes.
    D’une part, Si vous échouez, toutes les prospectives scientifiques (GIEC, IPBES, …) indiquent que nous nous dirigerons, littéralement, vers la catastrophe. J’espère que vous en conviendrez.
    D’autre part, j’ai beaucoup de mal à imaginer quel bénéfice global (hors la réussite de quelques individus au détriment des autres), pour la société, pourrait découler de votre proposition ? Êtes-vous entrain de nous proposer une dystopie ou les technologies nous permettraient de vivre « hors sol » ? Pourriez-vous nous décrire cette société que vous appelez de vos vœux afin que chacun puisse se faire une idée réelle du pari que vous nous conseillez ?

    Meilleures salutations
    Guillaume Mandil

  8. C’est un peu triste d’écrire un livre et autant d’articles (intéressants au demeurant) sur les modèles mentaux… et ne pas être capable de sortir des siens pour parler de la collapsologie.

    Heureux de voir qu’un Arthur Keller a pris le temps de vous répondre…

    Une analyse plus poussée, moins biaisée, prenant le temps de prendre en compte tous les paramètres su sujet et du problème, aurait été bien plus instructif.

    Passons sur les assertions du type « le retard industriel de la France » responsable de la débâcle de 40…

    Bref, une fois n’est pas coutume, mais extrêmement déçu par cet article…

  9. Votre article a été cité sur le forum de l’association Adrastia qui regroupe plusieurs centaines de personnes partageant les thèses de la « collapsologie » et il m’a fait réagir (nous accueillons avec intérêt les opinions divergentes).
    Tout d’abord, affirmer que les « collapsologues essayent de se protéger contre un effondrement » est une première erreur.
    Je pense en effet qu’un « collapsologue » est avant tout préoccupé par le fait d’intégrer un effondrement à venir, d’en accepter les conséquences et de ne se bercer d’aucune illusion.
    On ne parle pas ici de misérabilisme ou de dépressifs recroquevillés sur leurs petites personnes mais bien de prendre conscience avec acuité de tout ce que le monde moderne nous apporte, de mesurer notre dépendance à celui-ci et d’apprécier avec justesse les effets de sa privation.
    Partant de là, les « collapsologues » (je continuerai à mettre des guillemets à chaque fois tant le terme et la soi-disant science associée posent questions) se trouvent dans une position naturelle d’arbitrage entre progrès / confort et destruction de la nature et ils intègrent cela dans leurs vies quotidienne, je ne crois pas les trahir en l’affirmant.
    Les « collapsologues » sont donc avant tout des personnes qui font des choix, des arbitrages à partir de ce qui précède, ils le font sans aucune illusion, et :
    – je n’ai jamais entendu un « collapsologue » prétendre qu’il était assuré de survivre à un collapse, rien à voir avec une démarche survivaliste;
    – je n’en ai jamais entendu aucun reprocher les choix opérés par d’autres, qu’ils soient « collapsologues » ou pas.
    Mais s’il y a un consensus qui nous réunit, c’est bien évidemment le sentiment de l’inéluctabilité de l’effondrement à venir, quel qu’en soit la forme (dans le désordre : climatique, de la nature, alimentaire, démographique, pétrolier, financier ..?) ou l’échéance (5 ans ? 15 ans ? 2050 ? 2100 ?).
    Parce que pour les collapsologues, l’effondrement n’est pas un processus abrupt mais un glissement en cours qui ne peut plus être stoppé.
    Il a déjà commencé pour des sphères qui ne nous impactent pas directement mais qui nous impacteront à plus ou moins long terme comme la qualité des eaux, la pollution des sols, la masse organique, la biodiversité, la composition de l’air etc.
    Et il va se poursuivre quelque soient nos efforts parce que nos divergences et nos intérêts immédiats ne coïncident pas avec la vision à long terme qu’il faut adopter, parce que le changement de paradigme nécessaire est d’une telle magnitude qu’il est simplement inatteignable.
    Forts de ces convictions, les « collapsologues » ont généralement tendance à se rapprocher de la nature et à retrouver le goût de choses simples.
    Maintenant, si je peux me permettre de parler de moi, depuis que j’ai pris des décisions de « collapsosologue », ma qualité de vie s’est améliorée dans des proportions inouïes (la chance ne sourit-elle pas aux audacieux ?) et je ne me retrouve en rien dans le portrait du looser à la vie misérable que vous dépeignez.
    Et même si certains semblent avoir une vie misérable, encore faut-il la comparer ce que leur offrent des cités de banlieues où l’effondrement social est en marche. Si vous réduisez la différence à l’écran plasma d’un mètre carré, il parait évident que quelques trucs ont été oubliés…
    Le mépris que vous affichez à « cultiver 15 carottes » en dit long sur votre perception de la vie proche de la nature.
    Je pourrai d’ailleurs vous retourner le compliment : et si c’était vous qui aviez fait le pari risqué de demeurer immobile au milieu des fous alors que vous aviez encore le temps de faire vos choix et d’améliorer votre résilience ?
    Ensuite je reçois tout à fait votre argumentation sur la division du travail et l’efficacité collective mais cela n’est vrai que lorsque tout fonctionne. Dans les situations de crise, les problèmes s’additionnent et empêchent même les solutions de contournement (vous ne croyez tout de même pas que blablacar rendra la traffic fluide pendant les grèves ?)
    La première démarche raisonnable d’un « collapsologue » est de se construire un réseau local d’entraide et d’identifier les complémentarités. Certes, de nombreux bien et services lui resteront inaccessibles mais vous, qu’aurez-vous à échanger en situation de crise afin d’assurer votre survie et celle de vos proches ?
    J’ai bien lu votre intérêt pour la quasi-décomposabilité de notre système mais c’est oublié que les interdépendances sont si fortes que l’effet château de cartes ne laissera pas le temps aux alternatives de se mettre en place. Il suffit de changer de posture pour s’en convaincre:
    Une étude à mis en lumière qu’après 17 jours d’arrêt des transports on commencerai à observer les premiers morts … de soif ! Par manque de maintenance des infrastructures et d’approvisionnement en consommables !
    Alors oui, vous pouvez imaginer des approches permettant de renforcer la robustesse du système actuel mais j’aimerai savoir comment vous allez persuader la compagnie des eaux d’investir massivement pour développer un système plus résilient ? En lui servant le discours de Mr Silberzahn qui participe activement à alimenter la doxa du « vous_inquiétez_pas_ça_va_tenir_tout_est_sous_contrôle « ?
    Ou en partageant quelques visions collapso bien senties ?
    On nous accuse souvent d’inciter à l’inaction avec notre vision négative mais admettez que les ressorts de l’action ne sont pas de votre côté.
    Vous verrez, les misérables ne sont pas inutiles, je gage que vous y aurez recours bientôt.

  10. Cette phrase est intéressante : « ils essayent de se protéger contre un effondrement qu’ils estiment inéluctable, mais cette protection est largement illusoire, et ils se condamnent à une vie misérable si l’effondrement ne se produit pas: c’est le pari d’un faible gain avec une perte importante »

    Cette idée de « vie misérable » est éminemment subjective : est-ce qu’un cadre de multinationale, « haut potentiel », en costume dans un métro bondé et puant à une vie plus ou moins misérable qu’un décroissant dans sa yourte ? Est-ce que votre vie – ou la mienne – semble désirable ou misérable pour l’habitant d’un éco-hameau (et inversement) ?

    Que l’on ne s’y trompe pas, avant d’être des parieurs sur l’avenir, les collapsologues sont des opposants au système en place. Ils n’ont aucune envie de le réformer, ils souhaitent juste construire le leur à côté. Ce n’est qu’une fois ce choix fait que quelques uns élaborent des théories pour post-rationaliser leurs choix.

    Échanger la sécurité contre la liberté : c’est un choix que j’ai fait en créant mon entreprise il y a 4 ans tout juste (a l’aide de vos articles et moocs). Non seulement je ne l’ai jamais regretté, mais j’ai découvert ensuite qu’il m’était possible de racheter ma sécurité, pour avoir le beurre et l’argent du beurre.

    A lire et a relire : le chien et le loup.

  11. pierrebesson

    Il m’est arrivé de lire des articles inspirés ici. Je dois dire que celui-ci me paraît bien superficiel et mal documenté. Visionner les nombreuses conférences de Pablo Servigne, Vincent Mignerot, Arthur Keller, Laurent Testot, Jean-Marc Jancovici pour ne pas en faire une question idéologique. En effet, ces experts ont un discours ayant chacun sa couleur, mais tous s’appuient sur de larges sets de données difficiles a réfuter.

  12. Dexter Shagher

    N’importe quoi votre raisonnement.
    Ce n’est pas la division du travail qui a rendu la civilisation riche. C’est le pétrole quasiment gratuit. Et ce pétrole viendra a manquer inéluctablement.
    En quoi est-ce misérable de se préparer à l’autonomie ? D’avoir une maison au bord de l’eau et de faire son pain c’est misérable ? Ce qui est misérable c’est de penser que votre société est quasi indecomposable alors qu’elle est basé sur l’energie qui vient d’une ressource limité; le pétrole.