Les gilets jaunes ou la confusion des modèles mentaux dans un monde qui change

J’observe le mouvement des gilets jaunes avec fascination et je ne peux m’empêcher de voir à quel point il fait voler en éclat nos modèles mentaux, c’est à dire la façon dont nous expliquons le monde. Je m’intéresse au changement, ou plutôt à la difficulté de changer, et comme la plupart des observateurs, et même des acteurs, je n’arrive pas à trouver une explication satisfaisante à ce mouvement car il défie les classifications existantes. C’est bien-sûr le propre des phénomènes de rupture, qu’ils soient industriels, sociaux ou politiques et à ce titre déjà, ce mouvement est important. En faisant voler en éclat nos modèles mentaux, les ruptures créent d’abord la confusion parmi les acteurs, et préparent le terrain pour celui qui saura reconstruire un modèle sur la base de cette confusion. C’est au stade de confusion que nous sommes et la suite va être assez intéressante.

Ces dernières semaines ont été l’occasion d’un déluge d’analyses de la part des analystes, sociologues et politiques de tous poils qui s’en donnent à cœur joie pour nous expliquer le mouvement (ou désormais faut-il l’appeler insurrection?) des gilets jaunes; mais aucune explication n’est selon moi vraiment satisfaisante.

Confusion de modèles mentaux

On peut ainsi avoir une lecture du phénomène au travers de plusieurs modèles mentaux:

Un modèle mental libéral: le peuple se révolte -enfin!- contre les impôts qui nous écrasent depuis si longtemps. Il faut complètement revoir la fiscalité française.

Un modèle mental autoritaire: ce mouvement est noyauté par les extrémistes et il faut absolument rétablir l’ordre et dégager les barrages qui empêchent les honnêtes gens d’aller travailler. C’est l’ordre républicain qui est en jeu. Ça ne peut plus durer et il faut d’ailleurs songer à déclarer l’état d’urgence.

Un modèle mental légitimiste: un président a été élu, il a obtenu une large majorité à l’assemblée nationale, laissons-le gouverner, nous jugerons en fin de mandat.

Un modèle mental de gauche: le peuple se révolte contre la vie chère et le Président des riches.

Casseur… de modèles mentaux (Source: Wikipedia)

Un modèle mental géographique: c’est la révolte des campagnes contre les villes.

Un modèle mental historique: Ah encore une jacquerie, spécialité française. On distribuera quelques sucreries pour calmer les gueux, on pendra quelques meneurs, et la vie reprendra son cours.

Un modèle mental politique (il y en a plein): les bobos parisiens poussent pour une transition écologique au moyen de l’impôt, ce qui augmente le prix des voitures et du carburant, car ils peuvent encaisser les augmentations (ou rouler en vélo car ils sont en ville, mais sauf pour partir en week-end), alors que ces augmentations étranglent ceux qui sont fragiles économiquement. C’est la gauche écolo-bobo contre le peuple. Ou alors: l’écologie est un prétexte commode pour faire passer des taxes à un État désespéré dont c’est le seul horizon politique. Ou encore l’argument Bercy: on a tellement taxé les riches qu’il ne nous reste que les pauvres.

Un modèle mental économique: les gilets jaunes sont les grands perdants d’un pari stupide, le pari sub-urbain: je vis loin du centre et de mon travail parce que ça me permet d’acheter une maison moins chère; en contrepartie de quoi je passe du temps dans ma voiture (c’est la taxe des pauvres). L’augmentation inattendue des frais automobiles (carburant, contrôle technique, réglementations rendant les voitures plus chères, fermeture des centres, etc.) rend le calcul caduc. Je suis furieux de m’être fait avoir et j’en veux à la terre entière.

Un modèle mental syndicaliste: organisons un « Grenelle » du pouvoir vivre, ou un autre nom dans l’air du temps avec du social dedans, car Grenelle est le modèle mental français suprême (avec la taxation) selon lequel il n’est pas un problème que quelques puissants assis en petit comité autour d’une table ne puissent régler dans le dos de ceux qui en souffrent pour reprendre le contrôle à la rue.

Un modèle mental médiatique: les médias donnent une importance exagérée à un mouvement minoritaire pour faire de l’audience; ou alors: les médias reflètent un problème de fond du peuple.

Et la liste peut continuer ainsi…

Réinventer des modèles

Évidemment lorsque nos modèles mentaux sont attaqués, la réaction immunitaire ne se fait pas attendre. Une journaliste très Rue Saint Guillaume promettait ainsi de nous dévoiler « les vrais leaders des gilets jaunes », car il existe un modèle mental bien ancré qui veut que s’il y a mouvement, il doit forcément y avoir leader(s). Les gilets jaunes disent « les taxes nous étranglent »; le Président répond « Ils ont raison, le pouvoir d’achat est un vrai problème. » Ils posent le problème en termes de taxes, il le pose en termes de pouvoir d’achat, les deux modèles sont incompatibles, le dialogue ne peut avoir lieu.

Nous essayons désespérément de lire une situation donnée avec nos modèles mentaux actuels même lorsqu’ils sont déjà dépassés. Ce n’est pas nouveau. Dans les années 60, le conflit israélo-palestinien avait déchiré la gauche qui ne pouvait pas le « lire » selon Marx comme une révolte prolétarienne. Ici l’homme de gauche est confus parce que peuple se révolte, mais contre les taxes, pas contre les salaires, et remet donc en cause non pas le grand capital mais l’État qu’il voit pourtant comme le grand défenseur du-dit peuple. Il est surtout confus s’il s’intéresse désormais plus à l’écologie qu’au peuple et voit donc ce lui-ci comme égoïste face au danger du réchauffement climatique (la droite elle ne s’intéresse de toute façon pas au peuple – qui s’y intéresse donc?). Camus disait que mal nommer les choses c’est ajouter à la misère du monde, et l’erreur de modèle mental n’en n’est que l’expression au carré.

Raidissement du modèle mental

Une autre manifestation de la réaction immunitaire est naturellement de considérer les gilets jaunes comme des barbares. C’est effectivement le sentiment éprouvé lorsqu’on voit des hordes masquées saccager les centres villes. Nous sommes profondément choqués que l’Arc de Triomphe soit vandalisé (de Vandales, peuple barbare du temps de l’empire Romain), mais c’est précisément parce que cela a tant de valeur symbolique pour nous qu’il est mis à sac par ceux pour qui il n’en a aucune. Cette mise à sac est la traduction du décalage de modèles mentaux des forces en présence. En parlant de modèles mentaux, il est intéressant de noter que la plupart de ces dégradations sont le fait de bons petits blancs bien de chez nous alors que cela fait des années que nous avons été conditionnés (modèle mental) à attendre des razzias venant des banlieues et plus récemment des réfugiés. La surprise n’est pas venue de là où on l’attendait, autre manifestation de la fausseté de nos modèles. In da face!

Le premier devoir face à une surprise est un devoir de compréhension: que se passe-t-il? Qu’est-ce que cela signifie? Peu s’y attachent sérieusement. Nous avons déjà vécu cette incapacité à lire une situation, avec l’élection surprise de Donald Trump, le Brexit, le Printemps Arabe et l’élection d’Emmanuel macron entre autres.

Cette réaction à l’inadéquation de notre modèle mental face à une réalité qui nous échappe est un raidissement assez normal. On s’arque-boute sur notre vision du monde car elle est mise en cause et, au travers d’elle, c’est notre identité qui est mise en cause. C’est ainsi que plusieurs observateurs et certains syndicats policiers appellent désormais ouvertement à l’instauration de l’État d’urgence, arguant que la condition à la résolution de la situation est le rétablissement de l’ordre qu’on appelle, pour la circonstance, ordre républicain (ça sonne mieux). L’argument se tient, mais il sent la panique et le modèle est fragile: c’est en effet le même qui était utilisé pour la guerre d’Algérie: on gagne la guerre, on rétablit l’ordre, puis on négociera. Mais dans un pays républicain, l’ordre ne peut en principe aller sans la justice, ce qui complique les choses.

Ouvrons nos modèles

C’est le propre des situations disruptives que de remettre en question nos modèles mentaux. La confusion que nous ressentons est donc normale, quoique désagréable pour ceux qui pensent qu’être intelligent devrait permettre de lire toutes les situations. La réaction ne devrait toutefois pas être de se raidir et de se refermer, mais au contraire de s’ouvrir et d’élargir nos modèles mentaux (ce qui n’empêche pas le maintien de l’ordre et la poursuite des casseurs) pour en créer de nouveaux. Cela passe notamment par l’acceptation d’une réalité duale: oui, les gilets jaunes sont sympathiques et horripilants; oui ils sont courageux et pitoyables; oui ils disent des choses justes et d’autres absurdes; oui ils sont légitimes parce qu’ils sont le peuple et qu’ils sont acculés, mais il y a d’autres sources de légitimité et tout le peuple ne pense pas comme eux, etc. Cela passe également par une redéfinition des catégories socio-politiques. Peut-être la grande leçon d’une époque trouble est-elle que nous devons remixer nos modèles et apprendre à vivre avec une certaine ambiguïté et attendant d’en voir émerger de nouveaux.

Mais la question n’est pas juste de comprendre et de donner du sens, même si c’est déjà difficile comme le montre la confusion actuelle. La question est de savoir ce que l’on peut faire d’une situation ambiguë, c’est à dire, peut-être, d’un nouveau monde qui naît dans la douleur. En l’occurrence, qui inventera un nouveau modèle mental pour ce monde? Souhaitons que celui ou celle qui s’en saisira et lui donnera un sens soit animé de bonnes intentions.

Sur l’importance des modèles mentaux en situation de changement, lire mon article Comment le modèle mental s’oppose au changement: la tragédie des colons du Groenland. Sur la surprise résultant d’un aveuglement cognitif, lire mon article sur l’élection de Donald Trump: Homogénéité et aveuglement: Ce que Donald Trump nous apprend sur les surprises stratégiques.

36 réponses à “Les gilets jaunes ou la confusion des modèles mentaux dans un monde qui change

  1. Votre article est remarquable par la distance qu’il prend pour tenter d’englober le problème dans son ensemble.

    Je voudrais juste soumettre à votre réflexion deux éléments pour moi fondamentaux : l’immense majorité des modèles mentaux croit en la création de richesses alors que cette richesse n’est que faussement créée par la montée de la dette, fruit de la création de fausse monnaie par les banques.

    L’immense majorité des modèles mentaux a oublié que la monnaie qui est un titre de créance sur le groupe qui utilise cette monnaie, doit être causée par une véritable dette qu’a la collectivité vis-à-vis du porteur du billet. Cet oubli a fait sauter toutes les digues que la rareté de la monnaie avait construites.

  2. Je suis entièrement d’accot Avec votre analyse. Un bouleversement de la France et du monde est en train de se produire et depuis un certain temps . Deux mondes s’affrontent, l’ancien qui en avait les clés et le nouveaux qui est à la recherches des bonnes serrures adaptées à chaque porte d’entree Et bien sûr avec les bonnes clés . Ce bouleversement fait peur , on lit ce nouveau monde avec les codes de l’ancien. On a peur . Ce nouveau est en train de se créer mais il faut du temps. L’appareil politique est en train de changer, nos entreprises sont en train de changer, notre quotidien, nos vies sont en train de changer mais ce changement se met en place pas à la même vitesse car le monde ne sait pas créer en un jour pour le nouveau mode sa création est en train d’emerger Il est à ses prémisses et mettra du temps . Il faut s’attendre à encore des manifestations du peuple , c’est leur manière peut être de se transformer et de comprendre ce changement .

  3. Un autre point que j’entrevois, et qui va poser d’affreux problèmes pour gérer le dossier, c’est que les Gilet Jaunes, qui fonctionnent dans les catégories, vaches sacrées, boucs émissaires et tabous, n’osent même pas s’attaquer frontalement ce qui les a fait réagir.

    Ça me fait penser à la révolte de certains dans les régimes religieux, quand on doit dire « Je soutiens la Religion, MAIS »… j’ai entendu pas mal de « MAIS », et je n’ose même pas dire sur quoi tellement j’ai honte.

    Pour aggraver la situation, non seulement on refuse de dénoncer ce qui vous fait mal, ce qui vous semble absurde d’après les informations secrètes qui circulent sur les réseaux sociaux (les dossiers AutoPlus, l’UsineNouvelle, les rapports EDF, l’Agriculturale Health Study, les rapports de la DGAL) que les journalistes ne se sente pas devoir relayer, mais le Français moyen, du 16e arrondissement au fin-fond de la Creuse, a une formation économique profondément anti-économique, marxiste, et la réponse face à une situation délirante et pénible, est de hurler le discours « bouc-émissaire » et d’y ajouter un délire étatiste « yakafokon ».

    Un article de l’Usine Nouvelle explique ainsi (le les GJ vont le lire), que l’électrique à l’allemande pollue plus que le diesel, et qu’en France ce serait bien si on installait des EPrRet pas des éoliennes… Dur de payer sa taxe sur le gazole pour détruite le climat …
    dans le genre on stigmatise le diesel qu’on a encensé, alors que jusqu’à récemment le diesel polluait moins en CO2 et particules que les essences récentes, et que désormais c’est les même niveau de pollution qui s’appliquent.

    Le problème est indicible, les solutions inconcevables…
    On dénonce donc des boucs émissaires, et on propose les vaches sacrées habituelles…
    Ca va mal finir, et les Gilets Jaune ne sont qu’une partie.

    Par mon réseau je sais que les agriculteurs sont au bout du rouleau, a cause des dernières lubies du gouvernement, et surtout du fait que ca ne soit ni fondé moralement, ni scientifiquement, ni économiquement, juste lié à des intérêts partisants.

    Les gars de l’électricité/nuke sont plus rationnels, mais coté voisinage des Éoliennes, avec les lois qui abattent les réglements de santé publique, de l’urbanisme, au détriment des riverains, vont probablement déclencher des révoltes…

    À ce que je comprends, les vaches sacrés et tabous interdisent de dire des choses, et les gens informés observent l’absurdité et l’hypocrisie de certaines décisions. Un peu comme la pédophilie dans l’église, qui décrédibilise les dogmes.
    Impossible de demander des efforts quand les gens savent que c’est absurde et infondé.

    Nb: j’ai ma grille d’analyse et votre article résonne avec ma tendance naturelle à plaquer mon modèle mental. Logiquement je fais de grosses erreurs.

  4. j’aime beaucoup votre analyse. Mais comment pouvons nous nous adapter intellectuellement à ce paradoxe énoncé par un vieux chinois barbu : la seule chose qui ne change pas, c’est le changement. J’imagine que pour celui qui sait utiliser le Yi jing, la situation est passionnante.

  5. GiletsJaunesPacifiques

    Votre analyse a une part d’originalité mais elle met de coté 4 facteurs essentiels dans toute conduite du changement:
    – la notion d’exemplarité, de valeurs: la Macronie est autoritaire, méprisante, ultra pyramidale, exclusivement top down et n’accepte aucune remise en question. Elle ne montre pas davantage l’exemple, en témoigne les augmentations de 20 à 40% des conseillers de certains ministères.
    – le projet à long terme: les réformes sous couvert d’écologie, utilisée comme un plâtre en urgence, n’ont pas d’objectifs de long terme cohérent. Nos dirigeants donnent l’impression de réformer pour réformer, en multipliant des actions ne prenant en compte qu’une partie des aspects d’un problème, en imposant à tous ce que eux pensent être la seule vérité possible. Cette absence de vision partagée de long terme pour le pays empêche tout alignement, bloque l’évolution des individus sur la courbe de deuil tout en touchant à un facteur essentiel pour les français: la peur du déclassement.
    – l’absence de justice et de tempérance dans les mesures, couverte maladroitement par de la communication sur le « ruissellement », un concept qui n’a jamais fonctionné d’après la totalité des économistes. La réponse donnée -des aides au plus démunis- est méprisante et témoigne de l’incompréhension d’une caste qui ne comprend pas ce que représente la valeur « travail » pour la base. Tout cela renforce les frustrations et la radicalisation des gilets jaunes.
    – le démantèlement ou la marginalisation de tous les moyens d’expression de la base (syndicats, …) a entraîné la suppression des soupapes de sécurité qui empêchaient ce genre d’explosion populaire et bloqué tout retour d’information vers le haut (d’autant plus que LREM est le seul parti qui n’a aucune permanence en région). L’écoute excessive accordée aux lobbys, qui par essence défendent avant tout ceux qui ont les moyens de se les payer ou les extrêmes, n’a rien arrangé car le bien commun est mal pris en compte. Ceux qui ont tout aujourd’hui peuvent se passer de la solidarité nationale alors qu’ils sont les plus écoutés par des représentants censés représenter la France dans son ensemble et sa diversité.

    • Merci pour ces points très intéressants. Vous aurez compris que je ne prononce pas sur le fond mais, précisément, sur la grande difficulté pour les acteurs en place de donner un sens à ce qui se passe. C’est la source, non du problème, mais de la difficulté à le résoudre. Ce « combat de modèles mentaux » déconnectés était particulièrement frappant dans l’émission de France2 hier.

      • Excusez moi, mais quand Mr Darmanin expose sa difficulté à se restaurer pour 200€ dans Paris en pleine jacquerie, ce n’est certainement pas qu’un problème de « modèles » mentaux! S’en ajoute un autre qui nécessite habituellement une camisole…

      • vérifier la citation originale qui n’est pas celle qui a été rapportée…

      • Il a précisément évoqué que de manière générale, sans vin, une addition pour deux tourne à 200€ à Paris. Soit 100€ par tête qui seraient selon lui la norme.
        Je me demande alors comment font tous ceux qui, faute de resto d’entreprise, s’en sortent avec un montant proche d’un ticket resto dans leurs « cantine » de quartier. Il en va donc « juste » du simple au décuple, illustrant la déconnexion de notre « grand » argentier.

    • Intéressant de voir, et ça me challenge aussi, que ce qui choque , et ce que l’on prend pour évident est différent.

      L’exemplarité pour moi passe après la cohérence technique, mon côté ingénieur un peu autiste j’imagine.L’inégalité me choque moins que le gaspillage.
      De mon point de vue, et j’imagine que c’est réciproque, vos affirmations font partie du complexe idéologique qui est à l’origine du problème.

      Comment comprendre les faits, si en les regardants nous ne voyons pas la même chose?

      Et si l’action, comme l’expérience en science, permettait de nous départager.
      Mais pour être faisable l’action doit être à la taille de ceux qui agissent, et ne pas trop influer sur l’extérieur ?

      Et puis, et là je suis par expérience très pessimiste, il faut admettre les faits.
      La situation sur l’Energiewiende, est selon mes sources à des années lumières de ce qui se dit, qui est absurde au premier regard autant que la danse des Gerwani dans la légende Indonésienne officielle de 1965. L’histoire, les rencontres et le voyages font prendre conscience que ce qui est évident pour vous est juste absurde pour d’autres.

      Comment faire confiance à des expériences, des actes, s’il est évident que les faits sont ignorés, niés par les dogmes, et même les grilles d’analyse?
      On pourrait penser que le succès financier soit le juge de paix de la vérité, mais déjà s’opposer au consensus réduit ses chances de réussir (le chercheur hérétique sera seul, sans thésard, sans budget, sans publications), et il est vrai aussi que de plus en plus les succès sont virtuels et autoréalisateurs.

      Suis-je fou, ou dans une maison de fous?

      Somme-nous trop nombreux pour rester connectés au réel?
      Le modèle mental est comme la théorie du physicien, son paradigme Kuhnien: il détermine comment interpréter les faits, ce que l’on va expérimenter, ce qui est un échec, une réussite, une réplication, une réfutation, une anomalie, un hasard, une découverte , une fraude, un artefact.
      On pourrait penser s’en abstraire, mais ce n’est pas possible.

  6. Tout ceci se résume à une seule observation : nous avons depuis des décennies une classe politique d’irresponsables dans toute l’acception du terme.
    Une démocratie sans contrôle est un leurre.

  7. Merci pour cet article intéressant. Le point de vue suisse apporte une contribution pertinente, leur diagnostic -le manque de confiance- est tellement vrai (quoi qu’étant à la fois une cause et une conséquence): https://www.courrierinternational.com/article/vu-de-suisse-macron-doit-repondre-aux-gilets-jaunes-sil-veut-sauver-son-quinquennat
    Ils posent aussi une bonne question: où sont les marcheurs qui ont amené Macron au pouvoir?

    Enfin, l’ouverture sur le monde apporte une autre contribution pertinente en élargissant notre horizon d’analyse: https://www.courrierinternational.com/article/vu-de-letranger-gilets-jaunes-et-paris-est-devenu-une-zone-de-guerre

  8. Je ne pense pas que donner du sens à ce mouvement soit si difficile. C’est une question de reste à vivre qui arrive à fédérer autant ceux qui en arrivent à devoir compter chaque Euro que d’autres qui, malgré un salaire correct, sont les créditeurs toujours plus sur-sollicités d’un état qui malgré leur saignée va de plus en plus mal…
    Au moins un observateur, avec des bases historiques plus solides que celles de Mr Castaner (erreur de casting manifeste: Un type grande gueule qui a raconté tant de bêtise et démontré sa totale déconnexion comme porte parole de l’Elysée, placé dans un ministère de taiseux bien informé…), republie des articles écrits entre 2011 et 2013 qui annonçaient ce que nous vivons comme d’autres annonçaient avec des années d’avance la crise de 2007/2008, dont nous ne sommes jamais sorti et qui connaît en fait un développement de plus:
    https://lavoiedelepee.blogspot.com/
    Voir en particulier l’article « Pour l’amour du fisc ».
    Alors s’il faut se raccrocher à quelque chose, le bon prisme est sans doute celui de la jacquerie moderne après une distribution de sucreries loupée qui a tourné à l’enfumage de la part d’un pouvoir n’ayant pas su voir l’impasse et la nécessité, pour en sortir sans trop de casse, de passer pour la première fois l’En Marche… arrière! et immédiatement…
    La faute sans doute à un excès de confiance ayant résulté de tous les passages en force depuis 18 mois… ce qui laisse, au delà du résultat final, toujours des traces.
    Colomb a eu plus de nez et su sortir avec le bon timing, quoiqu’on pense du personnage. Laissant à ses problèmes de compétence croissants un gouvernement qui a d’ailleurs eu bien du mal à se renouveler à cette occasion, la personnalité du président-jupiter posant manifestement des problèmes de recrutement ayant ouvert la voie à du second voir troisième choix. Ce qui n’aide jamais quand une crise se pointe.
    Pour la suite, le léger problème, c’est le caractère diffus permis par les réseaux et l’absence de véritables meneurs à pendre pour l’exemple!
    Les modèles, c’est un peu comme en météo quand l’anticyclone des Acores déménage trop régulièrement: Ils ont leurs limites!

  9. Merci pour cet article, l’un des rare à prendre de la hauteur sur le sujet !
    J’aime bien l’idée « Ouvrons nos modèles », qui sonne un peu comme une invitation à « ouvrir nos chakras » – presque une incantation.

    Et justement, c’est la fin de l’article qui termine très bien tout cela : « En l’occurrence, qui inventera un nouveau modèle mental pour ce monde? Souhaitons que celui ou celle qui s’en saisira et lui donnera un sens soit animé de bonnes intentions. »

    Cela me semble être le coeur de la question, je me suis fait tacler sur un autre blog pour avoir dit qu’un « grenelle de la taxation » n’avancerait à rien, qu’il fallait probablement se poser la question du cap que nous souhaitons prendre – on retombe sur le 5ème principe : un pilote dans l’avion.

  10. Le 1er modele mental inadapté est de désigner les « gilets jaunes », la « France », les « médias » comme si ces mots recouvraient des unités opérationnelles…cette révélation n’en est pas une: les modèles mentaux en question étaient obsolètes depuis bien longtemps, le mouvement agit simplement en révélateur. Sa 1ere vertu (dont ne peut malheureusement pas isoler les actes de violence ou de pure délinquance) est de créer de l’incertitude…
    Il s’agit d’une « crise », c’est a dire un flux concentré d’évènements qui signalent en meme temps « danger » et « opportunité », suivant l’idéogramme chinois.
    Alors oui, les modeles mentaux volent en éclats car ils sont incapables d’appréhender l’incertitude réflexive de cette crise,
    Une forme de « hacking » génétiquement modifié et modelé de l’intérieur par les réseaux digitaux.
    Ce sont les instruments de mesure des observateurs nés au XXe siecle qui sont inopérants.

  11. Pingback: Gilets jaunes : la confusion des modèles mentaux | Contrepoints

  12. Le modèle mental dont il faut, en partie, sortir, est le modèle pyramidal qui repose sur la segmentation. Ainsi, chacun vit dans sa réalité en oubliant la base de la pyramide … d’où la colère des maires, suivi de la colère des gilets jaunes (je ne parle pas, bien sur, des casseurs).

    • C’est un modèle mental que de voir cela comme ça… vous aurez compris j’espère que le sens de mon propos est de prendre conscience des nos modèles, pas de critiquer tel ou tel…

    • Il me semble qu’il est impossible de « sortir d’un modèle mental ». Il est uniquement possible d’en adopter un autre.

      Le problème du gouvernement – et des entreprises – est peut-être dans cette difficulté à créer des nouveaux modèles mentaux et a y susciter une adhésion ?

  13. Je ne disais rien d’autre le centralisme autoritaire résulte bien du système pyramidal, du Top-Down, … tout le contraire de l’humilité !

  14. Tres belle analyse, mais inventér un nouveau model e « mental» est un projet politique … c’etait celui de la III Republique en son temps.

  15. Bonjour,
    je trouve que vous ramenez tout aux modèles mentaux.
    Les modèles mentaux sont nécessaires à l’action collective, à l’action individuelle rapide. Mais sont-ils essentiels à l’analyse, la compréhension, l’écoute ? J’observe qu’au contraire ils les limitent.

    Oui, les commentateurs télé expriment avant tout leur modèle mental. Mais les analystes qui adoptent une méthode scientifique sont supposés les laisser de côté.

    • Il n’y a pas de science sans modèle! Le tout est de ne pas en être prisonnier.

      • Effectivement, étant pragmatique j’ai cru que l’on pouvait s’en passer, mais en échangeant avec des scientifiques faisant face à l’incrédulité et au manque de théorie, j’ai compris que le modèle mental définissait le cadre même de l’expérience, de son analyse, et même le contenu de l’expérience.
        La théorie, son embryon, définit ce qu’est une réplication, un simple plantage, une réplication, un échec, un artefact, une réfutation.
        On ne peut réfuter qu’une théorie, pas un fait… Un fait s’explique par une théorie d’artefact (qui se prouve aussi en la répliquant), ce qui réfute la théorie concurrente. Le fait lui est là, mais sans théorie on ne sait pas s’il est similaire à un autre fait.
        Thomas Kuhn lui est plus profond encore et explique avec la notion de paradigme, plus vague que la théorie, que c’est un grille d’analyse qui définit ce qui mérite d’être analysé ou pas, quelles preuves prennent le pas sur d’autres, Un peu comme les probabilités a priori dans une analyse bayésienne.

        Ça résonne pour moi avec une problématique d’apprentissage en IA, ou en algo génétique : un grand travail de l’humain est de construire le cadre dans lequel le deep learning, le génome virtuel, va évoluer…
        Pour le cerveau humain, il y a un plan de construction modulaire qui structure un apprentissage fœtal puis infantile.

        Le problème du modèle mental montre combien il est important d’accepter la diversité des parcours, les étrangers au domaine, les « erronés », qui souvent sont moins optimaux (Kuhn l’explique bien en justifiant « le paradigme »), mais parfois peuvent eux sortir des pièges mentaux.

        Il est important de cantonner les « fous brillants » dans une sandbox, et de leur donner un budget sans discuter de l’usage.
        Les universités ont la notion de « tenure ».
        Les grandes boite ont aussi le terme Senior Fellow qui ont suffisamment prouvé leur valeur pour qu’on les laisse tester n’importe quoi.
        Ce qui m’effraie c’est que ces deux concepts (tenure et senior fellow) sont en train d’être remis en cause dans leur inconditionnalité…

      • la tenure est l’une des causes du conservatisme universitaire…

      • Effectivement les postes à vie peuvent pousser au conservatisme.
        Mais les chercheurs qui cherchent à plaire peut autant innover avec fureur, que refuser de risquer leur carrière.
        Peut-être faut t’il des deux… Dans mon univers sous terrain, ce sont les retraités qui innovent, parce qu’ils n’ont plus peur de rien.
        Mais ce son effectivement les indéboulonnables qui les ont brimés dans leur jeunesse.
        C’est un sujet à creuser !

  16. Pingback: Insaisissable peuple ? – BLOmiG

  17. Merci pour cet article.Certains de nos modèles mentaux sont certes périmés ou ont été dévoyés par des lobyistes à coup de « fake news » (« enfumage » en français).
    Merci à eux pour quelques jolis morceaux de rhétorique : la « théorie du ruissellement », « les 1ers de cordée », les « 1 millions d’emplois à créer » en contrepartie d’une baisse de charges et autres contre-vérités ou mensonges éhontés.

    A défaut de pouvoir s’appuyer sur ces modèles mentaux, pourquoi ne pas revenir à leurs origines : Nos Valeurs; celles qui fondent notre société.
    Pourquoi ne pas relire les droits de l’Homme et du Citoyen et notamment certains extraits que l’on entend rarement comme :
    La 2ème partie de l’art 1er : « Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune » (que penser des riches rentiers ?)
    Art 13 : « Pour l’entretien de la force publique, et pour les dépenses d’administration, une contribution commune est indispensable : elle doit être également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés. » (que penser des contribuables aisés, voir très riches qui ne paient pas ou peu d’impôt ?)
    Art 15 : « La Société a le droit de demander compte à tout Agent public de son administration. » (pourquoi faut-il une « jacquerie » pour que le gouvernement rende des comptes ?)
    Si les modèles mentaux sont effectivement sujets à l’obsolescence, au dévoiement ou au démenti, nos Valeurs le sont beaucoup moins. Si l’on veut progresser sans encombre, il faudra s’en rapprocher et s’y maintenir tel à une rampe dans un escalier trop raide.

  18. On a un tsunami sociétal par vagues successives
    Le RDV refondateur de légitimation de clef de voute des pouvoirs en France qu’est l’E P R : le 7 mai 2017, ni droite ni gauche au 2nd tour du pays de 2 gaules, une révolution de velours qui masquait en fait une ligne se redessinant de fracture plus fondamentale
    Le mouvement de novembre 2018 en est la suite préparatoire des vagues suivantes et vient d’ouvrir la porte et prendre RDV pour plus tard àla faveur du premier retournement économique qui se produira et que le système ne pourra plus encaisser sans cette fois une vague qui ira jusqu’au bout

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.