Caramba, encore raté: pourquoi le gratuit ne signe pas la fin du capitalisme

Il faut reconnaître une chose aux marxistes: ils ne lâchent pas facilement. Et surtout ils sont optimistes. Chaque développement du système capitaliste est pour eux la marque évidente de sa fin. Ils se trompent à chaque fois, mais ils ne perdent jamais espoir. Et en effet, l’espoir renaît depuis 2008 et surtout depuis le développement du tout gratuit et de l’économie du partage qui, devinez quoi… et oui, marquent la fin du système capitaliste.

Or le gratuit n’a rien de nouveau. La télévision française est gratuite depuis sa naissance. Il a fallu attendre 1984 avec Canal+ pour qu’une chaîne devienne payante. Mais surtout, gratuit, cela n’existe pas. Dans la plupart des cas, « gratuit », ça veut dire que quelqu’un paie un service, pour qu’un autre puisse être gratuit. Là encore, c’est un système vieux comme le monde de différencier l’utilisateur d’un service de celui qui le paie. Nous le vérifions chaque fois que nous allons chez le médecin. Pour nous il est « gratuit », mais en fait il est payé par la sécurité sociale et notre mutuelle, et pour partie par nos cotisations. La télévision est « gratuite » mais nous payons tout de même une redevance. Le rond-point dans votre commune est « gratuit » mais il est payé par vos impôts. Il en va de même pour Google. Faire une recherche sur Google est gratuit. Mais cette gratuité est rendue possible parce que Google, à partir de ces recherches, peut vendre de la publicité à des annonceurs qui paient, eux, monnaie sonnante et trébuchante. Nous ne sommes donc pas du tout dans une économie du tout gratuit, mais dans un classique modèle où les utilisateurs d’un service A financent en le payant la gratuité d’un service B.

En outre, la gratuité de certains services n’est possible que parce que ceux qui les produisent ont des coûts fixes, et un coût marginal nul (le coût marginal ou variable d’une recherche Google est nul et pourtant on estime à partir des coûts fixes qu’elle consomme l’équivalent d’une ampoule de 60W pendant 17 secondes). Ces coûts fixes sont le reflet d’un investissement en capital extrêmement élevé. Ainsi, pour offrir son moteur de recherche, Google mobilise environ 10.000 serveurs dans au moins 12 centres d’hébergement et consomme plus de 600 mégawatts. Si ça ce n’est pas de la concentration de capital pour créer un flux de revenu,l’essence-même du principe capitaliste, je ne sais pas ce que c’est.

Quant à l’économie du partage, elle suggère que l’utilisation est plus importante que la possession. Peut-être. Mais même en admettant cela, j’ai beaucoup de mal à comprendre en quoi cela signe la fin du capitalisme. Economie du partage ou pas, avant de partager avec d’autres il faut posséder. Certains possèdent, puis partagent avec d’autres qui ne possèdent pas. Au Moyen-Âge, on faisait cela avec le four à pain. Ce partage est monétisé, que ce soit sur BlaBlaCar ou avec AirBnB. Donc si l’on résume: un individu possède un actif, et le partage avec d’autres contre rémunération pour en amortir la possession. En bref, il le mutualise. Là encore, la pratique existe depuis toujours. Les chinois font cela tous les jours avec leurs usines et les transporteurs routiers avec leur camion, pour ne prendre que deux exemples triviaux.

Bien-sûr, on dira: « Ah mais comme il y a partage, les gens achèteront moins de voitures. C’est donc bien la fin des fabricants de voitures. » Je prends quelques instants pour essuyer mes larmes, et me permets de rappeler un grand classique de la pensée économique: l’argent ainsi économisé permettra aux utilisateurs de BlaBlaCar, Ô Bastiat, d’acheter quelque chose d’autre: des jeux vidéo, des tableaux de maître, des leçons de guitare, que sais-je, ce qui développera l’économie. Le parc de voiture sera mieux utilisé, le système aura gagné en productivité, ce qui est, faut-il le rappeler, l’essence-même du progrès capitaliste: produire plus avec moins par la mutualisation des moyens de production. Trois cent ans au moins que cela dure.

Revenons à cette question de possession des moyens de production car elle est doublement intéressante. L’axiome de base du marxisme repose sur la possession des moyens de production par les travailleurs. On voit mal en quoi, si l’utilisation devient plus importante que la possession, cela ne signifie pas plutôt la mort du marxisme que celle du capitalisme, qui lui sait allègrement combiner les avantages de la possession sans utilisation, et de l’utilisation sans possession.

D’ailleurs, Walter Lippman faisait remarquer dans son ouvrage La Cité Libre que l’importance donnée par les marxistes à la possession des moyens de production était incompréhensible: la théorie de l’agence a montré depuis longtemps que l’on peut posséder un actif et ne pas être en mesure d’en décider l’utilisation dans la mesure où le possesseur (le capitaliste) doit faire appel à un agent (un manager) pour le gérer. La possession est donc au final relativement peu importante dans le système capitaliste. Ce qui compte pour un actif dans le système capitaliste n’est pas la possession, mais les services que l’on peut créer à partir de cet actif. Les distinctions entre possesseur et utilisateur étant ensuite réglées par des flux financiers (intérêts, dividendes, loyers, etc.)

Bon donc encore raté, mais ce n’est pas grave, il y aura sûrement bientôt une évolution du système capitaliste, et peut-être même une crise, qui sait, qui redonnera espoir aux marxistes. Courage!

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17 réponses à “Caramba, encore raté: pourquoi le gratuit ne signe pas la fin du capitalisme

  1. Bonjour Philippe,

    Si je ne m’abuse, vous apportez un bémol à l’étude de Jeremy Rifkin (?)

    De ce que j’ai compris, au recul de la possession Vs utilisation s’ajoute (notamment) le phénomène de la pro-sommation, par lequel tout un chacun devient producteur et consommateur.
    Pour reprendre le modèle « Blablacar », les voitures sont mieux utilisées (…), les prix des trajets chutent mécaniquement du fait du nombre de voitures disponibles vers le coût marginal 0 (sur certaines fenêtres horaires, on trouve des Paris -Lyon vraiment pas chers, proposés par des chauffeurs prêts à tout pour amortir leur trajet).

    De mon point de vue, les prix chutent mais les chauffeurs vont (peut-être) pouvoir entrer en scène utilisant à fond la plateforme de mise en relation: je suis non seulement chauffeur sur un Paris-Tours à telle date, mais en plus je suis expert en informatique du particulier (+…)et je peux répondre à toutes vos questions sur la durée du trajet entre Paris et Tours. Pour cette raison, le trajet est à 25€ et non 15€. Là est une évolution possible du modèle Blablacar face au coût marginal 0 : l’individu devient le centre d’une économie de partage, il partage non seulement sont bien mais aussi et surtout sa qualité, concentrant toujours plus d’efforts devenir le centre de son modèle économique (nécessité oblige).

    D’ailleurs dans votre exemple, la valeur crée permettra de prendre des cours de guitare ou d’acheter des tableaux de maître, ce qui contribue à faire fonctionner le cercle vertueux du modèle. Reste à l’individu de se lancer en tant que prof de guitare. Si les jeux vidéos ne sont pas une source de revenu pour leur joueur, ils resteront consommés par les plus jeunes comme un choix de divertissement.
    Pour ce qui est des autres consommations, j’ose imaginer que l’élan généré s’accompagnera d’un retour vers l’essentiel.

    Finalement, tout salarié n’est-il pas un entrepreneur qui s’ignore ?

  2. Article intéressant même si paradoxalement ce combat contre les marxistes fleure paradoxalement bon le débat des années 70 ou le capitalisme est forcément responsable de tout et forcément angélique ou diabolique.

    J’aimerai débattre ici du processus de destruction créatrice chez Schumpeter.

    Il y a à mon avis un défi à relever pour l’avenir.

    A lire l’article on pourrait croire que ce processus est immuable avec un ratio création/destruction à minima nul mais généralement positif.

    Or si cela a pu être vrai, le passé n’est pas l’avenir et il est fort possible que l’hyperproductivité actuelle ne sonne pas la mort du capitalisme mais de l’emploi tel qu’on le connait.

    Des études pensent que 80 % des métiers actuels peuvent être automatisés d’ici à 20 ans. Même si le chiffre est de 40 % le défi est du même ordre.

    On n’avait jamais vu ça et je ne suis pas sûr que l’on crée rapidement les dizaines de millions d’emplois nécessaires…

    • Bonjour Pierre: vous mettez le doigt sur la question fondamentale. Je pense qu’il y aura compensation car la création existera toujours. Les pessimistes pensent que non en effet. Mais que proposent-ils alors? Je pense que comme on ne saura qu’en faisant, il vaut mieux embrasser le changement et parier sur l’ingéniosité humaine qui ne nous a jamais déçu.

  3. Vous souhaitez apporter un bémol à l’étude de Jeremy Rifkin..(?)
    De ce que j’ai compris, au recul de la possession Vs utilisation s’ajoute (notamment) le phénomène de la pro-sommation, par lequel tout un chacun devient producteur et consommateur.
    Pour reprendre le modèle « Blablacar », les voitures sont mieux utilisées (…), et les prix des trajets chutent mécaniquement du fait du nombre de voitures disponibles (coût marginal 0). Sur certaines fenêtres horaires, on trouve des Paris-Tours à 10€ proposé par des chauffeurs prêts à tout pour amortir leur trajet.
    Les prix chutent face au nombre de voitures jouant le jeu mais les chauffeurs vont pouvoir entrer en scène utilisant à fond la plateforme de mise en relation: je suis non seulement chauffeur sur un Paris-Tours à telle date, mais en plus je suis expert en informatique du particulier (+ autres compétences) et je peux répondre à toutes vos questions sur la durée du trajet entre Paris et Tours. Pour cette raison, le trajet est à 25€ et non 15€.
    Là est une évolution possible du modèle Blablacar face au coût marginal 0, par lequel l’individu devient le centre d’une économie de partage par sa qualité (son « être « et non son « avoir »). Les plate formes de mise en relation fleurissent dans toutes les activités (ex: petite entreprise.net, etc).

    Moins de voiture, et mieux utilisées, certainement, mais il ne s’agit pas que de la mutualisation des biens. Les individus concentrent toujours plus d’efforts devenir le centre de leur modèle économique (aidés par le contexte économique difficile). D’ailleurs dans votre exemple, la valeur crée permettra de prendre des cours de guitare ou d’acheter des tableaux de maître, ce qui contribue à faire fonctionner le cercle vertueux du modèle. Reste à tout un chacun de comprendre qu’il peut tenter de gagner sa vie en tant que prof de guitare ou peintre, si c’est ce qu’il fait de mieux.
    Pour ce qui est des jeux vidéos, ils resteront un choix de divertissement des plus jeunes (sauf à ce qu’ils puissent générer du revenu pour les joueurs) !

    Finalement, tout salarié n’est il-pas un entrepreneur qui s’ignore ?

  4. Le modèle marxiste est basé sur l’organisation naive du capitalisme de l’époque de marx.
    Il y avait un grand patron qui possédait son usine, produisant des biens consommables, et employant des gens en direct.
    Le type d’industrie était nécessaire pour réduire le coout de transaction, pour gagner sur l’effet d’échelle.

    Dans l’implicite de Marx et du code du travail francais, il y a un gros patron avec un chapeau haut de forme, actionnaire directeur, et de pauvre employés sans capital, locataire d’un bourgeois propriétaire gros avec un grand chapeau haut de forme.

    Ce que Hernando De Soto explique c’est que dans les pays émergenst, et probablement depuis la nuit des temps, et pour les siècles à venir (l’industrialisation à la Marx serait une parenthèse), les gens normaus gagner autant en valorisant leur capital que en louant leur force de travail, et que les échanges interpersonnels ont autant de poid que ceux avec les entreprises de grande taille.

    Notre modèle d’industrie lourde, de ségrégation entre le capitaliste et le prolétaire, de hiérarchie de commandement, est adapté à un modèle économique qui a atteint ses limites, celui du 19e siècle.

    On en revient au mode normal d’économie, accéléré par le numérique qui réduit les cout de transactions (embauche, paiement, notation, formation, assurance) ayant justifié l’existence de la grande entreprise.

    On notera aussi que ces mêmes cout de transactions sont a l’origine de l’état nation obèse que nous observons, et que comme les entreprises du CAC40, les grandes nations vont exploser pour devenir un réseau de villes états, de cantons suisses, organisés en confédération, en écosystème.

    si vous ajoutez à cela une énergie peu couteuse, localisable, sans besoin de carburant fréquent, les communautés pourront acquérir une autonomie rendant l’état obsolète.

  5. Hugues Chevalier

    Cher Monsieur Silberzahn,

    Permettez-moi une petite mise à jour d’histoire de l’Economie (mais qui finit par abonder dans votre sens).
    Rien au Moyen-âge n’était gratuit, ni n’est une économie de partage. Le four à pain et le moulin étaient édifiés par le seigneur local agissant en investisseur et donc propriétaire de ces installations. Cela se nommait « four banal », « moulin banal ». La population venait faire moudre son grain et faire cuire son pain, mais devait laisser une quote part de farine et de pain au propriétaire, le seigneur. Cela lui servait non seulement à rémunérer le meunier (il en faut un), le préposé au four qui alimentait le feu et surveillait le cuisson (il en faut un) et enfin, à amortir son investissement. C’est bien un schéma économique classique (prestation-rémunération) sauf qu’il ne comprend pas d’utilisation de numéraire sonnant et trébuchant.
    A parir de ce type d’exemple, certains déduisent que l’économie de partage est semblable à du troc, ce qui serait l’idéal indépassable du bonheur matériel et domestique. En fait, comme dans l’économie de troc, on ne partage rien, mais on échange quelque chose contre autre chose: tu me prêtes ta tondeuse, je te prête ma perceuse; en résultat, l’échange est équilibré, les deux parties en sont contentes, car gagnantes. Même schéma dans le cas du covoiturage: j’échange un voyage contre la moitié
    de son cout en essence et autoroute: les deux paries sont gagnantes et Blablacar aussi qui a pris une commission au passage.

    Sans doute les marxistes compulsifs ont-ils trop lu Aristote dont l’une des absurdités à été de déclarer que dans toutes transaction il y avait un gagnant et un perdant. L’économie de partage, il n’y a que les naïfs ou les gogos pour croire qu’elle est fondée sur la gratuité. Comme toute économie, elle est fondée sur l’intérêt des parties.
    Vous avez raison, il faut traquer les vestiges rampants du marxisme.

    Hugues Chevalier.

  6. Encore une belle réflexion de bon sens de l’auteur de ce blog.
    Avec un angle d’approche légèrement différent, j’avais développé sensiblement la même argumentation ici : http://humeursmondialisees.blogspot.fr/2015/06/leconomie-du-partage-est-dabord-une.html

  7. Le marxisme est un instrument de conquête du pouvoir pour asservir les masses laborieuses en leur promettant des lendemains qui chantent.
    Le parallèle est facile avec la fameuse phrase d’Henri Queuille: les promesses électorales (politiques) sont faites pour ceux qui y croient.

  8. Pingback: Caramba, encore raté ! Non, le gratuit n’est pas la fin du capitalisme | Contrepoints

  9. Juste un détail : Google, c’est plus d’un million de serveurs, pas 10.000.

  10. Hugues Chevalier

    Bojour à tous,

    Petit avis sur les « marxistes ».

    Les « marxistes » purs ont disparu suite à l’échec de leur idéologie face au mur de la pratique et des réalités. Par contre, subsistent ce que j’appelle des « cryptomarxistes », c’est à dire des gens qui ont gardé des relents anticapitalistes et antilibéraux. Faute de marxisme, ils rêvent d’autre chose,
    d’une économie non pas fondée sur l’entreprise individuelle et libérale, mais sur un organisme collectif s’autogérant. Ils ont leurs idéologues, tant aux USA qu’en France: Stilglitz, Krugman, Piketty, ils ont leurs bras politiques: Hamon, Mélanchon, Podémos…Ils ont aussi des forces de militants béas et vociférants qui rêvent d’un grand soir collectif. Ces idéologues là font du bruit, ont de l’audience dans les médias et pour ne pas être en reste se congratulent réciproquement. Dans l’idéologie cryptomarxiste, on trouve tout ce qui pourrait s’éloigner de l’économie libérale et de marché: les coopératives ouvrières (dont les exemples de réussite…?) l’économie du partage, etc.
    La caractéristique de ce mouvement, c’est qu’il ne s’affiche pas comme marxiste, mais qu’il il en conserve quelques oripeaux plus ou moins actualisés, ripolinés, le faisant apparaitre comme une solution soit-disant moderne face au capitalisme libéral.
    C’est pour cela qu’il convient de se méfier de ce que j’appelle le « marxisme rampant »: la nostalgie d’un « grand soir » contre les « inégalités » reste vivace.

    Il faut aussi signaler que dans certains milieux catholiques, est en train de se développer un système de pensée assez semblable (anticapitaliste et antilibéral sous couvert d’humanisme), avec aussi ses docteurs.

    Bien cordialement.
    Hugues Chevalier.

  11. Voilà les plus acharnés ! qui sont ceux qui savent pertinemment qu’ils ne savent rien faire, sinon vivre au crochets d’autrui en servant des discours en guise de participation au travail de ses camarades qui suent du sang et nouent leurs muscles. L’éructance de ces harangueurs est fondée sur la niaiserie de ceux qui les écoutent.
    à parfaire

  12. Pingback: Economie du savoir, économie du partage: pourquoi la possession des moyens de production n’est plus aussi importante | Le blog de Philippe Silberzahn

  13. J’ai (depuis peu, 60 ans ! 🙂 ), et je souscris au motto américain depuis très longtemps : « There’s no free lunch! ». Qui signifie :
    Simplement, si l’on met un bien à disposition, repas « gratuits », secours ou produits technologiques, c’est que quelqu’un, voire beaucoup de quelques uns, ont dépensé de l’énergie, du temps, sinon de l’argent, pour le faire.

  14. Bonjour,
    Ce qui à mon avis se rapproche, sinon du marxisme, du moins de la planification centralisée soviétique, ce sont les grandes entreprises capitalistes dirigées par leur ERP et les anonymes du « Gosplan » qui le contrôlent. De ce point de vue, c’est un modèle qui ne s’est jamais si bien porté. Et n’a jamais fait autant de dégâts, humains ou industriels.

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