D’effectual à causal, comment Lego a perdu son âme entrepreneuriale

lego-bricks

Dessine-moi un mouton, mais rien d’autre!

Sans doute comme moi avez-vous passé de longues heure de votre enfance à jouer aux Lego. Un tas de briques multicolores de toutes tailles, et on y allait. Rien n’était plus effectual qu’un tas de briques Lego. Effectual au sens où on partait de ce qu’on avait sous la main, sans idée précise ni direction indiquée où aller. Avec le tas de briques, on pouvait faire un vaisseau spatial, un bateau, une maison, ou plein d’autres choses qui n’existaient que dans notre imagination.

Et aujourd’hui? Regardez les rayons d’un grand magasin et Lego vous propose de recréer les vaisseaux spatiaux de la guerre des étoiles. Au millimètre près. Les pièces sont devenues spécialisées. A usage unique. Vous pouvez les utiliser pour construire le vaisseau, mais pratiquement pour rien d’autre. Sans le manuel (en 66 étapes) vous êtes perdus. Le résultat est magnifique, mais plus aucune part n’est laissée à l’imagination de l’enfant. Il suit les règles, et son obéissance est récompensée par un magnifique vaisseau spatial… imaginé par d’autres. D’inventeur, il devient un ouvrier à la chaîne suivant les instructions du contremaître. Une vraie démarche causale dont l’objectif est déterminé avant le début de l’action. Autrement dit, Lego est devenu un IKEA pour les enfants. Pratique, utile, mais qui n’a plus rien d’entrepreneurial et d’où l’imagination a disparu.

Pour en savoir plus sur l’effectuation et la logique effectuale des entrepreneurs, lire mon article introductif ici.

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23 réponses à “D’effectual à causal, comment Lego a perdu son âme entrepreneuriale

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  2. Good morning, Philippe. Votre billet me fait me demander si nos cours ne ressemblent pas plus à la version causale de Lego d’aujourd’hui qu’à sa forme effectuale de notre enfance. Quand nous faisons travailler nos élèves sur un cas d’étude, par exemple, c’est tellement plus confortable de les guider dans leurs choix plutôt que de les laisser développer de nouvelles pistes. Mais vous êtes surement d’accord avec moi qu’il ne s’agit pas d’éliminer le causal dans le développement d’un enfant ou de nos élèves, surtout pour l’apprentissage des compétences qui renforcement les capacités effectuales. Question de dosage, n’est-ce pas?

  3. Vous seriez surpris par l’imagination des enfants contemporains, alors, car je puis vous dire qu’ils ont le même usage des Légo d’aujourd’hui que nous avions à nos époques respectives. Une fois lassés du schéma original, ils démontent, mélangent à leur stock et inventent quelque chose de nouveau. Légo, quoi.

    • Merci! J’espère bien! Mon billet n’avait pas pour objet de mettre en doute l’imagination des enfants, mais les limites que pense poser Lego. par ailleurs, je trouve quand-même que les pièces sont plus spécialisées, et plus difficile à réutiliser dans d’autres contextes…

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  5. stephanebalon

    Lego est aussi dans une nouvelle phase de son parcours qui justifie une nouvelle approche, plutôt positive en 2013 puisque le CA a bondi de 10%. Je ne trouve pas que ce ne soit plus entrepreneurial comme vous l’écrivez dans votre dernière phrase: l’expansion en Asie et l’ouverture à des cadres étrangers annoncent un patchwork fou prometteur et un possible retour à une approche effectuale, pour leplus grand bonheur des petits (et, qui sait, des grands!). Voici un court article intéressant:
    http://www.cadremploi.fr/editorial/actualites/actu-emploi/detail/article/en-plein-croissance-lego-s-ouvre-aux-cadres-etrangers.html

  6. Philippe Loue

    Analyse intéressante au moment où LEGO est montré comme un parangon de l’innovation…
    On peut voir le problème différemment : tout génie futur commence par apprendre et souvent par copier. Le vaisseau spatial c’est l’apprentissage. Reste à savoir si l’enfant trouvera suffisamment ludique le montage d’un puzzle en 66 étapes pour avoir envie de dépasser le modèle… Car si la comparaison avec IKEA est juste, cela va vraiment devenir rasoir de jouer au LEGO…

  7. Il faut savoir se réinventer. Je crois que Lego a compris qu’il fallait réagir et est complètement sorti du business initial dans lequel il était. Il y a même un film pour le grand écran.

  8. Je pensais la même chose et pourtant! C’en est même le message du film LEGO qui m’a agréablement surpris en mettant en avant l’imagination des enfants à sortir des sentiers battus.
    Après tout il y a de nombreuses années je transformais mon bateau pirate en Dieu sait quoi d’autre. Ne désespérons pas des enfants. 🙂

  9. Marvin Golden

    « Sans le manuel, vous êtes perdus. » La transformation du jouet LEGO ne serait-elle pas tout simplement à l’image des mutations du divertissement et à fortiori de l’imagination de l’homme du XXIe siècle ? Avec les moyens technologiques mis à notre disposition (tablettes dans les mains des enfants dès le plus jeune âge qui remplacent les jouets traditionnels, hyper-exposition à la télévision et aux jeux vidéos au détriment de l’effort de la lecture, etc…) rendant très complexes les moyens de divertissement, ne sommes-nous pas en train de devenir des assistés de la création et de l’imagination ? Et quelles répercussions sur notre capacité à créer, à inventer, à entreprendre, en tant que futurs adultes ?

  10. Je vous invite à nuancer vos points de vue:

    -il y a sur le web des dizaines de sites qui vendent des briques à la pièce pour les fans, pour les créateurs, les utilisateurs avancés, d’utilisateur à utilisateur, comme les ebay de la brique

    -des sites comme pinterest ou flickr sont littéralement remplis de milliers de créations custom de fans et amateurs de Lego, qui inventent, créent, remixent, partagent et échangent, des réalisations, des connaissances des conseils

    -il existe des centaines de sites dédiés aux créations custom de Lego

    -faites un tour sur facebook, 9gag, threadless et autres sites de millennials (et de Gen X aussi), vous constaterez que Lego est une des marques les plus remixée

    -sur des sites de design graphique, les Legos sont utilisés pour revisiter de nombreux univers, cinéma, jeux vidéos, littérature

    -des makers ont créé des imprimantes 3D en Lego

    -un fan a créé une machine à l’aide de Lego capable de résoudre un rubik’s cube plus rapidement que le record du monde humain

    -un fan a fabriqué une machine qui trie les briques Lego par couleur et par forme

    -un enfant a fabriqué un cluster de Raspberry Pi avec des Lego

    -des adolescents utilisent Vine pour raconter des histoires avec des Legos

    -tapez Lego dans youtube ou vimeo… j’oublie sans doutes des centaines d’exemples…

    Lego produit des univers ludiques et les introduit sur le modèle de Pixar, de sont les produits d’appel pour les plus jeunes, pour les membres de famille qui ne sauraient quoi offrir. Une fois qu’un enfant dispose d’éléments provenant de différent univers, le mélange, le remix, la création est inévitable.

    De plus, face à l’incroyable demande des fans, Lego a également produit une série « Back to the future » et aujourd’hui Lego annonce considérer l’impression 3D de briques custom chez les utilisateurs. Lego vient également de sortir un univers Tortue Ninja qui semble être plutôt destinés à des parents qui achètent et jouent avec leurs enfants, comme ce fut le cas avec Star Wars.

    Je suis assez étonné par votre analyse, je considère pour ma part Lego comme un best-case d’innovation et de capacité à gérer son produit sur plusieurs niveaux.

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  12. Il me semble que votre texte est plutôt une critique nostalgique des produits de Lego, et pas une critique de l’esprit ‘entrepreneurship’ de l’entreprise. Il y a vingt ans, je jouais au lego technic, et la aussi, sans manuel, vous etiez perdus, si vous voulez faire la giga-voiture de 500 pieces.

    Mes enfants, 3 et 5 ans, ont reçu beaucoup de boites à thème, Star Wars, Hobbit. A ce que je vois, une fois qu’on a un nombre suffisant de pieces, les ‘pieces spéciales’ sont utilisées, même convoitées par mes enfants, et se retrouvent dans des objets tout à fait nouveaux. Il me semble qu’on a toujours pu jouer au lego de deux façons différentes: soit on suit le manuel, soit on improvise. Qui plus est, c’etait aussi le cas dans mon enfance, ou j’ai passé des heures heueuses a assembler des voitures ‘Lego Technic’

    Quand à la gestion de l’entreprise, elle est maintenant très bonne: Jorgen Vig Knudstorp a completement recentré l’entreprise sur les bases, a réduit le nombre de pieces, a arreté les produits annexes comme les jeux informatiques, les vêtements, et a vraiment écouté ses fans – et il y en a vraiment plein, des passionnés. Vous êtes dix ans en retard pour critiquer Lego, parcequ’avant 2004, c’etait un bon example d’une société en déroute.

    • Vous avez raison: Mon article ne concernait pas l’entreprise elle-même, mais effectivement l’esprit des boîtes récentes, que je trouve ennuyeuses et fermées, mais sans doute – et heureusement – la créativité des enfants ne sera pas bloquée pour autant!
      Merci

  13. redsunpanders

    Pas d’accord.

    Ne confondez pas les produits et l’entreprise.

    Pour les produits, il y a toujours eu deux façons de jouer au lego: suivre le manuel (rigolo une fois) ou se laisser inspirer (rigolo toujours). C’était le case il y a vingt ans (je me souviens des énormes boites Lego Technic avec plaisir), c’est le cas aussi maintenant (observé avec mes enfants, qui utilisent aussi les pièces ‘bizarres’ dans leur construction.

    Pour l’entreprise, Jorgen Vig Knudstorp a fait un merveilleux job de relance de l’entreprise, qui s’était beaucoup trop lancée dans des produits annexes en délaissant leur base.

    Votre article aurait dû être publié il y a 10 ans!

  14. Pierre Andruzac

    Bravo Philippe ! c’est la première fois que je vois autant de réactions à l’un de vos messages. Ce qui confirme ce qu’on savait depuis longtemps: une étude de cas est plus dynamique qu’une approche théorique. Et un bon « business case » est aussi bref que votre billet. Mais soyez rassuré: il ne me semble pas que Lego ait d’autre ambition que de vendre des bouts de plastique colorés et produits dérivés, à ma connaissance ils ne sont pas en train de préparer un MOOC sur le management, l’entrepreneuriat ou le coaching…

  15. Mariette Laine

    Bonjour,
    avez vous vu ce reportage sur les écoles Lego au Danemark? Outre l’ecole Lego en elle-même, l’entreprise offre des boites de Lego à toutes les écoles du pays, dans le plus pur esprit Effectual puisque les TP de physique se font…avec des Lego. Je rêve d’un esprit de ce genre en France!
    Pour ma part, petite, j’adorais créer. Plus grande, faisant du baby sitting, j’en étais incapable… et réduite à refaire les modèles initiaux (merci le web pour réimprimer les manuels). Alors… la créativité se perd-elle ou est-elle une gymnastique? L’esprit entrepreneurial est-il un muscle à cultiver…?

    • Merci – La créativité ne se perd jamais. Lego est une belle entreprise qui a su survivre et se renouveler. Certains de ses produits sont trop directifs et leurs pièces trop spécialisées, d’où mon article, mais à lire les commentaires, cela n’empêchera jamais les enfants d’être créatifs, c’est la bonne nouvelle (j’en profite pour remercier ceux qui ont fait des commentaires à ce sujet!)

  16. Remarquable suite de commentaires. Tout est dit. Bravo Philippe !
    Ceci dit, à chacun son boulot, Lego n’est pas là pour développer l’imagination de nos enfants mais pour fournir des emplois à ses employés. Développer l’imagination de nos enfants, c’est notre boulot et celui de l’éducation nationale. Tiens une idée pour Montebourg et pour joindre l’utile à l’agréable ! Les planchettes Kapla en pin des Landes

  17. La création à base de Lego n’a jamais été aussi riche qu’aujourd’hui. Les nouvelles couleurs et pièces rendent possible encore plus de créations personnelles : http://www.mocpages.com/
    Si (certains) enfants ne veulent plus créer aujourd’hui, c’est plutôt de la faute de la télévision et des parents que celle de Lego.

  18. J’ai compris ce qu’a voulu dire Philippe. Certes, en bon prof il parle en cas d’école hors sol. Le décalage crée un soupçon de provoc qui réveille son auditoire. C’est une méthode.

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